Je nage. J’aime bien nager. Ca me calme, ca m’apaise. J’arrive près du bassin, je plonge timidement un orteil dans l’eau et je me suprends toujours à dire la même chose « Ouh, c’est froid ».
Pourtant, je sais bien qu’elle est froide. Elle est toujours à la même température l’eau. Alors, je plonge mes lunettes de piscine. Je les frotte comme on frotte ses yeux le matin.
J’attends que les gens passent et, lorsque j’ai assez de place pour partir, je regarde l’heure et je glisse dans l’eau. Je m’appuie sur le bord et je pousse fortement pour me donner de l’élan.
Alors, je glisse en ondulant mon corps. Je souffle de toute mes forces, comme pour expulser toutes mes pensées de la journée.
Je remonte à la surface, je tire sur mes bras, je ramène mes jambes. Je projette mes bras, et je pousse sur mes jambes. Et, c’est parti.
Je compte. Je compte le nombre d’aller-retours que je fais. Au début, mon objectif me parait loin. Et puis, c’est bien logique, il se rapproche.
Maintenant, j’ai appris à me connaitre. Je sais qu’il me faut quelques longueurs avant de pouvoir pousser un peu plus. Lorsque je suis échauffé, je commence à tirer un peu plus.
Je mets plus de puissance, et pour autant, je garde en tête l’image du mouvement proche.
J’en ai fait des kilomètres ces dernières semaines. Je connais de mieux en mieux la sensation du bon geste. On ne peut pas se voir dans un miroir pour s’objectiver. Alors, on ne peut que ressentir.
Je nage, je nage à en perdre mon souffle puis, je m’exerce à le retrouver sans m’arrêter. Je nage comme si je n’existais plus. Je me fatigue et une fois fatigué, je me sens enfin en forme.
La fatigue physique apaise la fatigue de l’existence. Je suis léger dans l’eau à défaut de l’être dans la vie.
La vie, c’est comme ce bassin. On fait des aller-retours. On ne s’arrête pas, même si on perd le souffle. Il suffit de ralentir et se concentrer sur la respiration.
Il faut se lancer. La vie est froide, puis elle se réchauffe quand on s’habitue. Et surtout, une fois dedans, il ne faut pas en sortir avant d’avoir atteint son objectif.
Même si l’objectif est de perdre conscience, d’entrer dans le flow, de ne plus compter. Simplement de nager jusqu’au moment où elle va fermer.
Alors, j’peux pas vivre, j’ai piscine.