Polaroid 41

Journée en ville


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Samedi 2 novembre 2019 – 20h03.

Jeudi 31 Octobre, le jour est fixé. Cette journée sera entièrement consacrée à ma fille, la deuxième, la seule restée à la maison avec nous alors que ses sœurs sont en vacances chez mes parents. Je bien envie qu’on aille se balader à Toulouse, la grande ville. La grande ville dont elle entend régulièrement parler mais où finalement on ne va que très rarement. Je lui en parle, elle valide. Au programme : hamburger et cinéma, en centre ville.

Et nous voilà partis tous les deux. Première découverte de la fillette de sept ans, le métro. Elle n’y a jamais mis les pieds. Elle est un peu intimidée et se colle à moi dans un premier temps avant de s’accrocher fermement à une barre de maintien. Je l’observe du coin de l’œil. Elle dévisage discrètement les passagers qui l’entourent et leur fait cadeau de son plus beau sourire avec un air un peu gêné. Toutes les personnes élues lui sourient en retour. Je trouve ça absolument génial. Ma fille fait sourire une rame de métro. Comme ça, simplement. Le papa que je suis est rempli d’émotion et de fierté.

On arrive en ville sous des trombes d’eau. On court se réfugier sous les parasols du premier restaurant à l’angle de la rue. Ils font des burgers maison et nous sommes à deux cents mètres du cinéma. C’est absolument parfait. On s’installe l’un en face de l’autre et on papote gentiment. Anouk me dit combien elle est contente de passer cette journée avec moi. « Métro, burger, ciné. Quand mes sœurs vont savoir ça ! » Elle fait plaisir à voir avec son grand sourire plein de dents manquantes. On commande nos burgers. Un pauvre bougre, probablement un sdf, fait irruption sur la terrasse. Il est trempé jusqu’aux os. Il retire aussitôt son pull et l’agite devant le radiateur de terrasse. Il porte sur le dos un énorme sac à dos carré isotherme marqué Uber Eats. La patronne du restaurant sort et fait savoir au bonhomme qu’il n’a pas le droit de rester là. Il gêne les clients avec son énorme sac, il ne compte pas manger et tient en main gauche une canette de bière entamée. Il doit partir. Le type lui demande le droit de se réchauffer quelques minutes, avant de retourner sous le déluge. Elle lui fait non de la tête d’un air faussement désolé.

_ « Non, non. C’est non, monsieur. Je vais vous demander de bien vouloir partir. Je ne peux pas tolérer ça ».

Uber tente de négocier :

_  « Vous ne pouvez pas, ou vous ne voulez pas ?

_ Les deux monsieur, les deux. S’il vous plaît ne faîtes pas d’histoire. Je retourne dans le restaurant faire mon service, quand je ressors faites-moi le plaisir d’être parti ».


Elle s’exécute et repart en salle. Le type hagard regarde autour de lui à la recherche d’un vague soutien. Personne ne le remarque vraiment. L’explication est restée discrète et peu de clients ont vraiment remarqué ce qui se passait. Ou alors ils font semblant de ne rien avoir remarqué. De mon côté, je suis toujours en grande conversation avec ma fille qui, comme moi, à suivi l’affaire du coin de l’œil. Le sdf se tient à un mètre cinquante de sa chaise. Elle me confie qu’elle est embêtée pour ce monsieur transi de froid, mais qu’elle comprend également la restauratrice qui doit pouvoir servir tranquillement ses clients. Nos burgers arrivent, les yeux de ma fille s’illuminent de joie. Elle prend la pose et exige que je la prenne en photo devant son burger. On parle maintenant cinéma et elle choisit le film d’animation qu’on ira voir dans une heure.

Tout à coup un serveur jaillit du restaurant et commence à pousser violement le squatteur pour lui faire quitter la terrasse. Il est jeune, athlétique, porte une chemise slim noire et aimerait autant que possible que tout le monde le remarque... (polaroid et texte intégral disponibles à www.polaroid41.com/journee-en-ville/)

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