Tuteur illégal raconte

Et si on parlait... du sentiment d'exclusion ?


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« Maman, devine qui on a vu ce week-end, chez Papa ! »
« Tu te souviens de cette fête, tous ensemble quand j’étais petite ? »
« Tu peux réexpliquer le jour où je suis né(e) ? »
Quel est ce sentiment étrange que je ressens lorsqu’ils évoquent des souvenirs auxquels je
n’appartiens pas ?
Pourquoi est-ce que j’ai hâte que ça cesse ?
Pourquoi chaque sourire, chaque rire qu’ils échangent me fait du mal, me donne l’impression
d’être spectateur ?
 
L’impression que si je recule doucement, pas après pas, pour sortir de la pièce, personne ne
s’en apercevra.
Je ne m’attendais pas à ça. Je m’en voulais de ressentir de telles choses.
Ces conversations anodines qui ont parfois tourné à la torture mentale pour moi, la
paranoïa :
Pourquoi est-ce qu’ils font ça devant moi ?
Ils veulent me faire du mal, m’exclure, me faire comprendre que la vie d’avant était
mieux ?
 
Ça peut paraitre dur d’exprimer les choses comme ça.
C’est pourtant la manière dont je les ai ressenties.
Entre le sentiment de rejet et la culpabilité, je me suis dit que ce n’était pas vivable.
Il m’était impossible d’envisager de subir ces émotions à chaque fois.
Mais comment faire pour ne pas me laisser envahir par tout ça ?
J’ai envisagé 3 options :
 
Montrer ouvertement que ça ne m’intéressait pas :
Quitter la pièce, soupirer, lever les yeux au ciel, montrer mon exaspération…
Là, clairement, j’étais certain de ne rien apporter de positif.
Les enfants n’allaient pas forcément comprendre mon attitude, ma chérie non plus.
Et puis, j’imagine que ça n’aurait pas empêché les sujets de revenir.
Ça aurait créé des tensions et enlevé de la spontanéité aux conversations.
 
Faire semblant de m’y intéresser pour ne pas me sentir exclu :
Même si j’avais donné l’illusion de prendre part aux conversations, ça n’aurait pas
réglé le déséquilibre en moi.
Certes, j’aurais donné le change en paraissant curieux mais, intérieurement, j’aurais
su que je n’étais pas sincère.
J’aurais continué à souffrir autant à chaque fois.
Je ne voulais pas m’y résoudre.
Mettre mes émotions de côté, juste le temps de réfléchir autrement.
Voir la situation avec d’autres yeux que les miens, plutôt les leurs.
Que se passe-t-il dans leurs têtes, leurs cœurs quand ils évoquent ces choses de la vie
d’avant ?
Je les observe tous les 3, mère et enfants : ils ont le sourire, ils rebondissent sur
chaque anecdote, ils ont une belle lueur dans les yeux.
Est-ce que ça ne m’arrive jamais d’être comme ça, dans des situations similaires ?
  
Est-ce que je ne fais pas ça moi-même, dans ma famille, avec mes amis, devant ma tribu ?
Est-ce que j’exprime ma joie pour leur faire du mal, ou juste parce que j’évoque des
choses agréables, de simples souvenirs ?
Est-ce qu’ils sont tous les 3 tournés vers moi en me disant : « Regarde comme
c’était bien sans toi ! » ? Non…
Est-ce que ça ne leur fait pas juste du bien d’évoquer de bons souvenirs, des repères ?
 
D’ailleurs, s’ils en parlent devant moi, ça peut être pour me faire découvrir leur vie
d’avant, m’y intéresser.
Si je les avais gênés, ils auraient parlé de ça avec leur mère, en douce…
Alors j’ai vu ça comme une opportunité de poser des questions, de leur demander ce dont ils
se souviennent, qui sont ces gens dont ils parlent.
Là, tout a changé :
Je suis devenu curieux de tout ça parce que c’était un moyen de mieux connaitre ces 3
personnes entrées dans ma vie.
 
Aujourd’hui, j’ai plaisir a ré-évoquer les journées de naissance de chacun des enfants.
Je connais les prénoms de personnes que je n’ai pas rencontrées, mais qui font partie de leur
vie.
Cette vie multiple et riche, qui ne s’arrête pas à ce qui se passe chez
nous.
Ça ne nous empêche pas de vivre la nôtre, ensemble, et de nous créer nos propres
souvenirs, jusqu’à entendre des phrases qui m’incluent et qui commencent
par :
« Tu te souviens de ce jour où…. »
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