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Mathieu Garling - Renaissance guerrière


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"Renaissance guerrière"
Bonjour Mathieu, aujourd’hui vous nous parlez de la Renaissance, et vous avez décidé de commencer par nous raconter ce que vous faisiez hier soir...
En effet, je me suis rendu hier soir dans l’un des antiques amphithéâtres de la Sorbonne à
Paris, pour assister à la chaire « Grands enjeux stratégiques », où l’on discutait entre
experts de cette question centrale qu'est l’affirmation stratégique européenne, le tout sous
l’égide bienveillante que figuraient les emblèmes des industries d’armement sponsorisant
l’évènement.
Il y a là, au plafond, une grande fresque dans le style néoclassique et tout à fait surannée ,
qui montrait Adam et Eve en paysage bucolique, tous deux occupés avec une grande
application à escalader l’arbre sur lequel ils parviendraient bientôt à cueillir la fameuse
pomme dont on ne connaît que trop bien le destin... C’est alors que par un jeu de
correspondances tout à fait baudelairien, voici que dix mètres plus bas, l’un des
conférenciers se met à parler lui-aussi de péché originel, celui qu'aurait commis l’Union
Européenne à sa naissance.
C’était en 1992, et le traité de Maastricht, auquel nous devons tout, était à peine signé que
les Européens décidait de la mise en oeuvre des « missions de Petersberg ». Dans ces
missions, on ré-ouvrait, euphoriques, la voie à une politique de défense européenne.
Seulement, et c’est là l’erreur, on jugea alors que l’Union aurait pour rôle dans le nouvel
ordre mondial post-guerre froide d’assurer ce qu’elle saurait le mieux faire, à savoir des
missions de gestion de crise, que l’on envisageait d’appliquer aux Etats faillis de sa
lointaine périphérie.
Autrement dit, au moment de franchir le Rubicon de la politique de défense, l’Union se
constituait fièrement non comme une puissance guerrière, mais comme une force de
pacification, des champions vertueux de la paix dans le monde.
— En quoi ce rapport de l’Europe à la paix est-il un péché originel ?
A priori rien à redire, pour l’époque. Seulement, trente ans plus tard, la situation
stratégique de l’Europe est entièrement différente de ce qu’elle était au moment de
Maastricht. D’une situation historique où l’Europe occidentale sortait en vainqueur de la
guerre froide, et pouvait tranquillement s’autoriser à attendre et voir venir, nous avons
tranquillement, et relativement passivement, dérivé vers l’état présent, où les menaces
tournoient désormais à 360° autour de la forteresse Europe, prise dans l’ « arc tendu des
crises » qui l’assiègent.
La question à poser est : pourquoi n’avoir pas su progressivement prendre la mesure de la
montée de ces menaces et les endiguer en temps voulu ? Je pense que cela s’explique
notamment parce que l'on a cessé de justifier l'existence de l'UE en faisant l’éloge de sa
capacité historique à éviter la guerre.
Ce rapport à la paix — mieux à la pacification active — est effectivement considéré comme
fondateur, mais en retour, il fait de l’Union Européenne le seul ordre politique au monde à
n’avoir jamais défini aucun intérêt stratégique concret, aucune position à maintenir dans la
géopolitique mondiale, et finalement à ne s’être jamais choisi aucun ennemi extérieur.
( En savoir plus sur : http://euradio.fr/podcast/renaissance-guerriere/ )
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