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Du smartphone à l'application : comprendre la géopolitique du numérique


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Les outils numériques s'inscrivent dans des relations de contrôle et de tension concernant les ressources et l'information, qui impliquent des États et des entreprises. Comment sensibiliser les élèves aux enjeux géopolitiques portant sur les matières premières, les infrastructures et les applications numériques ?

TRANSCRIPTION

Il est courant de dire que nos outils numériques nous connectent avec le monde.  Cependant, la géographie du numérique fait apparaître des contrastes entre les pays qui concentrent la production des ressources et d’autres qui dépendent, pour fonctionner, d’usages numériques intensifs. Les téléphones, les ordinateurs, les réseaux physiques et même les logiciels s'inscrivent dans des relations de contrôle et de tension, impliquant des États et des entreprises, autour des ressources et de l'information.

Sensibiliser les élèves à ces sujets permet un questionnement éthique sur les choix individuels et collectifs sur le numérique, et contribue à développer leur esprit critique.

  • Alors, quels sont les enjeux géopolitiques derrière les matières premières, l’infrastructure et les applications numériques ?
  • Quels types d’acteurs sont impliqués ?
  • Et quelles alternatives pour un numérique vraiment indépendant ?
  • C’est ce que nous allons voir dans cette vidéo !

    Commençons par les matières premières. Elles sont au cœur de tensions géopolitiques. Il faut aujourd'hui cinquante métaux pour fabriquer un téléphone contre vingt il y a dix ans.  Or, certains matériaux sont concentrés dans des zones très précises. Ainsi, le tantale, ce métal essentiel à la miniaturisation des circuits imprimés, provient principalement du sud du Congo, où des groupes armés s'affrontent pour son contrôle. L'Union européenne a ainsi classé cette ressource parmi les « minerais de conflit » pour obliger les fabricants à s'informer sur sa provenance. Les « terres rares », ces métaux qui rentrent dans la composition de nos écrans tactiles ou de nos micros, sont quant à elles concentrées en Chine, premier producteur mondial. Quand ce pays a décidé de stopper l'exportation de ces matériaux vers le Japon, avec qui elle avait un conflit maritime, l’embargo a provoqué une crise dans l'industrie électronique japonaise.

    Réduire la dépendance aux matières premières étrangères est donc un levier pour limiter les impacts politiques, sociaux et environnementaux du numérique. En 2024, l'Union européenne a mis en place une stratégie qui encourage notamment la récupération de matières premières dans les appareils usagés.

    En classe, pour aborder la question des matières premières du numérique et retracer ces liens de dépendance, il est possible de détailler les technologies avec les élèves à l'aide des fiches produits des fabricants pour identifier leur provenance. Encore mieux, on peut soulever le capot d’un appareil hors d’usage pour étudier ses composants. Le site Agir pour la transition énergétique propose un poster réalisé par l'association France Nature Environnement, qui expose chaque pièce d’un smartphone ainsi que les métaux nécessaires à sa fabrication.

    L’autre enjeu géopolitique du numérique concerne son infrastructure sous-marine. 99 % de nos échanges numériques sont acheminés par un réseau de plus de 550 câbles sous-marins. Ce réseau qui interconnecte le monde est cependant vulnérable. Par exemple, en 2024, douze pays d’Afrique ont vu leur accès à Internet réduit jusqu'à 80 % à cause de travaux de voirie en Côte d’Ivoire. La même année, quatre câbles sous-marins reliant l’Asie et l’Europe ont été sectionnés par des attaques malveillantes, affectant les échanges entre les deux continents. Qu’il s’agisse de maintenance, d’accidents ou d’attaques, ces événements révèlent la matérialité souvent invisible du numérique, de même que sa fragilité. Par ailleurs, si Internet est aujourd'hui considéré comme un commun essentiel à nos sociétés, il fait aussi l'objet d'un large mouvement de privatisation. En 2023, on estimait que 70 % des projets de câbles étaient financés par les géants du numérique comme Google, Facebook ou Amazon.

    Pour analyser ces réseaux en classe, à une échelle locale, l’enseignant peut proposer de suivre le réseau de l’établissement scolaire, depuis la box Internet vers les relais télécoms de la ville. L’Agence nationale des fréquences, l’ANFR, propose également via son site http://cartoradio.fr de localiser sur une carte l’emplacement des antennes relais autour de soi. À une échelle macro, il est possible de suivre le tracé des câbles sous-marins avec la carte de TeleGeography et d’analyser les images satellites des points de raccordement sur la carte interactive de l’institut européen Copernicus.

    Enfin, au-delà des objets physiques, les applications que nous utilisons sont parfois affectées par des questions de gouvernance ou de conflits entre les États et les entreprises du numérique. Par exemple, le Parlement américain a débattu en 2024 de la possibilité d’interdire l’application chinoise TikTok sur son sol, pour des raisons de sécurité nationale. En représailles, le gouvernement chinois a demandé à Apple d'empêcher le téléchargement de certaines applications américaines. Dans le cadre du conflit entre Israël et le Hamas, ce sont des applications comme Google Maps et Waze qui ont pu suspendre les prévisions du trafic automobile, à la demande de l’armée israélienne.

    En classe, afin d’analyser le lien entre le contenu d'un service numérique et sa gouvernance, l’enseignant peut proposer à ses élèves une étude de cas avec une recherche documentaire et un débat. Pour comprendre la restriction des applications selon les zones géographiques, on peut comparer les cartes de zones en conflit proposées par des services commerciaux avec celles issues d’applications communautaires, comme OpenStreetMap. Tout comme cette dernière, certaines ressources Internet se construisent sur des modèles démocratiques et ouverts. En explorant les débats autour de chaque page Wikipédia via l'onglet « Discussion », ainsi que leur évolution via l'onglet « Historique », on peut analyser la façon dont se construit collectivement cette ressource, et questionner l'importance de la gouvernance de nos outils numériques.

    Bien d’autres composantes relient nos vies numériques à des enjeux géopolitiques, comme l’emplacement des data centers et leur consommation de ressources ou bien la concentration des fabricants électroniques à Taïwan. Ces interdépendances physiques et politiques nous rappellent que la technologie a un coût humain et environnemental important et que seul le développement d’usages plus sobres du numérique et d’une gouvernance plus démocratique de ces outils peuvent nous assurer une véritable indépendance.

    CRÉDITS

    Scénario : Sylvain Lapoix

    En collaboration avec Pascal Mériaux, DRANE de Lyon
    Direction de publication : Marie-Caroline Missir
    Production : Réseau Canopé
    Partenariat : Pix
    Ressource produite avec le soutien du ministère de l’Éducation nationale

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