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Il y a ce geste si caractéristique, si comique, si typographique : les deux bras qui se lèvent ensemble et, dans chacune des mains, l'index et le majeur qui se plient et se déplient à grande vitesse, frétillant un moment comme le ferait un poisson se débattant dans une nasse. Et accompagnant ce rituel ou ne l'accompagnant pas, la formule magique : "entre guillemets".
Lorsque ce geste est fait ou que ces mots sont prononcés, c'est le plus souvent à juste titre, pour marquer qu'on cite, tels qu'ils ont été prononcés ou écrits, les mots mis entre guillemets. C'est précisément ainsi qu la chose dont il s'agit a été désignée, nommée, évoquée, et sans n'y rien altérer que nous l'utilisons, sans la reprendre à notre compte. A cela, il n'y a rien à redire.
Mais il peut arriver aussi qu'à l'écrit, les guillemets soient différemment utilisés, d'une façon qui, cette fois-ci, paraît dévoyée : le mot ou les propos mis entre guillemets ne sont pas des citations reprises d'un autre mais des termes ou des formulations qu'on veut employer (et qu'on emploie effectivement) tout en marquant une certaine distance, tout en les utilisant avec des pincettes. On les prend sans les prendre, on en use tout en prétendant ne pas y toucher, profitant de leur qualité, de leur exactitude , de leur pertinence sans pourtant le reconnaître, choisissant un mot sans pourtant véritablement accepter, assumer, le choix ainsi fait. Un façon de s'asseoir entre deux chaises, d'agir tout en prétendant s'en laver les mains.
Il n'y a le plus souvent rien de grave dans ces façons de faire que chacun d'entre nous avons. Mais à chaque fois pourtant qu'un mot apparaît entre ces guillemets d'hypocrisie, un choc se fait en moi qui me donne envie de les biffer.
Tel est l'objet de l'enregistrement de ce matin.