Tout le monde vous le dira : pour s’imposer dans le monde numérique d’aujourd’hui, même un artiste se doit de porter un nom distinctif. Un nom qui soit pratiquement une marque. A la différence de son collègue chef d’orchestre Ivan Fischer ou de son ami le claveciniste Justin Taylor, touts deux dotés de noms assez largement répandus, Théotime Langlois de Swarte peut se targuer, même s’il n’y est pour rien, d’un patronyme qu’il ne partage avec personne, et c’est déjà un bon point pour lui. On peut même lui trouver des racines dans le Nord de l’Europe, puisque Swarte – S W A R T E, on imagine que quelques Français doivent le prononcer Svart - est un nom néerlandais ou flamand, peut-être une dérivation de Zwart – noire – et d’ailleurs le patronyme, tout aussi distinctif, d’un célèbre dessinateur de BD néerlandais, Joost Swarte. Et si l’on ajoute que Théotime, prénom assez rare désignant étymologiquement celui qui a peur de Dieu, fait référence à un roman d’Henri Bosco, écrivain français surnommé le chantre du Lubéron et à qui l’on doit également des titres comme L'Âne Culotte, Malicroix ou L'Enfant et la Rivière, on aura largement rempli la fonction pédagogique du présent programme.
Mais il n’y a pas que cela. Langlois de Swarte, né dans le sud-ouest le 11 novembre 1995, est un violoniste de premier plan, formé à tout le grand répertoire – caprices de Paganini et concerto de Sibelius compris – même si, aujourd’hui, on l’associe surtout à la musique baroque. Il faut imaginer ce jeune homme d’allure élégante et plutôt sage, dès quatre ans, tenant son violon et son archet comme autant de sabre-laser – il confesse d’ailleurs avoir joué à l’époque vêtu d’une cape de Jedi, qui était peut-être d’ailleurs plutôt une cape de Zorro.
William Christie est une des bonnes fées qui se sont penchées sur son berceau, ou en tout cas sur sa jeunesse, et sa participation aux Arts Florissants a été déterminante dans son parcours : d’abord comme violoniste de rang puis, peu à peu, comme soliste, comme chef ou comme partenaire privilégié du grand claveciniste et chef américano-français. Avec Justin Taylor, Langlois de Swarte a par ailleurs fondé l’ensemble Le Consort, dont il faut prononcer le T final comme pour un consort de violes anglais, pour ne pas le confondre avec un prince consort comme le tout aussi anglais Principe Philip, époux défunt de la défunte Reine Elizabeth II.
En ce mois d’octobre, Théotime Langlois de Swarte est dans la fosse de l’Opéra Royal de Versailles pour diriger le très rare Tarare de Salieri. Ses deux derniers disques parus sont Le violon de Rameau, enregistré avec William Christie pour Harmonia Mundi, et un portrait du Chevalier de Saint-Georges gravé pour la collection Château de Versailles Spectacle.
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