
Sign up to save your podcasts
Or


En 1990, jeune professeur de Shanghai, Wang Huning publie un texte qui va irriguer trente ans de pouvoir chinois. Sa thèse tient en une image:
Vingt-cinq personnes. Cinquante pommes. Assez de pommes, et les règles suffisent : on distribue, chacun a sa part, la paix sociale se maintient sans effort. Mais si les vingt-cinq personnes n'ont que dix pommes, les règles ne suffisent plus. Il faut un arbitre. Un chef qui tranche, qui contraint, qui décide qui mange et qui attend.
1996-2026. Trente ans de guerre imposée. Trente ans de fosses communes, de minerais volés, d'accords signés sans nous. Trente ans où le Congo tient, tant bien que mal, debout sous les coups. Mais tenir debout ne suffit plus.
Vous connaissez la légende. Une forêt brûle. Tous les animaux fuient, sauf un colibri, qui fait des allers-retours pour déverser trois gouttes d'eau sur le brasier. « Je fais ma part », dit-il. C'est une belle histoire. Elle est aussi un piège.
Pendant que le colibri s'épuise, personne ne demande qui a allumé le feu. Personne ne demande qui possède la forêt, qui vend le bois, qui a voté contre les normes qui l'auraient protégée.
Il existe deux sortes de murs. Les premiers garantissent une identité, une souveraineté, un espace de dignité collective. Les seconds ne protègent rien : ils organisent la domination. Ils décident qui a le droit d'exister ici, et qui doit disparaître là-bas.
Le problème, c'est que nous confondons souvent les deux. Nous applaudissons des murs qui nous enferment en pensant qu'ils nous protègent.
Avant les armes, le récit conquiert les esprits. Face à l'occupation cognitive, le Journal Ingeta documente et analyse la géopolitique congolaise depuis 2013. L'enjeu ? Exceller dans cette guerre silencieuse pour libérer les têtes avant les terres.
Le Canada a eu les moyens diplomatiques de dire non, devant les caméras, en pleines vacances d'été. Nous, avons-nous seulement le réflexe de nous poser la question ?
Ce n'est pas une question de richesse, ni de moyens. C'est une question de regard.
Trois mots ne suffisent pas à guérir une nation
On nous annonce un dialogue pour la paix, la cohésion et la refondation. Trois mots nobles. Presque sacrés.
Mais un mot n'a de valeur que s'il colle au réel. Sinon, ce n'est plus un mot. C'est un pansement posé sur une jambe qu'on continue d'amputer.
Paix, cohésion et refondation ?
De quelle paix parle-t-on, quand le pays saigne depuis trente ans et que les autorités négocient avec les agresseurs sans jamais dire clairement : nous reprenons chaque centimètre de notre territoire ?
De quelle cohésion parle-t-on, quand l'État suspend l'année universitaire des jeunes qui vivent dans les territoires qu'il a perdues, comme s'ils n'étaient plus tout à fait les siens ? De quelle cohésion, quand on organise des élections en effaçant des provinces entières de la carte électorale ?
De quelle refondation parle-t-on, quand la classe politique patauge dans la médiocratie pendant que le peuple s'enfonce dans la précarité ? Une refondation portée par ceux-là mêmes qui ont participé à l'abrutissement, à l'ensauvagement, à la clochardisation des populations n'est pas une refondation. C'est une reconduction.
Pour des collectifs citoyens
Ki-Zerbo le disait : le refus est une forme de dignité. Refuser les mots creux n'est pas du cynisme. C'est un acte de lucidité. Car un peuple traumatisé, humilié, déplacé pendant trente ans, ne se relève pas autour d'une table de dialogue. Il se relève par une thérapie collective. C'est la proposition de Jean-Pierre Mbelu, et il a raison.
Avant l'institution, il faut le tissu. Avant le pacte signé en haut, il faut le lien recousu en bas. Ce lien ne se décrète pas. Il se construit dans des collectifs citoyens, ancrés dans les quartiers, les villages, les diasporas, et capables de porter les doléances populaires par-delà les couleurs ethniques et partisanes qui nous divisent depuis trop longtemps.
Une nation devant faire face à une guerre d’usure et de prédation a besoin d'un sursaut citoyen, organisé, coordonné, tenace. Il y a besoin d’un grand mouvement et non d’une grande cérémonie.
Vous n'avez pas besoin d'attendre une ordonnance présidentielle pour vous tenir debout. La dignité collective se construit maintenant, dans le collectif citoyen que vous choisissez de rejoindre ou de créer.
Babel ou Jérusalem ? L'encyclique du Pape sur l'IA rejoint paradoxalement l'éthique africaine du lien.
Tandis que l'Occident privilégie l'individu, l'Afrique détient une avance philosophique cruciale : la solidarité comme principe d'organisation.
Ne laissez pas d'autres définir la gouvernance mondiale de l'IA. Il est temps d'imposer notre vision du « vivre-ensemble » aux tables décisionnelles qui façonnent demain.
Au-delà de la guerre des ressources, les Congolais doivent mener une bataille décisive pour leurs imaginaires.
Comment la « tradicratie ouverte » brise le verrou épistémologique imposé par l'Occident. En réactivant nos propres traditions de gouvernance, nous esquissons un État souverain ancré dans nos valeurs.
Décryptage d’une résistance créatrice essentielle pour reprendre le contrôle de notre destin et inventer l'avenir.
Se réapproprier sa terre ne signifie pas seulement récupérer un sol, mais reprendre le contrôle de son destin national.
Au Congo, la guerre est devenue une arme de dépossession invisible.
Pourquoi la résilience seule ne libère pas et comment reconstruire une souveraineté durable par la stratégie, la mémoire et l'organisation, sans attendre de sauveur extérieur.
From the publisher's feed