Dys : ma force

Épisode 6 : “Demain, une société bilexique ?"


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Nous sommes le 27 janvier 2041, et Esmée rentre de l’école le sourire aux lèvres : « C’était génial ». Dans sa classe, les enfants choisissent comment travailler : écrire, parler, construire, dessiner, enregistrer. Sur un problème de mathématiques, chacun cherche à sa manière : plan, maquette, explication orale. Ici, on avance ensemble, et la diversité des chemins est encouragée.

Cette scène n’est pas encore notre quotidien, mais elle ouvre une voie claire : une école qui ne demande plus à l’élève de se plier à un seul modèle. Dans ce futur désirable - imaginée dans ce 6ème épisode de notre série Dys : ma force - on opère une bascule simple, et pourtant révolutionnaire, pour redonner confiance à celles et ceux qui apprennent autrement.

Former, simplifier, accompagner : rendre les aménagements évidents

Pour Nathalie Groh, présidente de la Fédération française des dys, l’urgence est concrète : « La première chose, c’est que l’école, les enseignants soient formés ». Son combat vise à faire passer les aménagements du statut d’exception à celui d’évidence, avec des moyens réels pour adapter l’accompagnement à chaque élève. Et surtout, alléger le parcours des familles, trop souvent noyées sous les dossiers à remplir pour accéder à des aides essentielles.

Son image parle à tous : « Je voudrais que ce soit comme pour les enfants myopes. Ils portent des lunettes et on ne demande pas aux parents d’avoir rempli un dossier dans tous les sens pour juste porter des lunettes ». Derrière cette comparaison, une promesse : demain, être dyslexique, dysphasique ou dyspraxique ne devrait plus être un obstacle administratif, mais une réalité prise en compte naturellement.

Apprendre à apprendre : l’estime de soi comme levier

Les changements de pratiques prennent du temps, mais ils touchent un point essentiel : notre rapport à l’échec. Laure Talavet Omont, fondatrice d’une méthode d’accompagnement scolaire au Luxembourg, le rappelle : une approche plus douce de l’apprentissage « a un énorme impact sur notre estime de soi ». Mieux accueillir les essais, les détours, les erreurs, c’est aussi apaiser les relations en classe et la manière dont chacun se regarde.

Elle défend l’idée d’un espace dédié, sans forcément alourdir les programmes : « créer un espace de découverte de soi » pour comprendre comment on apprend, et « proposer ces contenus-là » aux élèves. Un rendez-vous avec soi-même, qui pourrait devenir un outil puissant d’autonomie, particulièrement pour les jeunes qui ont grandi en pensant qu’ils étaient “moins capables”.

Quand les neuroatypiques deviennent des “sentinelles”

Au-delà de l’école, une transformation plus profonde se dessine : celle du regard. Louis de Luxembourg, dyslexique, résume une ambition simple et apaisante : « Je ne crois pas qu’on a besoin que tout le monde comprenne tout sur tout le monde. J’ai envie que tout le monde accepte tout sur tout le monde. » Accueillir sans exiger de justification permanente : c’est peut-être la première vraie révolution.

Pour penser autrement, certaines voix proposent aussi de renommer : Béatrice Sauvageot, orthophoniste et chercheuse, avance l’hypothèse de la « bilexie ». Non plus un trouble, mais une “double langue” : la capacité de parler sa langue neurologique et de comprendre celle des autres. Une façon de passer du défaut à la traduction, de la gêne à la compétence.

Et dans le monde professionnel, la dynamique s’accélère déjà. « Les neuroatypiques, c’est des sentinelles : ils challengent le collectif et repèrent ce qui cloche». Sabrina Menasria, qui travaille sur l’inclusion de ces profils en entreprise, insiste sur la valeur créée : « comprendre ce qu’elles font différemment », ce qui est rare et utile, surtout en période de transformation. Dans le numérique et l’IT, des programmes de recrutement spécifiques ont même ouvert la voie, misant sur ces talents d’optimisation et d’innovation.

Ce futur ne demande pas des héros, mais des choix : former, adapter, simplifier, et surtout accueillir. À l’école, au travail, dans nos relations, chacun peut commencer par une action simple : laisser plusieurs chemins possibles pour atteindre un même objectif, et reconnaître que penser autrement peut aussi nous aider à mieux avancer ensemble.

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Dys : ma forceBy AirZen Radio x Fondation Henri Maria Teresa