En France, un enfant meurt tous les cinq jours après avoir été victime de violences intrafamiliales et 160 000 enfants par an sont victimes d’inceste. L’ampleur des violences faites aux enfants impose de réfléchir aux rapports de pouvoir adulte-enfant.
Vivons-nous dans une société infantiste ?
Car les enfants parlent. Mais qui les écoute ? “Les enfants mentent”, voilà une croyance tenace. Pourquoi leur parole est-elle jugée si peu crédible, quasi systématiquement disqualifiée ? D’où nous vient la suspicion qui pèse sur elle ? L’ampleur des violences et l’indifférence qu’elles suscitent, le peu de cas que la société en fait, révèlent-elles un rapport de domination spécifique des adultes sur les enfants ?
Pour répondre à cette question, examiner le fonctionnement de la cellule familiale s’avère essentiel. La famille est supposément le lieu de la protection, elle est pourtant le lieu premier des violences faites aux enfants.
En 2019, le ministère des Solidarités et de la Santé publiait un chiffre marquant : En France, un enfant meurt tous les cinq jours après avoir été victime de violences intrafamiliales. La famille est le lieu premier de la violence pour les enfants. Jusqu’à peu, en 2019 justement, et la loi dite de la fessée, les châtiments corporels
Y étaient autorisés. Ce qui faisait de la famille un espace “hors droit”, explique l’anthropologue Daniel Delanoë.
160 000 enfants par an sont victimes de violences incestueuses. C’est ce que la Commission Indépendante sur l’Inceste et les Violences Sexuelles Faites aux Enfants (CIIVISE) a martelé des mois durant. En novembre 2023, elle remettait un rapport au terme de trois années à sillonner la France pour accueillir la parole des victimes.
160 000 enfants par an, cela signifie qu’actuellement en France, une personne sur 10 a été victime d’inceste.
Comment expliquer cet état de fait sans analyser la cellule familiale comme un endroit organisé autour de rapports de pouvoir ? Une configuration dans laquelle l’enfant est totalement dépourvu de pouvoir, et extrêmement dépendant - matériellement, affectivement - aux adultes, voire approprié. L’anthropologue Dorothée Dussy explique que la famille est le premier berceau des dominations : "C'est bien là que l’on apprend les premières dominations, qu'on les imprègne, qu'on les incorpore, et après, on les exporte, après, on les emmène avec soi dans sa vie d'écolier, de collégien et dans sa vie professionnelle”.
Comment la construction de l’enfant comme “être innocent” le rend aussi particulièrement vulnérable en le privant de connaissances ne serait-ce que de vocabulaire (en matière de sexualité) qui le privent de capacités de comprendre les violences subies, ou même de se défendre ?
L’infantisme, ou la domination adulte, est-ce une grille d’analyse aussi pertinente que l’étude des rapports sociaux de genre, de classe, de race ?
L’infantisme, ou la domination adulte, est-ce une grille d’analyse aussi pertinente que l’étude des rapports sociaux de genre, de classe, de race ?
Un documentaire de Clémence Allezard, réalisé par Anne Fleury.
Avec :
La classe de CE1 de Caroline Séchan de l’école Tourtille à Belleville, Mia 9 ans, Naia, 11 ans, et Tania, 10 ans,
Claude Ponti, auteur,
Adel et Charlie Tincelin,
Daniel Delanoë, psychiatre et anthropologue,
Laelia Benoit, pédopsychiatre et sociologue,
Harmony, Sonia et Laurine de l’association toulousaine CAP d’agir ainsi que les enfants de leur atelier de prévention des violences faites aux enfants,
Dorothée Dussy, anthropologue,
Anaïs, Lau et Pierre, amis et éditeurs de la thèse du chercheur Tal Piterbraut-Merx.
Merci à Daliborka Milovanovic, à Eva et Alice, les mères de Mia, ainsi qu’à Khawla et Ibrahim, parents de Naia et Nahel pour leur confiance.
Chanson de fin : L'enfantômen d’Oxni.
Lectures : Mia et Nathalie Kanoui
Prise de son : Fabien Gosset, Lucien Lefebvre et Pierrick Charles
Mixage : Bruno Mourlan
Stagiaires : Agathe Weil et Chloé Garrigues
Documentation Ina : Annelise Signoret
Arch