Philosophie – Gabrielle Halpern

Aristote et sa conception du politique


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Je voudrais finir aujourd’hui ces quelques séances sur Aristote en vous parlant de sa

conception du politique.

Quand je vous disais qu’Aristote était un esprit véritablement encyclopédique. On dit qu’il a

étudié, à lui seul, 158 formes de constitution dont il ne nous reste plus qu’un fragment la
« Constitution des Athéniens ».

Pourquoi Aristote est-il aussi important ? pour cette raison rappelez-vous que Platon

considère le ciel, l’idéal, tandis qu’Aristote s’occupe du monde, celui dans lequel nous
vivons.

Tout le monde connaît la formule « anthropos physei politikon zôon » : « l’homme est un

animal politique », ce qui signifie que l’homme n’est pas seulement préoccupé de sa survie
mais qu’il aspire à vivre en communauté. Ce qui va, pour lui, avec le fait que l’homme soit
doué de langage.

Pour Aristote la politique est donc la première des sciences.

C’est l’Etat qui incarne l’accomplissement éthique des citoyens. Cet accomplissement n’est

autre que la réalisation d’une vie bonne et heureuse. La fin de la cité c’est la vie heureuse
qui se confond avec la vie vertueuse.

Mais même Aristote demeure un réaliste.

Il dessine d’abord pour nous l’histoire de l’Etat. Celui-ci était au départ une petit

communauté de deux personnes. Ils ont ensemble constitué la famille à partir de laquelle
s’est formé le village puis la polis.

C’est elle, la polis, qui permet de garantir l’autarcie, c’est-à-dire le fait de se suffire à soi-

même, ce qui était le but recherché par la cité d’Athènes.

Cette polis est dotée d’une constitution dont le principe est celui de la participation des

citoyens à un gouvernement.

Aristote ne va pas s’arrêter à cette histoire du gouvernement. Il nous livre également une

classification des régimes .

Comme Platon, il décrit trois formes justes et leurs trois dérivés qui sont autant de formes

dégénérées, donc au total 6 formes de gouvernement.

-la royauté qui quand elle dégénère donne la tyrannie

-l’aristocratie qui risque de dégénérer en oligarchie
- enfin le gouvernement du peuple, la démocratie qui est comme l’avait reconnu Platon le
moins bons des bons gouvernements mais le moins mauvais des pires. L’homme du peuple
est certes mois compétent que l’homme compétent mais pris dans un peuple il incarne une
forme de prudence supérieure à celle d’un seul individu.

la bonne forme de gouvernement est celle qui concourt au bien-être général. Est une

dégénérescence celle qui ne se préoccupe que des intérêts de ceux qui sont au pouvoir.

Le régime qui a la préférence d’Aristote est celui qui préserve l’ordre aussi bien de la famille

que de la propriété privée, l’image d’une oligarchie (gouvernement de quelques-uns)

Sur le plan politique Aristote a influencé des penseurs contemporains comme Hannah

Arendt et Léo Strauss qu’on peut désigner mais également plus près de nous des
philosophies politiques tournées vers l’action comme celle de Charles Taylor ou de Michael
Walzer pour lesquels l’Etat ne résulte pas d’un contrat mais de la nature de l’homme

Comme pour Platon il faut pourtant nous garder de faire d’Aristote le père des

conservatismes.

Il faut garder à l’esprit deux choses :

-d’une part Aristote s’est efforcé à son époque de mettre en ordre les efforts philosophiques
antérieurs. D’où cette recherche d’ordonnancement. Ce qui est remarquable chez Aristote
c’est sa recherche d’un système, recherche inaboutie.

-d’autre part il a établi la nécessité de tenir compte dans l’ordre de la pensée de

l’observations des phénomènes et du monde réel.

Alors je finirai cette exploration d’Aristote en vous parlant de sa postérité au moins aussi

importante que celle de Platon. Supplanté par deux courants qui lui ont succédé comme on
le verra demain, le stoïcisme et l’épicurisme, il réapparait sur le devant de la scène grâce on
l’a dit à ses commentateurs à partir du 1 er siècle de notre ère puis sera redécouvert par les
philosophes de l’Islam, Avicenne et Averroès, avant d’être mis à l’honneur par la scolastique au XIIIème siècle et la Somme de Thomas d’Aquin.

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Philosophie – Gabrielle HalpernBy RCJ