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Le 25 octobre 2026, le Brésil a réélu Lula. Trois semaines plus tôt, au premier tour, Flávio Bolsonaro était en tête. La veille du second tour, les sondages le donnaient encore gagnant. Dix millions d’électeurs supplémentaires ont renversé la tendance : le Nordeste a voté en bloc, le Minas Gerais a basculé, et Lula l’a emporté avec quatre millions de voix d’avance.
Le vaincu a d’abord crié à la fraude, avant d’y renoncer sous la pression de son propre parti. Puis il a quitté le pays en pleine nuit, par la frontière argentine, pour s’installer à Miami, d’où il se proclame « le véritable président élu ». Donald Trump, qui l’avait reçu dans le Bureau ovale, a parlé d’une élection « truquée ». Mais il n’a pas reconnu Flávio, et Lula lui a répondu le soir de sa victoire : « ce pays n’accepte d’être l’arrière-cour de personne ».
À 81 ans, pour un quatrième mandat sans précédent, Lula hérite pourtant d’un pays qui a voté de l’autre côté. Le parti des Bolsonaro est désormais le premier du Congrès, dans les deux chambres. Il tient six États. Le gouverneur de São Paulo, Tarcísio de Freitas, réélu dès le premier tour, pense déjà à 2030. La Bourse a perdu 14% le lendemain du vote, et la croissance attendue pour 2027 plafonne à 1,2%. Dans une Amérique latine qui vient de basculer à droite, du Chili à la Colombie, le Brésil fait-il exception, ou n’est-ce qu’un sursis ?
Avec
- Armelle Enders, professeur d’histoire contemporaine à l’université Paris 8 et directrice du Laboratoire de l’Institut français de géopolitique (IFG Lab)
- Hervé Théry, directeur de recherche émérite au CNRS, professeur à l’université de Sao Paulo.
Le Kremlin reparlera de l’Ukraine « après le 4 novembre ». Donald Trump, lui, attend le vote pour trancher sur l’Iran. Une élection au Congrès peut-elle vraiment peser au-delà des frontières américaines ?
« Est-ce que je fais un accord avec eux, ou est-ce que je les achève ? » Le 25 octobre, Donald Trump parlait de l’Iran, à voix haute, devant les journalistes. Il avait promis de ne pas frapper de nouveau avant les élections de mi-mandat. Dans le détroit d’Ormuz, octobre a été le pire mois pour les navires depuis le début de la guerre.
À Moscou, on regarde le même calendrier. Le conseiller diplomatique de Vladimir Poutine a fixé la prochaine échéance au 4 novembre, au lendemain du scrutin. Entre-temps, Washington a accepté d’importer du diesel russe en échange d’un allègement des sanctions, un accord que contestent jusqu’à des sénateurs républicains. À Jérusalem, Benyamin Netanyahou, que Trump avait ouvertement soutenu, sort des urnes sans majorité. Au Brésil, Lula a battu le fils de Jair Bolsonaro, et le président américain y a vu « une autre élection truquée ».
Sur le papier, la politique étrangère reste l’affaire de la Maison-Blanche. Trump a fait capturer Nicolas Maduro, mène la guerre contre l’Iran, a frappé de droits de douane des alliés européens, sans beaucoup consulter le Congrès. Une Chambre démocrate aurait pourtant la main sur le budget. Elle pourrait enquêter, conditionner l’aide militaire, compliquer les arrangements avec Moscou. À moins qu’un président désavoué chez lui ne cherche à se refaire ailleurs, et plus brutalement.
L’Europe suit ce scrutin de près, et pour cause. Il y a quelques jours, Donald Trump citait la France comme le contre-modèle de ce qui menace l’Amérique, « une nation autrefois grande » selon lui « conquise, saccagée et brûlée par des migrants, des djihadistes et des communistes ».
Invités :
Ludivine Gilli, directrice de l’Observatoire Amérique du Nord de la Fondation Jean-Jaurès, autrice de États-Unis : le vote confisqué (1776-2026) (Fondation Jean-Jaurès / Éditions de l’Aube).
Mardi 3 novembre, les Américains renouvellent la Chambre des représentants et un tiers du Sénat. Donald Trump n’est candidat nulle part. Il demande pourtant à ses électeurs de voter « comme s’il était sur le bulletin ».
Fin septembre, à la foire agricole du Kansas, le sénateur républicain Roger Marshall s’est fait huer pendant un débat. Le Kansas n’a pas envoyé de démocrate au Sénat depuis 1932, et Donald Trump l’avait emporté de seize points il y a deux ans.
La scène résume assez bien cette fin de campagne. Aucun président n’avait été aussi impopulaire à ce stade de son mandat depuis Harry Truman, et c’est le coût de la vie qui pèse le plus. Le diesel a pris près de 70% en un an, conséquence directe de la guerre contre l’Iran ; les droits de douane ont fait le reste. Au Texas, James Talarico, ancien séminariste, fait jeu égal avec Ken Paxton, le candidat imposé par Trump. Paxton l’a lui-même admis devant des donateurs, dans un enregistrement qui a fuité : la convention républicaine de Dallas a fait baisser ses chiffres.
Les démocrates partent favoris pour la Chambre. Au Sénat, où il leur faut quatre sièges de plus, rien n’est fait. La carte, surtout, a changé : dix États ont redessiné leurs circonscriptions depuis l’été 2025, la plupart à la demande de la Maison-Blanche. Et Elon Musk a versé à lui seul 445 millions de dollars aux candidats républicains, une somme sans précédent pour un donateur.
Reste l’après. Donald Trump promet de respecter le résultat « si les élections sont honnêtes ». Son ministère de la Justice a déjà saisi un tribunal en Alaska pour pouvoir bloquer la certification d’une éventuelle défaite républicaine. Que pourrait faire une Chambre démocrate face à un président qui gouverne par décrets ? Et que restera-t-il du trumpisme le jour où Trump ne sera plus là ?
Invités :
Musiques :
Le 27 octobre 2026, les Israéliens élisent leur Parlement pour la première fois depuis le 7 Octobre 2023. Benyamin Netanyahu, qui a fêté ses 77 ans en pleine campagne, brigue un nouveau mandat. Rien n’est joué.
Le Premier ministre israélien aborde ce scrutin en eaux troubles. Il cumule dix-neuf ans au pouvoir, il est jugé pour corruption depuis 2020, et le président Herzog a gelé en avril sa demande de grâce. La Cour pénale internationale a émis un mandat d’arrêt contre lui. Le 7-Octobre, survenu sous son gouvernement, n’a jamais donné lieu à la commission d’enquête d’État que réclament les familles des victimes. La guerre à Gaza, plus de 73 000 morts selon le ministère de la Santé de l’enclave, a isolé Israël en Europe et abîmé son image aux États-Unis, et deux guerres contre l’Iran n’ont pas fait tomber le régime.
Il reste pourtant dans la course. Les derniers sondages placent Yashar, le parti de l’ancien chef d’état-major Gadi Eisenkot, devant le Likoud, mais aucun bloc n’atteint les 61 sièges nécessaires pour gouverner. Le camp de Netanyahu, allié à l’extrême droite d’Itamar Ben Gvir et de Bezalel Smotrich et aux partis ultraorthodoxes, tourne autour de 50 sièges. L’opposition fait à peine mieux, et refuse de s’appuyer sur les partis arabes. Donald Trump a apporté le 18 octobre son « soutien total » au Premier ministre sortant.
Qui est Benyamin Netanyahu, comment a-t-il tenu trente ans au centre de la vie politique israélienne, et qu’est-ce qu’une alternance changerait vraiment pour Gaza, l’Iran, les États-Unis et l’Europe ? À moins qu’un blocage ne le maintienne, une fois encore, à la tête du pays.
Invités :
Le 13 septembre 2026, un drone russe a frappé la locomotive du train Kiev-Varsovie en gare de Yahodyn, à quelques kilomètres de la frontière polonaise. Les 206 passagers avaient été évacués un quart d’heure plus tôt.
Depuis que le ciel ukrainien est fermé, le rail est la seule porte d’entrée du pays. Les armes, le blé et les dirigeants étrangers passent par là, et Moscou en a fait une cible : en septembre, les chemins de fer ukrainiens ont dû évacuer 5 831 trains. Loin du front, la fermeture du détroit d’Ormuz fin février 2026 a produit l’effet inverse. Le fret ferroviaire entre la Chine et l’Europe a bondi d’un tiers en quelques semaines, et en avril un premier train direct a relié Wuhan à Bakou en dix-huit jours sans passer par la Russie.
Longtemps tenu pour une relique du XIXè siècle, le chemin de fer est redevenu un instrument de puissance. C’est la thèse de Claude Leblanc dans Géopolitique du train. La Chine n’avait aucune ligne à grande vitesse en 2007, elle en compte aujourd’hui plus de 50 000 kilomètres, et elle a construit ou modernisé 10 000 kilomètres de voies en Afrique. L’Inde pose ses rails jusqu’à la ligne de démarcation au Cachemire. Les pays baltes changent la largeur de leurs voies pour tourner le dos à Moscou. Washington finance le corridor de Lobito pour faire sortir le cobalt congolais par l’Atlantique. Pendant ce temps, l’Union européenne a perdu des kilomètres de voies, et il faut toujours huit heures pour aller de Paris à Berlin.
Reste à savoir si le train peut vraiment rivaliser avec la mer, par où transite toujours l’essentiel des marchandises, et si l’Afrique, à qui l’on promet des milliers de kilomètres de lignes, en sera bénéficiaire ou simple terrain de jeu.
Invité : Claude Leblanc, journaliste, éditorialiste à L’Opinion en charge des questions asiatiques, auteur de Géopolitique du train (PUF, collection « Géopolitiques », 2026).
Musiques : Les Rita Mitsouko, Le petit train ; Bob Dylan, Slow Train.
L’Asie fabrique nos batteries, nos téléphones et une bonne part de la croissance mondiale. Mais derrière ce décollage, que deviennent ceux qui vivent loin des capitales ? Géopolitique s’intéresse au dernier dossier de La revue internationale et stratégique, consacré aux pouvoirs en Asie-Pacifique.
L’Indonésie produit près de 60 % du nickel mondial, un métal indispensable aux batteries des voitures électriques. Les complexes industriels se multiplient dans les Moluques et à Sulawesi, souvent au détriment des forêts et de ceux qui en vivaient. Fin août, à Jakarta, les manifestations devant le Parlement se sont soldées par plus de 300 interpellations.
En Inde, le redécoupage de la carte électorale voulu par le gouvernement de Narendra Modi inquiète les États du Sud. Au Bengale-Occidental, des millions de noms ont été rayés des listes électorales avant la victoire historique du BJP au printemps. Et entre la Thaïlande et le Cambodge, la frontière reste fermée depuis juin 2025, malgré le cessez-le-feu.
Frontières, ressources, électeurs : dans toute la région, les populations semblent devenues un enjeu de pouvoir à part entière. Contrôle des États ou résistance des peuples, qui est en train de l’emporter ?
Invités :
Le 12 octobre, la Marine nationale a arraisonné au large de La Réunion un pétrolier de la flotte fantôme russe. Trois jours plus tôt, Donald Trump levait les sanctions sur le gazole russe. Deux décisions qui en disent long sur la place qu’occupe aujourd’hui l’énergie dans les rapports de force mondiaux.
Le DF Peak naviguait sous un faux pavillon béninois. Jusqu’en 2024, il s’appelait le Kaliningrad. Comme des centaines d’autres vieux tankers, il permet à Moscou de continuer à vendre son pétrole malgré les sanctions européennes.
Mais au même moment, Washington prenait le chemin inverse. Face à des prix du diesel au plus haut à quelques semaines des élections de mi-mandat, l’administration Trump a autorisé jusqu’en avril 2027 l’achat de gazole russe. En échange, Kiev est priée de cesser ses frappes sur les raffineries russes.
L’Europe arraisonne, l’Amérique achète. Et pendant ce temps, la mer Noire reste une zone de guerre, où des cargos sont frappés au large de la Bulgarie. Le blé, lui aussi, est devenu un instrument de puissance.
Pour comprendre ce grand marchandage, Géopolitique s’appuie sur le rapport CyclOpe, référence sur les marchés des matières premières, qui publie cette année sa quarantième édition. Une aventure née en 1983 d’une chronique hebdomadaire sur l’antenne de RFI.
Invités :
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Trump reçu à Pékin en mai, Xi et Poutine qui affichent leur entente fin août au sommet de Bichkek, un possible sommet à trois en novembre à Shenzhen, plus aucun traité qui limite les arsenaux nucléaires américain et russe, Ormuz et Bab el-Mandeb quasiment fermés. Washington, Pékin et Moscou se disputent le monde sans se faire la guerre directement. Dans cette partie à trois, la France est-elle encore un joueur ou déjà un terrain de jeu ?
Avec
- le vice-amiral Pascal Ausseur, directeur général de la FMES, ancien préfet maritime de la Manche et de la mer du Nord ;
- Céline Bayou, chercheuse à l'INALCO, spécialiste de la Russie et des pays baltes ;
- Valérie Niquet, maître de recherche à la Fondation pour la recherche stratégique, spécialiste de la Chine et de l'Asie.
Émission enregistrée à Toulon, en marge des Rencontres stratégiques de la Méditerranée organisées par la FMES.
Des drones à quelques milliers d'euros qui frappent les ponts de Kiev quatre jours de suite, y compris le jour de la visite de Friedrich Merz, des avions de l'OTAN qui décollent pour abattre un drone au-dessus de la Lituanie, des missiles qui frappent en deux minutes au Moyen-Orient, des ballons espions à trente kilomètres d'altitude. La guerre du ciel a changé de visage, du ras du sol jusqu'à l'espace.
On regarde ce que l'Ukraine, le Golfe et la mer de Chine nous apprennent, et si la France et son industrie sont prêtes.
Avec
- Malcolm Pinel, chercheur au Centre d'études stratégiques aérospatiales de l'armée de l'Air et de l'Espace, spécialiste de la puissance aérienne russe ;
- le colonel Yann Bourion, ancien pilote de chasse, aujourd'hui chez MBDA, le fabricant européen de missiles ;
- Pierre Razoux, historien des conflits, directeur académique de la FMES.
Émission enregistrée à Toulon, en marge des Rencontres stratégiques de la Méditerranée organisées par la FMES.
Drone chargé d’explosifs sur l’aéroport de Leipzig en Allemagne, incendies d'usines d'armement en Bulgarie, en Italie et en Estonie, frappes sur le train Kiev/Varsovie dans une gare ukrainienne à 2 km de la frontière polonaise… Attribuées à la Russie, les attaques « hybrides » contre les pays européens soutiens de Kiev se sont multipliées ces derniers mois, qu’il s’agisse de drones, de sabotages, de désinformation ou de cyberattaques…
Que se passerait-il si, demain, une opération hybride russe faisait des victimes dans un pays de l’OTAN ? Comment les Européens doivent-ils répondre aux provocations du maître du Kremlin ? Que cherche Vladimir Poutine ? Que traduit cette fuite en avant et jusqu’où peut-elle aller ?
Trois invités :
- Christine Dugoin-Clément, chercheure à l’Observatoire de l’intelligence artificielle de Paris 1 – chaire risque, et au CRGN (Centre de Recherche de la Gendarmerie nationale). Autrice de Géopolitique de l’ingérence russe. La stratégie du chaos, paru aux PUF en 2025
- Paul Gogo, journaliste, ancien correspondant à Moscou, auteur de Moscou parano. La Russie de Poutine mise à nu, aux éditions du Rocher
- Ulrich Bounat, analyste géopolitique, chercheur chez Euro Créative.
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Géopolitique parcourt les grandes régions du monde auxquelles sont associés des enjeux majeurs. Marie-France Chatin invite au débat chercheurs et experts, afin que soient expliqués et mis en…
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