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Or


Les gens solides ne parlent pas de ce qui les fait tenir.
Ils tiennent, surtout, parce qu’ils ne savent plus faire autrement.
Tenir n’est plus un effort conscient, c’est devenu une manière d’être.
Une posture.
Un automatisme.
Ils ont appris tôt que s’effondrer ne servait à rien, que personne ne savait vraiment quoi faire de ça, et qu’il valait mieux continuer.
Alors ils ont continué.
Ils ne disent pas qu’ils ont fait de la fiabilité une identité.
—
Être celui sur qui on peut compter.
Celui qui ne lâche pas.
Celui qui comprend.
Celui qui encaisse.
À force, ce rôle colle à la peau.
—
Et quand on est fiable, on n’a pas vraiment le droit d’aller mal. Ce serait un dysfonctionnement.
Ils ne disent pas qu’on ne leur demande presque jamais comment ils vont vraiment.
On leur demande si ça tient. Si c’est réglé. Si on peut s’appuyer.
Leur solidité rassure, alors on suppose que tout va bien.
—
Et comme ils savent faire, personne ne vérifie.
Ils ne disent pas qu’ils ont appris à ne pas déranger.
À contenir. À attendre. À se taire au bon moment.
—
Leurs émotions ont été rangées, mises en sourdine, parfois très tôt.
Pas par manque de sensibilité, mais par nécessité.
Pour ne pas compliquer.
Pour ne pas ajouter du poids là où il y en avait déjà trop.
—
Ils ne disent pas qu’ils minimisent tout, y compris eux-mêmes.
“Ça va.”
“C’est rien.”
“Il y a pire.”
Ces phrases ne sont pas des mensonges.
Ce sont des stratégies de survie.
—
À force de relativiser, ils ont appris à rapetisser ce qu’ils ressentent.
Ils ne disent pas que leur fatigue n’est pas spectaculaire.
Elle ne fait pas de bruit. Elle ne bloque pas. Elle ne justifie rien. Elle use lentement.
Une fatigue propre, fonctionnelle, invisible.
Celle qui permet de continuer, mais qui éteint doucement.
Ils ne disent pas qu’ils ont peur que parler fasse tout basculer.
—
Parce qu’ils sentent confusément que nommer, c’est déjà déplacer quelque chose. Et déplacer, parfois, oblige à changer.
Alors ils se taisent. Par prudence. Par fidélité à ce qui tient encore.
Ils ne disent pas qu’ils ont remplacé le ressenti par l’action.
—
Faire à la place de sentir. Avancer plutôt que comprendre.
L’efficacité est une excellente anesthésie.
Elle donne l’impression d’aller mieux, même quand on évite simplement de regarder.
Ils ne disent pas qu’ils aimeraient, une fois, qu’on s’occupe d’eux sans qu’ils aient à le demander.
Sans justification. Sans pédagogie. Sans explication.
—
Mais comme ils savent tenir, on suppose qu’ils n’en ont pas besoin.
Eux-mêmes finissent par y croire.
Ils ne disent pas tout cela.
Non pas parce qu’ils mentent.
—
Mais parce que tenir est devenu leur langue maternelle.
Mettre des mots sur ces maux, ce n’est pas se plaindre.
Ce n’est pas renier sa solidité.
Ce n’est pas trahir ce qui a permis de survivre.
—
C’est simplement reconnaître que ce qui a sauvé hier peut enfermer aujourd’hui.
Parfois, aller mieux ne commence pas par tout changer.
Parfois, ça commence par une phrase intérieure, discrète, presque banale :
« Ce que je vis mérite peut-être d’être nommé. »
Et ce déplacement-là — même minuscule — est déjà une façon d’avancer.
#ceque #solide #dire #trahir #nommer #avancer
By Fragment du réel - par Minh SonLes gens solides ne parlent pas de ce qui les fait tenir.
Ils tiennent, surtout, parce qu’ils ne savent plus faire autrement.
Tenir n’est plus un effort conscient, c’est devenu une manière d’être.
Une posture.
Un automatisme.
Ils ont appris tôt que s’effondrer ne servait à rien, que personne ne savait vraiment quoi faire de ça, et qu’il valait mieux continuer.
Alors ils ont continué.
Ils ne disent pas qu’ils ont fait de la fiabilité une identité.
—
Être celui sur qui on peut compter.
Celui qui ne lâche pas.
Celui qui comprend.
Celui qui encaisse.
À force, ce rôle colle à la peau.
—
Et quand on est fiable, on n’a pas vraiment le droit d’aller mal. Ce serait un dysfonctionnement.
Ils ne disent pas qu’on ne leur demande presque jamais comment ils vont vraiment.
On leur demande si ça tient. Si c’est réglé. Si on peut s’appuyer.
Leur solidité rassure, alors on suppose que tout va bien.
—
Et comme ils savent faire, personne ne vérifie.
Ils ne disent pas qu’ils ont appris à ne pas déranger.
À contenir. À attendre. À se taire au bon moment.
—
Leurs émotions ont été rangées, mises en sourdine, parfois très tôt.
Pas par manque de sensibilité, mais par nécessité.
Pour ne pas compliquer.
Pour ne pas ajouter du poids là où il y en avait déjà trop.
—
Ils ne disent pas qu’ils minimisent tout, y compris eux-mêmes.
“Ça va.”
“C’est rien.”
“Il y a pire.”
Ces phrases ne sont pas des mensonges.
Ce sont des stratégies de survie.
—
À force de relativiser, ils ont appris à rapetisser ce qu’ils ressentent.
Ils ne disent pas que leur fatigue n’est pas spectaculaire.
Elle ne fait pas de bruit. Elle ne bloque pas. Elle ne justifie rien. Elle use lentement.
Une fatigue propre, fonctionnelle, invisible.
Celle qui permet de continuer, mais qui éteint doucement.
Ils ne disent pas qu’ils ont peur que parler fasse tout basculer.
—
Parce qu’ils sentent confusément que nommer, c’est déjà déplacer quelque chose. Et déplacer, parfois, oblige à changer.
Alors ils se taisent. Par prudence. Par fidélité à ce qui tient encore.
Ils ne disent pas qu’ils ont remplacé le ressenti par l’action.
—
Faire à la place de sentir. Avancer plutôt que comprendre.
L’efficacité est une excellente anesthésie.
Elle donne l’impression d’aller mieux, même quand on évite simplement de regarder.
Ils ne disent pas qu’ils aimeraient, une fois, qu’on s’occupe d’eux sans qu’ils aient à le demander.
Sans justification. Sans pédagogie. Sans explication.
—
Mais comme ils savent tenir, on suppose qu’ils n’en ont pas besoin.
Eux-mêmes finissent par y croire.
Ils ne disent pas tout cela.
Non pas parce qu’ils mentent.
—
Mais parce que tenir est devenu leur langue maternelle.
Mettre des mots sur ces maux, ce n’est pas se plaindre.
Ce n’est pas renier sa solidité.
Ce n’est pas trahir ce qui a permis de survivre.
—
C’est simplement reconnaître que ce qui a sauvé hier peut enfermer aujourd’hui.
Parfois, aller mieux ne commence pas par tout changer.
Parfois, ça commence par une phrase intérieure, discrète, presque banale :
« Ce que je vis mérite peut-être d’être nommé. »
Et ce déplacement-là — même minuscule — est déjà une façon d’avancer.
#ceque #solide #dire #trahir #nommer #avancer