https://improvisations.fr/wp-content/uploads/20180530poubelle.mp3
Dans le cadre de la réorganisation du siège de l'entreprise dont j'ai déjà parlé, nous devons provisoirement déménager vers un autre site, le temps que des travaux soient effectués dans les locaux que nous occupons actuellement. Et il nous a été demandé, dans cette perspective, de limiter la quantité d'affaires à transporter, et donc le nombre de cartons mis à la disposition de chacun d'entre nous.
Or, ce déménagement étant désormais proche, c'est à une frénésie de mise à la poubelle et de débarras qu'on assiste depuis quelques jours, frénésie qui s'accompagne, très visiblement et sans la moindre vergogne, d'un immense plaisir, d'une vraie jouissance : ah ! tous ces vieux machins dont on n'avait pas eu, jusqu'ici, l'occasion de se débarrasser, et qu'on se permet, aujourd'hui, de mettre ouvertement au rebut ; toutes ces notes qu'on avait lues, commentées, annotées, tous ces livres et ces revues qu'on avait étudiés, soulignés, stabilobossés, qui nous avaient été utiles mais qui ne sont désormais plus rien, et qu'on jette en redressant le torse, comme libéré d'un poids immense.
Tous ces trucs, ces objets, ces gadgets, récupérés de cadeaux ou de fêtes d'entreprise, qui étaient dès les départ des machins totalement vains mais qu'on s'était néanmoins cru obligés de conserver par inertie, infantilisme, mimétisme ou obéissance et qu'on peut maintenant virer la conscience tranquille !
Tous ces rapports, ces études, ces travaux, que nous-mêmes avions faits et dont on avait gardé une version papier poussiéreuse en se disant que peut-être un jour on en aurait besoin ; et des années après, ce jour n'est pas venu et le papier est toujours là, un peu jauni, un peu effacé, clamant son ennui et son inutilité à la face du monde ! Et nous pouvons enfin, aujourd'hui, le mettre au pilon, le jeter à la poubelle !
C'est une libération ! Un poids et une chaîne de bagnard qui soudain se détachent de nous !
"Travelling light", chante Leonard Cohen dans le morceau qui illustre cet enregistrement, et c'est cet allègement que nous ressentons tous.
N'y aurait-il que cela, cette immense joie de la poubelle, que le déménagement serait déjà utile.