Les modes passent, le style reste. Chemise blanche, tablier blanc, souliers blanc : l'allure du chef.
Les poulardes, d'abord, la braise, l'école du feu de sa grand-mère.
Le tissu végétal, ensuite. A contre-courant de l’establishment Michelin, la création des potagers et du verger, avec de vrais arbres sur lesquels poussent de vraies pommes. De quoi créer une symphonie culinaire ancrée dans la terre et rythmée par les quatre saisons, libérée des modes passagères.
Alain Passard cultive un style bien à lui, tricotant les modes culinaires, composant un art où plusieurs cordes s'entrelacent : musical, pictural, plastique, gastronomique, chacun de ses talents alimente les autres à sa manière.
Avec lui, on ne croque pas une tarte au pommes, on déguste des rubans de pomme comme on mettrait le nez dans un grand bouquet de rose.
Avec lui, on ne mange pas du poulet rôti, on savoure une chimère haute couture, mi-canard mi-poulet, tout droit sortie du carnet de recettes du Dr. Frankestein.
Alain Passard est aussi une gravure de mode à la photogénie maîtrisée, la pose assurée et le regard déterminé. Vecteur artistique de son militantisme écologique, il est le premier à utiliser la photo pour nourrir ses réseaux sociaux de ses plats de saison, peintures numériques d'une nature sublimée par le geste du cuisinier.
De photos, Alain Passard n'est jamais avare, honorant ses convives d'un souvenir pérenne, comme pour compenser le caractère éphémère de saveurs difficilement retrouvables, si ce n'est en les dégustant à nouveau.
Formé à la dure chez Alain Senderens, Alain Passard a écrit et bâti sa propre définition d'un succès insatiablement renouvelé et indissociable de la trinité étoilée.
Loin d'être un sacerdoce, il le vit plutôt comme une mission, un rôle d'ambassadeur de l'excellence gastronomique française.
A la fois décrié, adulé, clivant et tendance, l'empire esthétique du chevalier blanc de la gastronomie serait-il au final.... une question de style ?
Alain Passard, c'est notre pote et il est sur Popotes !