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Rencontre avec l’écrivain Tristan Garcia
Mêlant les genres et les styles, Tristan Garcia bâtit une des œuvres actuelles les plus ambitieuses et les plus singulières. Nourri des pensées féministes, antispécistes, décoloniales, il se refuse à tout dogmatisme et cherche à élaborer une utopie nouvelle, celle d’un « commun distinct », par une réflexion qu’il veut enveloppante. Dans une époque qui asphyxie, son œuvre philosophique est une tentative de penser le monde du point de vue du possible, de ne pas se limiter à dire ce qui est – ou pire, ce qui devrait être – mais à ouvrir des brèches pour le futur en nous livrant des repères essentiels pour renouveler nos conceptions du temps, du vivant, de la coexistence politique et de nos manières d’être. En littérature, son autre « milieu de vie », il se déplace au plus près du sensible, et met en tension son travail théorique en explorant d’autres subjectivités. Dans son dernier projet littéraire en cours, il essaie, par une foisonnante épopée, de porter attention à toutes les formes de vie, petites ou grandes, rares ou nombreuses, en traversant les époques et les lieux… Ce que j’espère et qui appartient à tous, c’est une puissance de sauver qui ne serait pas divine, qui serait propre à tout ce qui vit, sent, perçoit et pense, ne serait-ce qu’un peu.
Modérateur : Emmanuel Favre
Rencontre avec les anthropologues Grégory Delaplace et Emmanuel Grimaud
À Calcutta, dans le cabinet d’une hypnothérapeute, des patients explorent leurs vies antérieures et se retrouvent propulsés à diverses époques, pour essayer de traiter les traumatismes de leur existence actuelle. Dans le même temps, des chasseurs de fantômes enquêtent sur des maisons délabrées et tentent d’établir une communication avec les présences qui les hantent… Black Hole nous propose un déplacement du regard sur une société, son histoire coloniale, ses engagements spirituels, ainsi que sur la réincarnation. Coréalisateur du film, Emmanuel Grimaud s’entretiendra avec Grégory Delaplace, dont l’anthropologie de l’invisible, La voix des fantômes, entend prendre au sérieux ces êtres que nous appelons communément « fantômes ». Tous les deux se demanderont si l’humanité n’est pas née hantée, si la mort n’a pas toujours été là, si les rituels funéraires n’ont pas été mis au point par d’habiles médiums pour limiter ou encadrer leurs existences débordantes.
Modérateur : Olivier Pascal-Mousselard, journaliste à Télérama
Table-ronde avec l’anthropologue Carolina Kobelinsky, la géographe Sarah Mekdjian et le politologue Sébastien Thiéry
Une assemblée qui se constitue pour mettre un navire à disposition de celles et ceux qui sauvent des vies en Méditerranée : une œuvre agissante visant à faire reconnaitre les gestes de sauvetage et de soin au patrimoine culturel immatériel de l’humanité et à les transmettre aux générations futures qui seront confrontées au centuple aux mouvements migratoires ; un petit groupe d’habitant.e.s de Sicile qui se mobilise pour redonner un nom à des personnes anonymes retrouvées mortes après leur traversée en Méditerranée, dans un contexte d’indifférence générale et un environnement politique marqué par la criminalisation des migrant.e.s ; des ateliers de cartographies réalisés avec des personnes réfugiées pour ouvrir des brèches dans les normes de représentation classique et prendre en compte le point de vue de celles et ceux qui se déplacent. Ce débat aura pour objet d’interroger les questions de migrations et d’hospitalité à partir des gestes citoyens portés par trois expériences remarquables.
Modérateur : Chloé Leprince, journaliste à France Culture
Table-ronde avec l’écrivain Pierre Chopinaud, l’écrivaine et avocate Anina Ciuciu et l’anthropologue Lise Foisneau
Les collectifs romani et voyageurs forment la première minorité européenne, mais c’est le pluriel qui la caractérise, tant les histoires, les langues, les façons d’habiter et les activités sont multiples. L’unité procède de la façon dont les États européens ont mis en place des dispositifs de surveillance et de contrôle spécifiques à l’égard des populations « nomades » ou « tsiganes ». Face à une idéologie antitsigane et aux bouleversements historiques majeurs comme les guerres et le génocide, les collectifs romani et voyageurs n’ont cessé de se réinventer. Le dialogue à trois entre un écrivain, une avocate et une anthropologue permettra de faire apparaître certaines des stratégies et tactiques de résistance des Roms, Manouches, Sinti, Gitans, Yéniches et Voyageurs, aussi bien pendant la Seconde Guerre mondiale que lors des luttes contemporaines.
Modératrice : Claire Mayot, journaliste à 28 minutes (Arte)
Rencontre avec l’anthropologue Riccardo Ciavolella
Dans une époque où la planète et l’imaginaire semblent verrouillés et exploités jusqu’à leurs frontières ultimes, peut-on encore trouver un ailleurs dans ce monde ? C’est ce que nous propose d’explorer Riccardo Ciavolella. De Bab-el-Oued à Tombouctou, de Tataouine à Bümpliz, du Podunk américain au Java chinois, le chercheur a recensé des lieux indiquant le bout du monde ou désignant un trou perdu au milieu de nulle part, entre réel et imaginaire. Il les a regroupés dans un atlas où il en retrace périples et détours, à la croisée de l’anthropologie, de l’histoire, de la géographie et de la littérature. Nous nous demanderons avec lui si ces bouts du monde ne sont pas les derniers espaces de liberté qu’il nous reste, les centres d’autres mondes en gestation.
Modérateur : Grégory Delaplace
Dialogue entre le journaliste et militant Cy Lecerf Maulpoix et la sociologue Constance Rimlinger
Le retour à la terre observé ces dernières années a contribué à une revitalisation politique de certaines campagnes, en questionnant notre rapport à l’agriculture et à l’alimentation, mais aussi la possibilité de vivre autrement. Des initiatives restent néanmoins méconnues : des utopies concrètes portées par des personnes queers ou féministes cherchant à lier reconnexion à la nature et émancipation à l’égard des normes de genre et de sexualité. Comment ces vies en marge, au confluent de différentes luttes, ouvrent des questionnements plus larges en matière d’engagement ? Comment les approches queers et féministes ébranlent l’homogénéité des discours sur l’environnement et visibilisent leurs impensés ? Cy Lecerf Maulpoix et Constance Rimlinger reviendront sur leurs enquêtes respectives et nous diront comment ces manières alternatives de vivre la décroissance et de penser de nouveaux rapports au vivant participent à un renouvellement de l’imaginaire politique.
Modératrice : Clémence Allezard, documentariste (France Culture)
Dialogue entre la sociologue Geneviève Pruvost et des membres de l’association A4 (Association d’Accueil en Agriculture et Artisanat)
Dans les sociétés de consommation-production où nous vivons, le travail de subsistance est devenu invisible, tout comme d’ailleurs les circuits mondialisés dont nous dépendons. D’autres formes de vie s’épanouissent pourtant, qui réhabilitent l’entraide, les circuits courts, et construisent pas à pas une autonomie écologique et vivrière. Après dix ans d’enquête sur des alternatives rurales, Geneviève Pruvost a concentré son étude sur l’économie d’un couple de boulangers-paysans qui a choisi de bifurquer pour résister à la « modernité » capitaliste. Elle nous décrira la forme inédite d’observation qu’il lui a fallu inventer pour rendre compte de ce mode de vie et de cette lutte feutrée qui politise le moindre geste. Elle s’entretiendra ensuite avec des membres de l’association A4 dont l’objectif est de développer un réseau d’installation et de solidarité paysanne en lien avec des territoires.
Le projet de l’Association A4 est de construire une dynamique d’accueil, de formation, d’accès au travail et d’accompagnement administratif de personnes avec ou sans papiers, urbaines ou rurales, dans les domaines de l’agriculture et de l’artisanat.
Modératrice : Lucie Delaporte, journaliste à Mediapart
Dialogue entre l’économiste Tim Jackson et la chercheuse en économie écologique Julia Steinberger
Sur une planète aux ressources limitées, nous devons dépasser un système basé sur une croissance infinie. Pourtant, malgré les crises qui se succèdent, nous restons obnubilés par ce mythe de la croissance qui contribue au changement climatique et au bouleversement des équilibres écologiques. Comment dès lors changer de paradigme et d’imaginaire ? Tim Jackson propose de réfléchir à ce qui pourra advenir lorsque nous en aurons enfin terminé avec cette obsession du toujours plus. Selon lui, nous devons repenser la prospérité et nous demander comment concilier progrès social et épanouissement avec la finitude de notre planète. Il en débattra avec Julia Steinberger, coautrice du dernier rapport d’évaluation du GIEC sur le changement climatique, et dont les travaux examinent les interconnexions entre l’utilisation des ressources biophysiques (énergie, émissions) et l’amélioration ou la préservation du bien-être humain.
Modérateur : Rémi Noyon, journaliste au Nouvel Obs
Dialogue entre l’historienne Hélène Dumas et l’écrivaine Beata Umubyeyi Mairesse
Avril 1994. Le Rwanda sombre dans un drame absolu : un génocide décimant les trois-quarts de la population Tutsi et dévastant le pays. Beata Umubyeyi Mairesse a eu la vie sauve grâce à un convoi humanitaire suisse. Quinze ans après les faits, elle a entamé une enquête pour recomposer les événements, s’interrogeant sur la façon dont on raconte, récrit, se souvient, et sur la nécessité de se réapproprier une histoire principalement racontée à travers des images et des interprétations occidentales. Spécialiste du génocide des Tutsi, Hélène Dumas mène pour sa part une enquête historique au plus près de la langue, des paysages et des archives de la dévastation. Avec elles, nous nous demanderons comment ce génocide nous met à l’épreuve trente ans après, comment il questionne le rapport à la mémoire et à la violence extrême, le rôle des archives et la valeur des traces, la manière dont s’élabore le récit historique des événements et la place cruciale que doit y tenir la parole des survivants.
Modératrice : Chloé Leprince, journaliste à France Culture
Dialogue entre les philosophes Yala Kisukidi et Felwine Sarr
Les diasporas africaines traversent aujourd’hui les sociétés européennes, parlent leurs langues multiples, anglaise, française, espagnole, etc. Ces diasporas portent des histoires de migrations, parfois tragiques, parfois heureuses. Elles portent également des rêves qui revisitent le passé, inventent d’autres avenirs, imaginent comment habiter le présent. Parmi ces rêves, persiste celui du désir de retour, toute vie en diaspora demeurant attachée aux racines et au lieu natal. Quelles sont les particularités des diasporas noires et africaines et comment s’inscrivent-elles dans l’histoire des déplacements et de la dispersion ? Comment évoluent-elles dans le temps et qu’ont représenté les indépendances africaines dans la dispersion des corps, des héritages, des luttes et des idées hors d’Afrique ? Yala Kisukidi et Felwine Sarr partageront leurs points de vue et leurs expériences sur ces questions et nous diront le rôle que peut jouer la littérature comme mode d’expression de la diaspora.
Modérateur : Xavier de la Porte, journaliste au Nouvel Obs
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