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Or


Plus personne ne peut mépriser le vignoble corse.
52 médailles pour les seuls vins au dernier Concours général agricole.
Peut-être le vignoble le plus excitant de l'hexagone.
Les vignerons n'ont pas changé le plomb en or, mais le sang du Christ.
Derrière ce succès, cinquante ans de révolution.
Une cave occupée à Aleria, un mouvement national né sur une affaire de vin frelaté.
Puis Bruxelles paie pour arracher.
Les 32 000 hectares de vignes fondent : à la fin des années 90 il n'en reste que 10 000, 7 000 aujourd'hui.
Surface divisée par plus de quatre, étés de plus en plus durs, et le milieu a tranché : choisi ses cépages, gommé ses défauts, épousé le marché mondial.
En vingt ans le rosé de la planète entière a pâli, et tout le monde copie la Provence.
Reste à savoir si l'on fait du vin en Corse, ou du vin corse.
Aurélie Patacchini est œnologue conseil.
Les cépages, les levures, les dates de récolte, les assemblages.
Elle décide du goût sans posséder la vigne.
Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
Elles ont baigné dans l’encre toute leur vie.
Des presses de l’atelier familial bastiais au local parisien de la rue de Calais, les sœurs Sammarcelli impriment depuis plus de dix ans leurs combats.
Féminisme, rapports de classe, libertés individuelles : leurs formules s’affichent sur papier autant que sur les réseaux. Mais l’époque se durcit.
Leurs 120 000 abonnés vivent sur des plateformes aux mains des milliardaires de la tech.
L’algorithme récompense la colère. Le débat se polarise.
Alors que pèse encore un féminisme pop et joyeux à l’ère du techno-fascisme ?
Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
Tous les Corses connaissent le même problème.
Après le bac, il faut partir sur le continent ou rester à Corti.
Pour ceux qui peuvent partir, Paris est une épreuve.
Alors, pour ne pas être éparpillés, les Corses s’organisent.
En 1967, ceux de Paris créent l’Unione, un club de foot aujourd’hui engagé en FSGT.
Ils se retrouvent autour d’un ballon.
Réservé aux Corses. Reste à savoir qui en décide.
Il y a quelques années, le club peinait à réunir vingt joueurs.
Aujourd’hui, une cinquantaine de licenciés, un entraînement le lundi, un match le vendredi, et deux titres de champion en quatre ans, une première dans son histoire, plus le Trophée des champions.
La communauté fait le reste : garder le lien, accueillir les nouveaux, tenir ensemble en attendant le jour de rentrer sur l’île.
Recréer un bout de Corse au cœur de Paris.
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Un grand merci à Studio Nueve pour leur accueil, sans qu l'episode n'aurait pas été possible
https://www.instagram.com/studio_nueve_paris/
7 rue Lacharrière, 75011 Paris
Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
On parle de la culture comme d’un supplément d’âme. Elle a pourtant une fiche de paie, des heures à déclarer, un loyer à payer.
L’économie du spectacle tient sur un statut précaire et chronophage : l’intermittence.
Poison-remède du milieu, elle garantit leur liberté aux artistes et les condamne à courir après les heures.
507 heures sur douze mois, 43 cachets pour un musicien. Le reste de l’année, l’assurance chômage paie.
En Corse, la musique vit un paradoxe permanent. Avec le Riacquistu, toute une génération se politise.
Dans les années 70 et 80, la chanson est un objet politique autant qu’un geste artistique. Les autorités le comprennent et interdisent des concerts : inutile.
Cinquante ans plus tard, les mêmes chansons se jouent en paillote, entre deux pizze et une bouteille de rosé. Les paghjelle, menacées de disparition, se retrouvent chez Universal et chez d’autres labels internationaux.
Mais derrière cette vitrine, les heures se trouvent plus vite à Paris que sur l’île. Alors des musiciens partent et chantent dans la langue des salles.
À Paris, on les appelle les Corses ; en Corse, les Parisiens. Peut-on être un groupe corse sans chanter en corse ?
Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
Il n'y a pas de film antimafia. Il y a des films qui essaient de l'être.
« Tout film sur la guerre finit par être un film pour la guerre. »
Quand Truffaut dit ça, en 1973, il aurait pu parler de la mafia.
Parce qu'à force de filmer ses codes, ses hommes, sa violence, même pour les condamner, on finit presque toujours par produire de la fascination.
Mais le problème est-il vraiment là ?
Cinquante ans de représentations plus tard, il faut sortir de l'écran et regarder ce qu'elles recouvrent.
Le réel, d'abord, est violent.
En Corse, le taux d'homicides atteint 3,7 pour 100 000 habitants en 2023. Près de six fois celui de la Sicile.
Mais ce réel n'est pas seulement criminel. Il est aussi social et économique.
La Corse est la région la plus pauvre de l'Hexagone : 18,1 % de ses habitants vivaient sous le seuil de pauvreté en 2021.
Et pourtant, le mot reste en suspens.
Le 28 février 2025, l'Assemblée de Corse vote à l'unanimité un rapport sur les « dérives mafieuses ».
Un amendement proposait de parler de « fait mafieux ».
Il n'est pas retenu.
L'adjectif, pas le nom.
La rue, elle, dit le nom.
Le 8 mars puis le 15 novembre 2025, on défile contre la mafia.
À quoi sert de célébrer la parole antimafia d'un film, d'une série ou d'un livre, quand le politique lui-même hésite encore sur le mot ?
Est-il sain, et même utile, de faire le procès des œuvres une par une, quand les structures, elles, bougent si peu ?
Pendant qu'on juge les représentations, le foncier, les marchés publics et les circuits de blanchiment continuent d'exister hors de l'écran.
Anton Jäger appelle cela l'hyperpolitique : une politisation intense, mais sans organisation ni relais institutionnels.
On s'indigne beaucoup.
Et la morale, à la fin, tient lieu de politique.
Docteure en études italiennes, Anne-Sophie Canto a consacré sa thèse à la littérature italienne de l'antimafia. Elle produit le podcast Réversible et publie Le véritable récit de la mafia. Quand la littérature fait surgir le réel, aux éditions L'Harmattan.
Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
Le mouvement nationaliste corse a muté.
Des conférences de presse clandestines du FLNC, dans le maquis, sous les lumières bleutées des lampes à gaz, aux sièges capitonnés de la Collectivité de Corse, de l'Assemblée nationale, et même du Sénat.
Aux dernières territoriales, 68 % des suffrages.
Cette hégémonie électorale n'est pas tombée du ciel. C'est le résultat d'un long processus de politisation.
D'un côté, les actions de terrain. De l'autre, la culture.
Des associations, des militants, des acteurs culturels, rassemblés derrière un mouvement : le Riacquistu.
Les années 70. La langue qu'on réapprend, les chants qu'on remet debout, un imaginaire, des codes, une manière de se tenir.
Cinquante ans plus tard, leur vocabulaire est devenu celui de tout le monde. Décentralisation, corsophonie, protection du foncier.
On en tire une formule facile : tout le monde est nationaliste, donc plus personne.
La formule sonne juste. Elle est fausse.
Le vocabulaire s'est diffusé, pas le projet politique.
Dans les 68 %, la conscience nationale au sens politique reste probablement minoritaire.
Premier revers de l'hégémonie : gagner, c'est se fondre.
Second revers : ce vocabulaire devient récupérable.
L'extrême droite française, longtemps centralisatrice et hostile à tout régionalisme, s'y est mise.
Elle parle identité, enracinement, préférence. En juin, à l'Assemblée, le Rassemblement national a combattu la clause d'égalité inscrite dans le texte d'autonomie, au motif qu'elle interdisait la préférence régionale.
Défendre une identité régionale peut servir de marchepied à un projet qui n'a rien à voir avec elle.
Pour en parler, Jean-Louis Fabiani, sociologue, directeur d'études à l'EHESS, ancien directeur régional des affaires culturelles de Corse de 1988 à 1991, auteur de plusieurs ouvrages sur la société corse.
Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
La violence fait partie de la vie des enfants.
À l'école, harcèlement, discrimination, sexisme.
À la maison, abus, négligence, inceste.
En France, 160 000 enfants subissent des violences sexuelles chaque année.
Un pour cent des auteurs sont condamnés.
En Corse, d'autres verrous s'ajoutent.
L'insularité, l'interconnaissance, ce qu'on règle en famille.
Alors les enfants encaissent seuls.
Beaucoup tiennent debout.
D'autres portent ça trente ans, et le paient en années de vie.
Face à ça, l'État affiche une réponse.
La santé mentale est devenue grande cause nationale deux années de suite.
Douze séances de psychologie peuvent être remboursées à 60 %.
Six seulement sont utilisées en moyenne.
L'accès existe sur le papier.
La continuité du soin reste une autre question.
Et depuis 2001, une loi de prévention jamais appliquée.
Il existe un autre endroit.
Ni l'école, ni la maison.
Gratuit, anonyme, sans autorisation des parents : la Maison des adolescents de Porto-Vecchio.
Sophie Ettori y est psychologue clinicienne depuis treize ans. Spécialisée en psychotraumatisme, elle reçoit des adolescents qui arrivent parfois sans même savoir mettre un mot sur ce qu'ils ont vécu, et une question pour elle.
D’où viennent les blessures de l’ordre ordinaire, et comment les réparer ?
Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
La Corse.
Terre de résistants.
Premier département libéré, et par ses propres moyens.
Et dans cette formule, un enjeu mémoriel dès la libération il a fallu organiser le récit plus de 80 ans plus tard reste aux historiens le travail de vérifier et s'interroger.
Comment on devient résistant après avoir applaudi Pétain, par peur de devenir italien.
Comment un parti interdit depuis 1939 devient hégémonique dans le maquis finit par tenir le principal mouvement de masse de l'île.
Et ce que deviennent Ribeddu, Fred Scamaroni, Jean Nicoli, Danielle Casanova, communistes et gaullistes, quand le nationalisme insulaire hérite de leurs mémoire.
Historien et conservateur du musée de Bastia, Sylvain Gregori travaille sur la Seconde Guerre mondiale en Corse, l'occupation italienne, la Résistance et les usages politiques de sa mémoire.
Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
Depuis trente ans, une filière brassicole s'installe sur l'île. Seize brasseries aujourd'hui, près de mille emplois revendiqués, de la terre au comptoir. Une bière, c'est de l'eau à 90 %. Le reste vient d'ailleurs : orge du continent, malt du Tarn ou de Belgique, houblon d'Amérique et de Nouvelle-Zélande.
La profession veut maintenant produire sa propre matière. Elle bute alors sur l'échelle, sur l'absence d'outil de transformation, sur un calendrier agricole déjà pris par la vigne et la clémentine.
Reste à savoir à qui appartient cet outil et avec quel argent il se construit.
Comment se décide une politique commune, quand un seul acteur peut la rendre impossible en s'abstenant.
Charles-Antoine Cesari produit 10 000 litres par an sur le site préhistorique de Filitosa et préside la Fédération des bières corses.
Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
L'été 2026 n'est pas terminé.
Près de 68 000 hectares ont déjà brûlé en France au 27 juillet. Le record annuel datait de 2022, 66 300 hectares sur douze mois.
Il est tombé avant le mois d'août.
Quatre sapeurs-pompiers sont morts depuis le début de la saison.
En Corse, la Restonica a brûlé quinze jours. Un millier d'hectares sur un relief où les engins n'entrent pas, où il a fallu ouvrir des pistes pour amener les hommes.
Des bergers évacués avec leurs bêtes.
Le paysage mettra des années à revenir. Tout le temps médiatique est allé à la question des moyens.
Combien de pompiers, combien de largages, et surtout où sont les Canadairs.
De la Gironde à la Corse, les feux sont fixés pour l'instant.
Ils laissent derrière eux des zones de désolation, des habitants qui ont tout perdu, des assureurs qui calculent ce qu'ils couvriront et ce qu'ils cesseront de couvrir.
Dans ce paysage, des voix répètent le même constat depuis des décennies.
Le réchauffement déplace le problème.
Le risque est installé.
La priorité n'est plus la lutte, elle est la prévention.
Jean-Louis Rossi est enseignant chercheur à l'université de Corse, physicien, spécialiste de la modélisation de la propagation des incendies. Il a porté le projet Goliath, premier programme au monde à avoir mené des feux expérimentaux de forte puissance en montagne, et premier à avoir associé sciences dures et sciences humaines sur le risque incendie. Il a cosigné en 2020 le rapport du bureau des Nations unies pour la réduction des risques de catastrophe sur l'évolution du risque incendie en Europe.
Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
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