« Ah, c’est Papa qui est venu te chercher ! Vous êtes en avance, Monsieur, je vous laisse patienter un peu… »
Un malaise auquel je ne m’attendais pas :
Un professeur de musique qui continue son cours alors que je vois un temps d’arrêt sur le visage de ma belle-fille.
J’ai l’impression que cette remarque a provoqué un déséquilibre, comme une vérité à rétablir.
Alors, probablement d’une façon maladroite, j’ai glissé un : « Je ne suis pas son père, mais son beau-père. »
Rien de très important pour ce professeur, finalement, mais j’ai cru voir dans le regard de cette enfant la nécessité de rectifier.
Je m’assois, le cours se termine tandis que c’est la foire à la question dans ma tête :
Est-ce que la façon dont je me suis exprimé l’a mise mal à l’aise ?
J’ai dit « beau-père » mais est-ce qu’elle me considère comme tel ?
Elle n’avait peut-être pas envie qu’on puisse croire que je suis son père…
Si je n’avais rien dit, elle aurait pu avoir l’impression que j’essaie de le remplacer, de faire oublier qu’il existe…
Au contraire, si je rectifie, est-ce qu’elle pense que je veux me détacher d’elle, mettre une distance, comme si le fait qu’on puisse croire que je suis son père pouvait me déplaire ?
Fin du cours.
Dans l’escalier et dans la voiture, je n’ai pas pu m’empêcher d’en parler avec elle.
Je lui ai expliqué pourquoi j’avais rectifié et j’ai cherché à comprendre ce qu’elle ressentait.
J’ai vite compris qu’il s’agissait d’un conflit de loyauté :
Le besoin de rétablir l’existence de son père, tout en le faisant d’une façon qui m’évite de me sentir rejeté. Elle n’avait pas trop su comment faire.
J’ai aussi exprimé ce que j’ai ressenti : cette gêne vis-à-vis d’elle, de son père, le sentiment d’être un imposteur si je ne disais rien et, malgré tout, la fierté de lui être associé comme ça.
Une fois qu’on s’était écoutés et compris, on a cherché une solution pour les prochaines fois !
Je lui ai proposé, tout simplement, de rectifier si elle en ressentait le besoin ou l’envie. Qu’elle le fasse à sa façon, avec ses mots, sans se préoccuper de moi, maintenant qu’elle savait comment je vivais les choses.
De mon côté, je me réservais le droit d’en faire autant.
Deal !
Quand son frère a grandi, on a adopté la même technique !
Aujourd’hui, le plus souvent, « on laisse couler » : Est-ce que c’est si grave si un commerçant se trompe à notre sujet ?
Parfois, nos regards se croisent après une remarque erronée, et on se fait comprendre avec un sourire ou un petit hochement de tête que ça ne vaut pas le coup de relever.
A force, j’ai appris à faire passer le message avec une note d’humour :
« Il est grand cet enfant, comme son père ! »
« Oui, leur père est grand, mais un peu moins que moi… »
« Ce sont bien mes enfants, mais ce n’est pas moi qui les ai faits. Ils ont un Papa »
« Ils ne seraient pas aussi beaux, si j’étais leur père ! »
Je crois qu’il n’y a plus de malaise aujourd’hui.
J’ai même eu droit à des remarques spontanées :
« Ça ne me dérange pas qu’on puisse croire que tu es mon père, et puis on ne va pas passer 5 minutes à expliquer un truc sans importance pour celui qui l’écoute ! »
Rien à ajouter…