Le Mot de l'évêque

Faire mémoire pour préserrver l'avenir


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Ce vendredi 17 mars 2023, comme chaque année désormais, est journée de mémoire pour les victimes d’abus sexuels dans l’Église. Rappelons que cette journée a été fixée au vendredi qui suit le troisième dimanche de Carême par l’assemblée des évêques de France en 2021, pour traduire dans la pratique la demande du pape François.

Dans la vie de l’Église, la mémoire ne nous tourne jamais seulement vers le passé ; elle est aussi une anticipation de l’avenir. C’est pourquoi cette journée mémorielle doit servir à une prise de conscience de la nécessité d’agir pour éviter les situations qui peuvent conduire aux diverses formes d’emprise et d’abus sur les personnes les plus vulnérables, les enfants en particulier.

Les initiatives proposées pour cette journée sont d’abord liturgiques, car c’est d’abord dans sa prière que l’Église fait mémoire, demande pardon, intercède et supplie. On peut puiser avec profit dans les lectures du quatrième dimanche de Carême, ainsi la deuxième lecture, tirée de la lettre aux Éphésiens (5, 8-14) : « Ne prenez aucune part aux activités des ténèbres, démasquez-les plutôt. Ce que ces gens-là font en cachette, on a honte même d’en parler. Mais tout ce qui est démasqué est rendu manifeste par la lumière. » Demandons de ne pas occulter le mal qui a été commis et de faire advenir la lumière là où régnaient les ténèbres. Ou bien encore l’évangile de l’aveugle-né en saint Jean (9, 1-41), dans lequel Jésus dénonce l’hypocrisie des pharisiens en ces termes : « Je suis venu dans ce monde pour un jugement : que ceux qui ne voient pas puissent voir, et que ceux qui voient deviennent aveugles. » On peut aussi prier avec le chemin de croix : chacun choisira la forme de prière qui lui convient le mieux.

Je voudrais citer en conclusion quelques réflexions de Georgette Blaquière dans son beau livre L’Évangile de Marie qui est devenu un classique. Elle médite sur le fait que Dieu a livré son Corps entre les mains de Marie comme il se livrera aux mains de Marie de Béthanie pour l’onction en vue de sa sépulture et aux saintes femmes pour sa mise au tombeau, et elle écrit ceci : « Jésus s’est livré entre les mains des femmes pour qu’elles prennent soin de son Corps. Cela me semble aller très loin au niveau du ministère féminin dans l’Église, un ministère de tendresse et de compassion pour prendre soin du Corps de Jésus. » Tendresse et compassion : le contraire de la prise de possession et de la profanation du corps d’autrui. « Prendre soin du Corps [de Jésus] dans l’adoration et prendre soin du Corps, dans les pauvres et les petits » : c’est un seul et même mouvement qui nous conduit de la prière à l’attention aux plus fragiles, afin qu’à travers nous ils rencontrent dans l’Église un Dieu qui les aime et qui guérit les blessures infligées par des mains criminelles, dans de nombreux cas hélas des mains sacerdotales. Corps vulnérables, corps blessés, corps humiliés, mais appelés à la vie et à la gloire, comme le Corps très saint de Jésus.

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Le Mot de l'évêqueBy Mgr Francis Bestion