https://improvisations.fr/wp-content/uploads/20180302blancheneige.mp3
Nous sommes revenus hier au village à pied. A notre arrivée, la lune, pleine, se levait, dévoilant sa rondeur derrière les montagnes et les nuages. Spectacle magnifique :
Plus, tôt, nous étions allés à travers champs, à travers ces champs couverts d'une neige poudreuse et légère qui, comme la lune, était ronde et douce. Et je pensais à ce dont j'avais parlé ici même, à cette douceur, cette rondeur, cette féminité de la neige qui rend doux et féminins, courbes et harmonieux, les lieux qu'elle recouvre. Féminité fantasmée, peut-être mais féminité profonde - au moins pour moi.
Mais tandis que nous avancions, plus qu'à la rondeur et à la douceur de la neige, c'est à la nature immaculée des paysages auxquels elle s'unit que je pensais : un paysage enneigé devient un paysage immaculé et sans tache, un paysage vierge que rien, jamais, n'a souillé.
Et pensant à ces mots, qui sont les mots de notre langue, et qui sont des mots si connotés, je pensais à Blanche neige et à ce qu'en dit, dans ce livre lu dans ma jeunesse : Psychanalyse des contes de fées, Bruno Bettelheim : que Blanche neige est blanche comme l'est son sein, sa peau de femme, sa probité candide, et que le rouge sang de ses lèvres est celui du flux menstruel, du flux de la lune, ronde, qui apparut plus tard.
Et je pensais à ces grands espaces que recouvrent la neige et qu'on dit alors vierges, ces grands espaces dont on dit - et les mots ont un sens - que nul, encore, n'y a pénétré, et dont on dit aussi - et comment ne pas sursauter à cet énoncé, qu'ils sont inviolés.
Il y a pour partie, dans le plaisir de tracer sa route dans la blancheur immaculée d'un paysage adouci par la neige, un plaisir de nature sexuelle qui n'est pas tout à fait étranger à celui de la transgression : comme une caresse sur un corps féminin.