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(In)tranquille Allemagne - Mathieu garling


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A l’approche des élections européennes qui se dérouleront dans deux mois, vous vous êtes intéressé à l’Allemagne.
Oui, à l’Allemagne, parce qu’à force de se laisser surprendre par l’inventivité inépuisable des Britanniques à n’en jamais finir avec le Brexit, ou de la manière crispée avec laquelle le gouvernement français se trouve requis par le phénomène politique contestataire des Gilets jaunes, j’avais personnellement fini par penser qu’au sein de ce qui fut jadis l’Europe des grandes puissances, il ne restait bien que l’imperturbable Allemagne pour garder le sens du sérieux et le cap de ce curieux navire politique qu’est l’Union Européenne.
Au contraire de ses voisins et anciens concurrents de la Belle Époque, l’Allemagne serait finalement la seule nation à avoir entretenu un rapport pragmatique et dépassionné à la Communauté européenne, n’y voyant ni Etats-Unis d’Europe, ni miroir grossissant, ni menace à sa souveraineté, mais, beaucoup plus simplement, un cadre nécessaire à son autonomie politique et territoriale dans l’après-guerre.
Est-ce la raison pour laquelle elle passe parfois pour avoir la seule économie qui ait bénéficier pleinement des politiques européennes au cours des dix ou vingts dernières années ? Sans doute, si l’on veut bien considérer que l’Allemagne a également su méthodiquement s’assurer d’une influence et d’un contrôle sur les mécanismes institutionnels de production des normes européennes — ce qui est tout à fait crucial dans un marché commun.
Je ne parle pas ici d’Angela Merkel, dont le bilan pour l’Union Européenne reste à synthétiser, mais de tous ceux que le journal en ligne Politico appelle les « Allemands invisibles », tous ces défenseurs discrets des intérêts bien compris de l’Allemagne au sein de la macro-structure européenne.
Aucun complot là-dedans, ni même de secret. Simplement, à la différence de la France, où les fonctionnaires et députés européens sont le plus souvent considérés comme des exilés politiques à Bruxelles, l’Allemagne, quant à elle, a su prendre très au sérieux les rouages humains de la machine européenne.
Avec le temps, il est vrai que l’on a appris à connaître le poids politique du redoutable Martin Selmayr, d’abord directeur de cabinet de Juncker avant de s’auto-nommer secrétaire général de la Commission, ce qui le place au pinacle de la pyramide administrative que constituent les cohortes de haut-fonctionnaires européens. Son homologue au Parlement est également allemand : il s’agit de Klaus Welle, qui règne quant à lui sur l’administration du pouvoir législatif européen. L’avenir est également assurée sur le plan monétaire, puisque Jens Weidmann vient tout juste d’être confirmé à son poste de directeur de la Deutsche Bundesbank, ce qui en fait le candidat le plus crédible pour remplacer l’italien Mario Draghi à la tête de la BCE.
Mais ce n’est pas tout, car en cette période de campagne européenne, il n’est pas inutile de rappeler qu’avec 96 sièges au Parlement, soit le maximum atteint ce que prévoient les traités, les Allemands se trouvent de facto dans la position de faire peser l’autorité de leur parti national dans pratiquement tous les groupes parlementaires du Parlement européen. Manfred Weber et la CSU/CDU sont actuellement à la tête du PPE ; Udo Bullman, du SPD, a succédé chez les sociaux-démocrates européens à Martin Schulz.
Il y a aussi Gabrielle Zimmer, membre de Die Linke et chef du groupe de la gauche unitaire européenne ; ou encore Ska Keller, qui sera tête de liste pour la liste des Verts aux européennes.
Presque tous « tête de liste », et se portant spontanément candidat à la succession de Jean-Claude Juncker, tous ces députés européens allemands suffisent à nourrir par leur pratique et leurs ambitions le principe tout à fait informel — et allemand — du Spitzenkandidaten qui veut que le groupe parlementaire sorti vainqueur des élections projette son leader à la tête de la Commission.
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