Improvisations (le podcast)

Importuner, consentir, transgresser : le premier geste


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Il y a eu cette tribune, dans Le Monde, de femmes qui revendiquaient le droit d'être importunées ; il y a eu, dans le Libération d'hier, cette autre tribune, de Leila Slimani (je me suis trompé d'auteur, dans l'enregistrement) qui, tout en disant le contraire, disait pourtant aussi un peu la même chose, mais d'une façon que je préfère parce que beaucoup plus positive. Et puis il y eu cette réflexion de Célestine qui observait, quelque part, qu'il y avait une immense différence entre les baisers pris ou volés sans qu'aucun consentement n'ait été recherché et ceux qui l'étaient après que ce consentement ait été, même tacitement, demandé. Dans le premier cas, on était dans la violence, et dans le second, c'était autre chose, même si le message en retour à la demande avait été finalement mal compris.
J'aimais bien cette distinction, selon qu'un consentement ait été, ou non, demandé. Mais y réfléchissant plus avant, je crois qu'on ne va pas ainsi jusqu'au fond du problème, jusqu'au cœur de la difficulté.
Il y a, je crois, au tout début de la relation amoureuse (je ne parle évidemment ici que de cela, et non de tout ce qui a fait l'objet des scandales de ces mois derniers), un saut à accomplir qui relève intrinsèquement de la transgression. Il faut que l'une ou l'un pose sa main sur la main de l'autre, sur son bras, sur sa tête, sur ses épaules, le touche, le saisisse, suscite un contact physique qui est ordinairement considéré comme intrusif, comme relevant de l'agression. Aussi tendrement, aussi amoureusement, aussi doucement que ce geste soit fait, il est, par nature, transgressif et va au-delà ce qui est communément admis.
Cette intrusion, cette transgression est nécessaire parce qu'il faut, dans l'engagement de la relation amoureuse, s'engager, se lancer, s'élancer, et signifier à l'autre que pour lui, on brûle ses vaisseaux et qu'à lui on se livre entièrement. Et sans cette transgression initiale -  qui se fait forcément, me semble-t-il, sans consentement, rien n'est possible.
Il ne s'agit en aucun cas d'importuner et ce n'est pas de cela que je parle. Mais un saut, en cet instant, doit être accompli qui se passe du consentement donné : on croit, au moment de franchir le pas, qu'il y aura consentement et c'est évidemment cette croyance qui nous fait poursuivre notre geste mais ce consentement n'a pas été donné. Et pourtant on avance et on fait ce geste parce que c'est dans le fait de le faire sans assurance de retour qu'est le premier acte d'amour.
Lorsque K. a pour la première fois posé ses bras autour de mon cou, elle ne m'a pas demandé mon consentement. Elle a fait irruption dans mon intimité et c'est par cet acte intrusif qu'elle est arrivée dans ma vie. Et c'est très bien ainsi.
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Improvisations (le podcast)By Aldor