Interview de Cyril Pierre de Geyer - Rocket School
Directeur fondateur de la Rocket School, Professeur HEC, Ex directeur technique Epita/Epitech, Fondateur de BlaBlaCaR
Podcast Radio :
La vidéo de l'interview Webcam est disponible en bas de page
Introduction, Parcours
RLP 102.3, aujourd’hui avec Cyril, Cyril Pierre de Geyer. Bonjour Cyril, tu vas bien ?
Salut Stéphane, je suis ravi d’être avec toi.
Moi aussi, ça fait longtemps qu’on ne s’est pas vu, est-ce que tu peux, pour ceux qui ne te connaissent pas encore, est-ce que tu peux décrire qui tu es, ton parcours, d’où tu viens et ce que tu as fait ?
Écoute, avec plaisir. Effectivement, ça fait longtemps, la dernière fois je crois que c’était en Thaïlande, donc bienvenue de retour chez nous.
Oui, vous étiez venu nous voir à Pattaya lorsque l’on créait la société là-bas, je me souviens.
Pour me présenter, j’ai un parcours un peu spécial, mais un parcours d’entrepreneur j’aurais tendance à dire, et j’ai eu trois vies pros. En fait, quand je me suis posé la question de mon orientation quand j’étais plus jeune, j’hésitais entre deux types de métiers que j’aimais bien, l’informatique et du commerce, et je me suis posé la question de savoir est-ce que je commence par de l’informatique, est-ce que je commence par du commerce ? Et à l’école, à l’époque, un conseiller d’orientation m’avait dit, fais de l’informatique d’abord, le commerce tu pourras l’apprendre ensuite sur le tas, et grand bien lui on a appris puisque j’ai fait ÉPITA et donc un bac plus cinq, et j’ai beaucoup appris en informatique, et je ne me vois absolument pas maintenant après coup reprendre un tel investissement personnel pour monter en compétence sur l’informatique. Et je trouve que c’est effectivement beaucoup plus simple de monter sur des compétences de management, de commerce que sur des compétences d’informatique. Bref, j’ai fait ÉPITA qui est une école d’informatique, j’ai fini majeur de cette vice-major de l’ÉPITA, j’ai adoré, et en fait, ce que j’ai adoré c’est le côté learning by doing. ÉPITA c’est une approche d’apprentissage par le projet, que certains connaîtront aussi avec le nom de Montessori, donc on apprend en faisant, et ils ont une spécificité qu’à l’époque on appelait la piscine, qui était spécifiquement sur ÉPITA, mais maintenant qu’on voit dans l’école 42, qui est une grande école d’informatique, créée par Xavier Niel, ainsi que ÉPITEC et plein d’autres écoles, c’est un modèle qui est devenu un peu plus généraliste. Et en fait, pourquoi je dis ça ? Je dis ça parce que moi l’informatique en soi, j’en ai à peu près rien à faire. Créer des beaux algorithmes et du beau code pour créer du beau code, ça ne m’intéresse pas. Moi ce que j’ai trouvé génial dans l’outil informatique, c’est comme le pinceau du peintre. C’est-à-dire que l’informatique va me permettre et m’a permis de créer des choses, de créer des applications, de donner vie à des sujets, et j’ai trouvé ça génial pour ça.
Oui, oui, l’ordinateur n’est pas le but, c’est un moyen.
Tout à fait, et quelque chose d’assez important, parce que des fois les gens disent « ouais l’informatique c’est nul ». Non, l’informatique c’est un outil, alors effectivement le pinceau du peintre ou le dessin, ça peut être vu comme embêtant, horriblement embêtant. Si on fait des choses pas intéressantes, mais c’est comme l’informatique, on peut faire des choses ultra intéressantes et vraiment s’éclater. Donc bref, après Epita, c’est une école payante, j’ai fait un emprunt et que je n’aime pas devoir de l’argent. J’ai énormément travaillé à la junior entreprise et j’ai bossé pour une quinzaine de boîtes dans mes deux dernières années de scolarité. Du coup, ça m’a appris énormément de choses et finalement, naturellement, dès que j’ai fini Epita, je me suis mis à mon compte et j’ai continué à travailler pour ces boîtes et pour d’autres. Ça a plutôt bien fonctionné.
Anaska.
Alors c’était Anaska. Avant Anaska, c’était Captive. C’était une web agency. Alors web agency, ça peut faire un peu désuet aujourd’hui, mais à l’époque, c’était très technique. C’était top niveau. En l’an 2000.
2000-2001, c’était très haut niveau, oui.
C’est ça. On était sur le virage des imprimeurs qui venaient de la com vers les web agency. Donc, c’était assez nouveau. Moi, j’ai été pris de passion par un outil informatique qui s’appelle PHP. C’est un langage ou une plateforme. Ensuite, ça dépendait comment on en parlait et c’est là qu’on s’est rencontrés Stéphane. J’ai adoré cet outil. PHP, c’est un langage informatique qui permet de créer des applications web et c’est celui qui est le plus utilisé sur Internet. Et en 2000-2005, c’était vraiment ultra tendance. Tout le monde se mettait dessus. Moi, j’ai toujours adoré partager mes connaissances. Donc, à la fois, on avait cette société de développement informatique qui s’appelait Captive et on s’est dit tiens, on va aider les gens à se former. Donc, on a créé une société qui s’appelait Anasca, qui était une société qui faisait de la formation informatique. Et en fait, ça a très bien marché. Et pour la petite histoire, c’était l’époque où tout le monde voulait créer des startups. Ça allait encore, mais c’était le tout début. Et nous, on n’avait pas d’idées avec mon associé à l’époque, avec Romain, pour créer une startup.
Avec Romain et Olivier Dasini.
Oui. Romain et Olivier Dasini. Et à l’époque, on n’avait pas d’idée de startup, mais on savait faire. Donc, on s’est dit bon, à défaut d’aller chercher de l’or, on va vendre des pelles à ceux qui veulent aller chercher de l’or. Donc, on a fait de la formation pour permettre à tous ceux qui avaient envie de se lancer en startup, en création d’entreprise, création de projet, d’être capables de le faire par eux-mêmes. Donc, ça a très bien marché. J’ai vendu cette boîte vers 30 ans. J’ai gagné suffisamment d’argent pour avoir moins besoin de travailler. Et donc, j’ai fait un tour du monde. Et en vrai, je me suis horriblement embêté.
Tu oublies deux petites choses, si je peux me permettre. Tu oublies ta rencontre avec Kaj Arnö. J’étais présent parce qu’on a fait l’interview et après, tu es allé le voir et tu as obtenu une exclusivité, je crois, pour faire les formations MySql en France. Ça, ça a été quelque chose d’important aussi pour la communauté, pour toi, et pour tout le monde en fait.
Alors, effectivement, on rentre sur des noms de gens un peu pointus, mais globalement, quand on a créé cette boîte, on était extrêmement impliqués, moi, j’étais extrêmement impliqué dans la communauté des développeurs. Je faisais des conférences, j’écrivais plein d’articles gratuits, j’ai écrit plusieurs livres sur PHP et vraiment, du coup, avec toi aussi Stéphane, avec l’époque de l’association, une association d’utilisateurs de PHP, on était vraiment dans le don, dans le partage lié à un mouvement qu’on appelle Open Source en informatique. C’est un mouvement qui consiste à partager un petit peu son savoir. Et effectivement, j’ai rencontré le créateur de MySql qui nous a permis de faire, de vendre et de former de façon officielle sur MySql en France. Pareil sur PHP, on avait des formations qui étaient officielles, semi-officielles, c’était un peu compliqué, mais je rentrerai pas dans le détail, mais on était du coup très impliqués là-dedans.
Oui, et puis tu as participé avec les gens qui ont mis en place la certification, on a poussé pour qu’il y ait une certification PHP à l’époque.
Voilà. Bon, l’idée, c’était en fait de structurer un nouveau monde et c’était vraiment ça qui était extra, c’est de participer à la structuration d’un monde qui était un monde open source, donc un monde un peu dans la belle idée du communisme et du partage, donc avec tout. Et d’ailleurs, au-delà de la belle idée, avec tous les avantages et les inconvénients de cette approche-là, mais c’était vraiment effectivement extraordinaire. Et au bout de sept ans, on avait une proposition de rachat, on a pas mal hésité, mais on a saisi l’opportunité avec quelques espoirs. Bon, ça n’a pas fonctionné comme on voulait, mais ce sont des choses qui arrivent, c’est pas très grave. Avec le recul, j’ai pas de soucis avec ça. Et derrière, donc du coup, je suis parti faire mon petit tour du monde, un peu comme on dit quand on est entrepreneur. Souvent, quand on est entrepreneur, on dit, on travaille beaucoup et on se dit, un jour, je ne m’achèterai ni le désert, j’irai là-bas, je ne ferai plus rien, etc. Et en fait, entrepreneur, c’est un mindset, c’est un état d’esprit. Et au début, quand je suis parti faire mon tour du monde, alors mon tour d’Amérique latine plus exactement, au début, c’était génial, on découvrait plein de choses, plein de gens, etc. Et j’étais en fait dans un mode contemplatif et ce mode contemplatif, c’est un peu la première semaine de vacances. Quand on part au soleil, on a les pieds, les doigts de pied en éventail, un verre de mojito à la main et on se dit, c’est ça la vie. Puis la deuxième semaine, on se dit, bon, c’est ça la vie, mais je commence à m’emmerder un petit peu. Et la troisième semaine, on se dit, j’en peux plus de ce mojito, j’en peux plus de cette plage, il n’y a rien à foutre ici. Et on se dit, bon, j’ai envie de rentrer dans l’action. Et c’est un peu ce que j’ai eu moi au bout de trois mois en Amérique latine, je me suis dit, bon, j’en ai marre de ce modèle contemplatif, je veux me relancer dans quelque chose, je veux être dans l’action. Et donc, je suis rentré en France et je me suis dit, bon, vu que tu as moins besoin de travailler, qu’est-ce que tu vas faire de ta vie ? Est-ce que tu peux lui donner plus de sens ? Et je me suis dit, si tu veux avoir du sens, il faut plutôt que tu sois dans le partage et dans l’éducation. Et là, j’ai commencé à travailler pour créer une école de code. Je me suis dit, tiens, je vais former des jeunes au code, parce que j’adorais ça et je voulais créer ce qu’on appelle un peu une école comme le wagon,