Anatomie d'un titre

Anatomie d'un titre

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Anatomie d'un titre episodes

  • CHEROKEE - GRILLE À FACETTES

    En 1938, dans les studios du label Brunswick, le compositeur britannique Ray Noble enregistre une Indian Suite dont l’histoire ne retiendra qu’un morceau : Cherokee. 

    L’année suivante, Le Charlie Barnet Orchestra, un petit orchestre de swing de Harlem est propulsé sur le devant de la scène grâce à un arrangement du premier mouvement par le trompettiste Billy May.

    Et vous savez qui adorait piocher dans les grands succès du swing pour les emmener dans le jazz moderne ? 

    Les boppers de la 52e rue! Ces enfants terribles qui se retrouvaient au Minton’s Club pour inventer un jazz nouveau, complexe et engagé. Leur méthode ? Prendre un morceau dit “facile” et le pousser le plus loin possible, jusqu’à en faire naître un nouveau. 

    Et le maître en la matière reste sans aucun doute le saxophoniste Charlie Parker. Il a 19 ans quand il découvre Cherokee à la radio. Et c’est à Kansas City qu’est gravé quelques années plus tard son premier enregistrement de la chanson. Un enregistrement amateur, presque pirate, avec le son qui gratte et une petite sensation d’écouter une soirée à laquelle on n’était pas invité, comme si on collait notre oreille à la serrure. 

    Ray Noble and His Orchestra, Cherokee (11 octobre 1938 - Brunswick)

    Charlie Barnet and His Orchestra, Cherokee (1939 - Bluebird) 

    Lennie Tristano & Lee Konitz, Subconscious-Lee (1955 - Prestige Records)


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    4 min
  • RHAPSODY IN BLUE - KALÉIDOSCOPIQUE

    Au lendemain de la première guerre mondiale, les Etats-Unis sont officiellement les rois du monde. Sauveurs de l’Europe, leaders de la révolution industrielle et ambianceurs du monde libre. Tout ça en même pas 150 ans d’existence.

    Tout ce qui leur manque c’est la bande son officielle de cette success story, la grande œuvre de l’Amérique. 

    Et pour relever le défi, un ancien plugger de Tin Pan Alley : George Gershwin. C’est son frère, Ira, qui au matin du 4 janvier 1924, tombe dans le New York Tribune sur un article qui annonce que “George Gershwin travaille à un concerto jazz”, à découvrir sur la scène du Aeolian Hall de Manhattan le 12 février. 

    Première nouvelle pour le pianiste qui n’avait pas été mis au courant. Maintenant, il n’a plus le choix. Il a cinq semaines pour composer son manifeste. 

    Et c’est dans le train qu’il trouve l’inspiration. En regardant les paysages défiler par la fenêtre, l’évidence se forme peu à peu. Son œuvre doit sonner comme un “kaléidoscope de l’Amérique”. Ou plutôt d'une Amérique...


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    4 min
  • BLUE MOON - VISER LA LUNE

    Trouver l’équilibre parfait pour une chanson ne vient pas forcément du premier coup.

    Même quand on est l’un des duos de chansonniers les plus demandés des années 20. 

    Richard Rodgers et Lorenz Hart sont même l’incarnation de cette balance perpétuelle et si fragile entre les mots et les mélodies. 

    Après un coup de foudre amical et artistique dans les couloirs de l’université, le binôme compose plus de mille chansons et une vingtaine de comédies musicales pour Broadway. 

    Avec une méthode imparable : Rodgers (sérieux et organisé) compose la partition sur laquelle Hart (mélancolique et torturé) jette des paroles. Et tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. 

    Jusqu’au 24 octobre 1929, fameux jeudi noir, qui plonge les Etats-Unis dans la Grande Dépression. S’ouvre alors ce qu’on a appelé la “parenthèse hollywoodienne”. Adieu Broadway, ça coûte trop cher et bonjour les studios de cinéma, qui recueillent pas mal de compositeurs au chômage. 

    Et parmi eux, notre duo...

    Vincent Lopez and his Suave Swing Orchestra, Blue Moon (Bluebird Records - 1939)

    Connee Boswell, Blue Moon (Burnswick Records - 1935)

    The Marcels, Blue Moon (Colpix Records - 1961)


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    4 min
  • MACK THE KNIFE - COMPLAINTE D'UNE CRAPULE

    La première fois qu’on a entendu parler de l’opéra de Quat’sous, c’était à Berlin, en 1928. Il y avait des affiches dans tous les coins avec des noms écrits en grosses lettres : Bertolt Brecht et Elisabeth Hauptmann pour l’écriture et Kurt Weill pour la musique. 

    Une histoire de guerre des gangs et d’hommes d'affaires avec le quartier de Soho pour décors et deux antagonistes qui s’affrontent : Jonathan Jeremiah dit le “roi des mendiants” et Macheath, dit “Mackie-le-Surineur”. En anglais, Mack the Knife. 

    Comme son nom l’indique, Mackie est un dangereux criminel. 

    Et, Harald Paulsen, premier interprète de Mack the Knife, avait lui aussi son petit caractère. C’est lui qui insiste pour que son personnage aie sa chanson à lui. Il insiste tellement que Brecht et Weil finissent par céder. Ils vont même jusqu’à en faire l’ouverture de la pièce.

    Et comme tous les personnages célèbres, Mackie est le reflet de son temps.L’incarnation de la société capitaliste et industrielle naissante, au cœur de la question centrale de l’opéra de quat’sous : où situer la frontière entre le crime et le capitalisme respectable ? 

    L’histoire étant faite de combles, c’est dans le pays du capitalisme que la chanson rencontre son plus grand succès...

    Louis Armstrong and His All Stars, A Theme From the Threepenny Orchestra (1955 - Columbia Records)

    Bobby Darin, That's All (ATCO Records - 1959)

    Ella Fitzgerald, In Berlin : Mack the Knife (Verve Records - 1960)


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    4 min
  • GOODBYE PORK PIE HAT - REQUIEM POUR UNE TOURTE

    “Lester Young, le saxophoniste ténor, est mort hier d’une crise cardiaque dans son hôtel de la 52e rue. Il avait 49 ans.” 

    C’est le New York Times qui apprend la nouvelle à l’Amérique, au matin du 16 mars 1959.

    Charles Mingus, lui, est averti le soir-même alors qu’il joue au Half Note de New York. Passé le choc, le contrebassiste remonte sur scène avec ses musiciens et se lance dans un blues totalement improvisé pour Lester Young. 

    Un blues que Mingus ramène chez lui et qu’il s’attèle à graver dans le marbre pendant le reste de la nuit, comme une épitaphe musicale quoi. Et pour le titre, un euphémisme déchirant, un adieu qui sonne comme un au revoir. Une oraison aux faux airs de moqueries : Goodbye Pork Pie Hat. Au revoir Tête de tourte....

    Stanley Clarke, If This Bass Could Only Talk (1988 - Portrait Records)

    Gil Evans & Steve Lacy, Paris Blues (1987 - Owl Records)

    Carla Bley, The Big Band Theory (WATT / ECM - 1992)

    Joni Mitchell, Mingus (1979 - Asylum Records) 


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    4 min
  • LUSH LIFE - STANDARD DE LUXE

    En 1933, Billy Strayhorn est encore un ado, et commence à travailler sur une mélodie qu’il aime bien, mais qu’il n’arrive pas à terminer. Il a beau la retourner dans tous les sens, il y a quelque chose qui coince, qui manque ou qui dépasse. 

    Le temps de trouver quoi et nous voilà en 1948. 15 ans ont passé, Billy a quitté son Ohio natal pour tenter sa chance à New York et, au moment où on le retrouve, ça fait presque 10 ans qu’il accompagne Duke Ellington en tant qu’arrangeur, compositeur et solide bras droit sur toutes les questions artistiques. 

    La légende raconte même que Billy aurait joué sa mélodie lors de sa première rencontre avec Ellington. Drôle de CV quand on y pense. Les paroles sont une attaque directe au monde de la nuit, du luxe, “du jazz et des cocktails". Le monde dont les musiciens créent la bande son, Duke Ellington en première ligne. Bref, une condamnation sans équivoque de son futur royaume… 

    Billy Strayhorn, The Peaceful Side (1961 - Peaceful Records)

    Duke Ellington, Carnegie Hall, November 13, 1948 (1991 - Vintage Jazz Classique)

    Lady Gaga & Tony Bennett, Cheek to Cheek (2014 - Columbia / Interscope)


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    4 min
  • MISTY - ECRAN DE FUMÉE

    Notre histoire commence dans un vol Chicago - New York, en 1954. Le pianiste Erroll Garner a la place à côté du hublot, et , comme beaucoup de chanceux dans son genre, il admire la mer de nuages qui défile devant lui. 

    Il lui vient même une mélodie. Une si jolie mélodie qu’il la chante en boucle pour être sûr de ne pas l’oublier jusqu’à ce qu’un piano lui tombe sous la main. Une mélodie presqu’aussi belle qu’une mer de nuages et qu’il ajoute en dernière minute à son album Contrasts. 

    Erroll Garner a 33 ans, et Misty est son grand chef-d’œuvre. 

    Et l’aura de la chanson dépasse même les frontières du jazz pour se retrouver sur grand écran. En 1971, la chanson devient l’un des personnages principaux du premier film de Clint Eastwood en tant que réalisateur : Play Misty for Me...

    Erroll Garner, Contrasts (1955 - Mercury Records)

    Dakota Stanton, The Late, Late Show (1957 - Capitol Records)

    Sarah Vaughan and Violins (1959 - Mercury Records)

    Julie London, Around Midnight (1960 - Liberty Records)


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    4 min
  • NATURE BOY - BURN BABYLON

    Aujourd’hui, notre histoire commence sous le panneau Hollywood. 

    C’est là que vivait, à la fin des années 40, un Nature Boy du nom de Eden Ahbez. 

    Les Natures Boy, ce sont un peu les premiers hippies. Des gens qui prônent une vie très simple, proche de la nature et du spirituel, et détachée de la société de consommation, avec les cheveux longs, la barbe et tout et tout. 

    C’est donc chez lui, au pied du H de Hollywood qu’Eden Ahbez a imaginé un morceau que vous connaissez peut-être… 

    L’histoire d’un garçon enchanté et un peu étrange, qui aurait erré très loin, par la mer et par la terre. Le récit d’une quête initiatique qui se termine par une découverte qu’on voudrait juger futile et utopiste et qui reste pourtant fondamentale : la puissance de l’amour comme force première de l’humanité. 

    Une sorte d’autobiographie en ce qui concerne notre ermite, qui avait déjà une idée bien précise de l’interprète : Nat King Cole, tout simplement. 

    Eden essaye d’abord par la poste, mais... pas de réponse.

    Alors, un soir, au printemps 47, Eden descend de sa colline pour se rendre au Lincoln Theater de Los Angeles où Nat jouait régulièrement à cette période. 

    A la fin du concert, Eden tente une approche auprès du manager  mais… mettons qu’il n’est pas très réceptif, alors, il se tourne vers Otis Pollard, valet de Nat King Cole. (parce-que tout King a son valet j’imagine) et que, comme souvent dans les films, ce sont eux qui font avancer l’histoire. 

    On ne sait pas trop ce qu’à fait Otis Pollard mais le résultat, c’est que Nat King Cole, finit par la jouer sur scène, dès le lendemain. La réaction du public est sans équivoque. Nat King Cole l’enregistre le 22 août 47. 

    Seul problème : il faut retrouver Eden Ahbez pour avoir l’autorisation de publier la chanson. Seule solution : partir à sa recherche. Et, vous me croyez vous me croyez pas, mais c’est sous le fameux panneau Hollywood qu’on le retrouve. 

    Le 29 mars 48, la chanson est publiée et devient rapidement numéro 1 aux Etats-Unis. Elle y reste même plusieurs semaines d’affilée, à tel point qu’au début de l’été, tous les états-uniens connaissaient l'histoire de Nature Boy. 

    Et que les détracteurs commencent à se manifester… 

    The Nat King Cole Story (Columbia - 1961)

    George Benson, In Flight (Warner Bros - 1977)

    Fitzgerald & Pass...Again (Original Jazz Classic - 1976)


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    4 min
  • THE PEANUT VENDOR - ET SON PETIT PESANT DE CACAHUÈTES

    Avant que Cuba ne soit mise complètement à l’arrêt suite aux sanctions États-Uniennes proclamées en janvier dernier par Donald Trump, les vendeurs et vendeuses à la sauvette attiraient les clients et clientes en chantant le pregon. 

    Et c’est une tradition qui ne date pas d’hier. 

    En 1928, le pianiste, compositeur et chef d’orchestre Moisés Simons est assis à la terrasse d’un café avec un ami. Ils papotent de tout et de rien, jusqu’à ce qu’ils se fassent interrompre par un manisero, véritable professionnel de la cacahuète et de fait, jamais bien loin des terrasses. Moisés s’empresse de noter les paroles sur une serviette en papier et court jusqu’à son piano pour relever la mélodie. 

    Quelques jours plus tard, il en tirera tout un morceau de cette aventure, en mélangeant ce chant des rues à l’un des rythmes incontournables de la musique cubaine : le son. 

    Le résultat, c'est le son-pregon. Et le tout premier de l'histoire est un peu parti en cacahuètes... 

     

    Rita Montaner, El Manisero (1928 - Columbia Records)

    Anita O'Day, Sings the Winners (1958 - Verve Records)

    Clark terry & Chico O’Farrill, Spanish Rice (1966 - Impulse!)


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    4 min
  • SWEET GEORGIA BROWN - EN JAZZ ET EN OS

    New York. 19 mars 1925. Ben Bernie , vedette radiophonique de l'époque, enregistre la toute première version de Sweet Georgia Brown.

    Pendant que, dans un coin de rue de Montgomery en Alabama, un cireur de chaussures de nom de Freeman Davis attire ses clients en sifflant tout en jouant de ses “bones”, littéralement ses os. Sortes d’osselets qu’il utilise comme percussions et qui lui valent son surnom : Brother Bones. 

    Deux informations qui n’ont a priori rien à voir, mais qui se retrouvent toutes en 1949.

    En 20 ans, il s’en est passé des choses pour notre siffleurs aux osselets. Son commerce de cireur ne chaussure n’a pas tenu la route, mais à force de siffler pour attirer les gens, Freeman Davis a réussi à se constituer une petite réputation, qui lui permet d’aller faire l’animation dans différentes restaurants ou fêtes foraines, sous le nom de Whistling Sam. 

    Et c’est dans un restaurant chinois de Los Angeles qu’il attire l’attention d’un client qui se trouvait complètement par hasard : le patron du label Tempo Records, qui sait reconnaître un succès quand il en voit un...

     

    Brother Bones & His Shadows, “Sweet Georgia Brown” (Tempo Records - 1949)

    Tony Sheridan & The Young Beatles (1965 - Polydor)


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Une fructueuse erreur, un hasard de jam session, une déclaration d’amour, un cri de colère, une idée venue sous la douche, une blague qui n’arrête plus de tourner, ou tout simplement un besoin de gagner sa croûte. Les standards naissent souvent d’une étincelle avant d'exploser en feu d’artifice.