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Vous avez sans doute déjà entendu parler du « rasoir d’Ockham » autrement appelé principe d’économie qui énonce qu’on ne doit pas multiplier les êtres sans nécessité ». Cela signifie que tout ce qui n’entre pas directement dans l’explication d’une chose est inutile à celle-ci.
Son auteur Guillaume d’Ockham est né en 1290 et mort en 1349. Au moment où il entame son œuvre, à la fin du XIIIème siècle, le paysage intellectuel européen est en pleine mutation. D’ailleurs on ne quitte pas tout à fait le monde du Nom de la Rose car si Guillaume de Baskerville porte ce patronyme, c’est bien sûr en référence à Sherlock Holmes mais aussi en référence à Guillaume d’Ockham.
Ockham est souvent considéré comme celui qui va ouvrir la voie moderne à la philosophie.
Il est né à Ockham en Angleterre et appartient à l’ordre franciscain et enseigne à Oxford. Certains de ses enseignements seront considérés comme impies et il est convoqué en Avignon par le pape Jean XXII où il passe quatre années à tenter de se disculper. Il va alors rejoindre ceux de son ordre qui mène une croisade contre le pape et prêchent la pauvreté telle que l’avait conçue François d’Assise. Après Jean XXII, c’est son successeur Benoît XII qui devient la cible de ses attaques.
Ce sont surtout ses premières œuvres qui sont passées à la postérité, notamment dans la mesure où il inspirera Luther en matière théologique mais également dans la manière dont la philosophie moderne prendra en compte la Nature.
Il y énonce deux principes
-le premier peut se résumer à l’omnipotence divine : il énonce que Dieu ayant crée les choses, celles-ci sont contingentes. Dieu aurait pu aussi bien nous créer autrement qu’il ne nous a fait. La seule limite à ce principe d’omnipotence est la règle de non-contradiction. Le monde créé n’est qu’une succession de contingences.
-le second on l’a dit, est ce qu’énonce le fameux rasoir qui suggère de réfléchir en s’aidant d’ un minimum d’hypothèses.
Pour dit-on qu’Ockham ouvre la voie de la philosophie moderne ? C’est à partir de sa théorie du langage. On appelle cela la « révolution nominaliste » et on sait que, dans cette querelle des Universaux, Ockham adopta une position nominaliste, celle, rappelez-vous, qui explique que seules sont réelles les choses existant concrètement, tandis que ce qui est universel n’existe qu’en esprit.
En fait Ockham élimine de la théorie aristotélicienne de la connaissance les vestiges de néo-platonisme. L’esprit connaît les choses à deux niveaux, d’une part par la sensation et d’autre part à travers le jugement.
Ockham distingue les concepts absolus qui dérivent directement des choses singulières concrètes et les concepts connotatifs qui se rapportent à l’organisation de l’esprit. Il distingue donc la connaissance intuitive qui se rapporte à ce que nous pouvons connaître par les sens de la connaissance abstraite qui repose sur des concepts même en l’absence des objets mais ne saurait déduire leur existence. Elle dépend donc de la connaissance intuitive.
Ceci a une conséquence immédiate concernant le mode de connaissance de Dieu et va amener la philosophie moderne à ne plus subordonner la lecture du grand Livre de la Nature à la connaissance de Dieu.
Mais c’est sur le plan de la politique qu’Ockham se présente réellement comme un novateur. Non qu’il substitue la raison à la foi mais c’est l’idée de la contingence du monde créé qui ouvre la voie à une nouvelle vision politique, appuyée sur l’idée d’un pacte social et reposant sur le principe de la liberté humaine. Il influencera la réflexion sur la relation entre le pouvoir temporel, en l’occurrence celui de l’Empereur et le pouvoir spirituel, celui du pape. Il donnera naissance à certaines hérésies comme celle de Jean de Hus, en contestant radicalement le principe de l’infaillibilité du Pape ou des conciles, y compris dans les matières de la foi. De même, il inspirera la doctrine gallicane qui en France s’inscrira en faux contre le pouvoir du pape pour mettre en exergue une forme d’autonomie théologique de l’Eglise, gallicanisme qui triomphera en France sous Louis XIV.
By RCJVous avez sans doute déjà entendu parler du « rasoir d’Ockham » autrement appelé principe d’économie qui énonce qu’on ne doit pas multiplier les êtres sans nécessité ». Cela signifie que tout ce qui n’entre pas directement dans l’explication d’une chose est inutile à celle-ci.
Son auteur Guillaume d’Ockham est né en 1290 et mort en 1349. Au moment où il entame son œuvre, à la fin du XIIIème siècle, le paysage intellectuel européen est en pleine mutation. D’ailleurs on ne quitte pas tout à fait le monde du Nom de la Rose car si Guillaume de Baskerville porte ce patronyme, c’est bien sûr en référence à Sherlock Holmes mais aussi en référence à Guillaume d’Ockham.
Ockham est souvent considéré comme celui qui va ouvrir la voie moderne à la philosophie.
Il est né à Ockham en Angleterre et appartient à l’ordre franciscain et enseigne à Oxford. Certains de ses enseignements seront considérés comme impies et il est convoqué en Avignon par le pape Jean XXII où il passe quatre années à tenter de se disculper. Il va alors rejoindre ceux de son ordre qui mène une croisade contre le pape et prêchent la pauvreté telle que l’avait conçue François d’Assise. Après Jean XXII, c’est son successeur Benoît XII qui devient la cible de ses attaques.
Ce sont surtout ses premières œuvres qui sont passées à la postérité, notamment dans la mesure où il inspirera Luther en matière théologique mais également dans la manière dont la philosophie moderne prendra en compte la Nature.
Il y énonce deux principes
-le premier peut se résumer à l’omnipotence divine : il énonce que Dieu ayant crée les choses, celles-ci sont contingentes. Dieu aurait pu aussi bien nous créer autrement qu’il ne nous a fait. La seule limite à ce principe d’omnipotence est la règle de non-contradiction. Le monde créé n’est qu’une succession de contingences.
-le second on l’a dit, est ce qu’énonce le fameux rasoir qui suggère de réfléchir en s’aidant d’ un minimum d’hypothèses.
Pour dit-on qu’Ockham ouvre la voie de la philosophie moderne ? C’est à partir de sa théorie du langage. On appelle cela la « révolution nominaliste » et on sait que, dans cette querelle des Universaux, Ockham adopta une position nominaliste, celle, rappelez-vous, qui explique que seules sont réelles les choses existant concrètement, tandis que ce qui est universel n’existe qu’en esprit.
En fait Ockham élimine de la théorie aristotélicienne de la connaissance les vestiges de néo-platonisme. L’esprit connaît les choses à deux niveaux, d’une part par la sensation et d’autre part à travers le jugement.
Ockham distingue les concepts absolus qui dérivent directement des choses singulières concrètes et les concepts connotatifs qui se rapportent à l’organisation de l’esprit. Il distingue donc la connaissance intuitive qui se rapporte à ce que nous pouvons connaître par les sens de la connaissance abstraite qui repose sur des concepts même en l’absence des objets mais ne saurait déduire leur existence. Elle dépend donc de la connaissance intuitive.
Ceci a une conséquence immédiate concernant le mode de connaissance de Dieu et va amener la philosophie moderne à ne plus subordonner la lecture du grand Livre de la Nature à la connaissance de Dieu.
Mais c’est sur le plan de la politique qu’Ockham se présente réellement comme un novateur. Non qu’il substitue la raison à la foi mais c’est l’idée de la contingence du monde créé qui ouvre la voie à une nouvelle vision politique, appuyée sur l’idée d’un pacte social et reposant sur le principe de la liberté humaine. Il influencera la réflexion sur la relation entre le pouvoir temporel, en l’occurrence celui de l’Empereur et le pouvoir spirituel, celui du pape. Il donnera naissance à certaines hérésies comme celle de Jean de Hus, en contestant radicalement le principe de l’infaillibilité du Pape ou des conciles, y compris dans les matières de la foi. De même, il inspirera la doctrine gallicane qui en France s’inscrira en faux contre le pouvoir du pape pour mettre en exergue une forme d’autonomie théologique de l’Eglise, gallicanisme qui triomphera en France sous Louis XIV.