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"Et toi, qu'est-ce que tu veux faire, plus tard ?" - demandait-on l'autre jour à mes enfants, qui, évidemment, ne savaient quoi répondre.
La question m'aurait-elle été posée, je serais également resté muet. Qu'est-ce que je veux faire plus tard ? Je n'en sais rien. Il y a plein de choses que je voudrais faire demain. Et m'en demander d'en choisir une, de réduire la diversité à une unité, c'est demander l'impossible.
D'autant plus que, le plus souvent, derrière la question du Faire se profile, insidieusement, celle de l'Etre, qui transparaît dans la suite de la conversation et dans les avis qui, à peine la question laissée sans réponse, fusent sans que rien n'ait pourtant été demandé : "Ah ! mais je te verrai bien être ceci ! " ou "Ah ! j'ai toujours pensé que tu serais cela !". Et voici la nudité de l'enfance revêtue de force d'un uniforme ou d'une armure collante.
Qu'il faille, un jour, quitter (provisoirement) l'école pour gagner sa vie, peut-être est-ce une nécessité (cela le sera-t-il d'ailleurs toujours ? ça n'est pas certain) et c'est d'ailleurs très bien. Mais qu'on nous demande de considérer cette profession comme l'horizon de nos désirs et, a fortiori comme une définition de notre être, quel gâchis ! quelle réduction !
Il y a tant de choses passionnantes à faire dans cette vie pas si longue et si peu qui ne le soient pas pour autant qu'on prenne la peine de se pencher sur elles avec attention. Et puis il y a tant de choses qui, chaque jour, jaillissent du temps qui surgit et qu'on ne saurait, à l'avance, prévoir. Et il faudrait, malgré tout cela, avec tout cela, savoir dire aujourd'hui la chose qu'on veut et vers laquelle, de toutes nos forces, il faudrait s'engager ? Quelle étrange conception !
Je ne sais pas ce que je veux faire plus tard. Plein de choses ! Que je n'aurai aucun regret de ne pas avoir faites si je ne les fais pas car j'aurais fait mille autres choses.