Les mots, les remèdes

D'où vient le mot "hiver" ? Quel lien avec le mot "chèvre" ?


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LE MOT HIVER

Penchons-nous aujourd’hui et pour quelques jours sur le mot hiver. C’est de saison !

Le mot hiver vient du latin hiems, « hiver » , auxquels se rattachent les adjectifs hiémalis et hibernus. C’est finalement l’expression hibernum tempus qui l’a emporté sur le mot latin classique hiems. Cependant, on trouve encore la trace de ce dernier en français dans l’adjectif littéraire hiémal, « relatif à l’hiver, qui pousse l’hiver ».

« Les petits ifs du cimetière

Frémissent au vent hiémal

Dans la glaciale lumière »,

écrit Paul Verlaine dans son poème « Sub urbe », issu du recueil Poèmes saturniens publié pour la première fois en 1866.

Certains décomposent l’adjectif hibernus en hi, « la neige » + ber, « qui apporte » auxquels on ajoute le suffixe participial nus.

Le latin classique hiems et le bas latin hibernum viennent d’une base indo-européenne °g’hi-m qui signifiait « la saison froide, la neige ». À croire que froid et neige ont toujours été étroitement associés dans les esprits.

La forme sanscrite hima a donc la même origine que le latin hiems. Elle a servi à former le nom Himalaya : alaya signifiant maison, l’Himalaya désigne textuellement « la demeure de la neige ». 

De cette racine indo-européenne dérivent également les mots grecs khion, « la neige qui tombe » et kheima, « l’hiver ». À partir de ce dernier terme kheima se forme le mot khimaira, « chèvre née à la fin de l’hiver précédent, chevreau ». Ne nous arrêtons pas en si bon chemin : de khimaira naît le mot chimère, animal monstrueux, ainsi nommé car une partie de son corps est celle d’une chèvre (les deux autres parties étant celles d’un lion et d’un dragon). De là le lien entre la chèvre et l’hiver.

Le mot hiver s’écrivait iver ou ivern au XIè siècle. Le « h » étymologique a été réintroduit au XIIè siècle. On écrit alors hyveir ou hyver. Au XVIè siècle, Joachim Du Bellay parle de « l’hyver de ses ennuis » avec un « y ». Enfin la graphie que nous connaissons aujourd’hui avec un « i » s’impose en français dit « moderne ».

L’Académie française dans sa rubrique en ligne « Dire, ne pas dire » rappelle qu’un linguiste suisse, Adolphe Pictet (dont le célèbre Ferdinand de Saussure a été l’élève), s’étonnait que le « m » du mot latin hiems ait évolué en « b » dans hibernus. Ce n’est en effet pas une transformation habituelle. Il fournissait une explication fantaisiste à cette bizarre évolution phonétique en prétendant que les rhumes provoqués par les froids de l’hiver transformaient les sons « m » en « b » : « J’ai un rhube » !

« À debain ! Euh, à demain ! »

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Les mots, les remèdesBy Isabelle Brun