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Etre faible avec le fort et fort avec le faible est une de mes hantises depuis que je suis tout petit.
Se venger sur le faible de la lâcheté qu'on a eu face au fort est un comportement terrible. Et je crains de l'avoir eu.
Et je sais qu'on est alors soi même si scandalisé, si revulsé par sa propre attitude, sa propre indignité, qu'on peut être tenté, pour ne pas commettre une injustice supplémentaire, de ne rien dire au faible quand bien même il mériterait nos remontrances. Et alors, sous prétexte que nous n'avons rien dit au fort, nous ne disons rien au faible, ajoutant, par souci de justice mais surtout par mauvaise conscience, une seconde lâcheté à la première.
Et c'est ainsi que, de lâcheté en lâcheté et de démission en démission, tout va à vau-l'eau.
Il faut, pour sortir de cette spirale descendante, comprendre au fond de soi qu'il ne s'agit pas d'un rapport de force, que tout cela n'a rien à voir avec la force et la faiblesse. Comprendre qu'il ne s'agit pas d'être plus fort que le fort, encore moins d'être plus fort que le faible. Il s'agit de bienveillance. Ni muscles montrés, ni mécaniques roulées, de la gentillesse.
Et lorsqu'on a compris que c'est de cela qu'il s'agissait, on trouve les bons mots pour parler au faible. Et ayant appris à s'adresser ainsi au faible, non pour l'écraser ou lui faire sentir notre autorité mais pour le guider et le conseiller, au mieux qu'on peut, avec amour, lorsqu'on a dépassé cette analyse des choses en termes de rapport de forces, on est probablement mûr pour s'adresser aussi au fort.
C'est ce que je retiens de ce que m'a appris Katia, et de l'expérience récemment racontée par Clémentine.
Mais je me rends compte, écrivant ces choses, qu'il y a, niché au fond du phénomène de démission que je décris, le rôle immense de la mauvaise conscience et du poids qu'elle peut faire peser. J'en reparlerai.
PS : comme je le pensais en écrivant la fin du commentaire et comme Le marcheur solitaire a si bien su l'exprimer, il n'y a plus, au bout de ce chemin, force ni faiblesse, fort et faible. Ces catégories elles-mêmes faussent la réalité.