Fragment du réel

La fin des paysans Français


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Ce qui arrive à la paysannerie française est douloureux.

Je le dis sans juger.

Sans politique.

Sans colère organisée.

Je regarde simplement, comme on regarderait la Terre depuis trop haut pour se mentir encore.

La France ne va plus comme avant.

Mais avant n’existe plus.

Les Trente Glorieuses étaient une parenthèse. Magnifique, héroïque, exceptionnelle.

Comme ces décennies où l’Empire romain se croyait éternel.

On a confondu une faveur de l’histoire avec une loi naturelle.

De Gaulle est mort.

L’après-guerre aussi.

Le moteur qui portait tout cela a été démonté pièce par pièce.

Les civilisations ont le cycle des produits : naissance, ascension, maturité, puis déclin.

Rien de personnel. Rien de moral.

Juste mécanique.

Il est possible — probable — que nous soyons entrés dans cette phase-là.

Nous avons dominé.

Aujourd’hui, nous sommes dominés.

Parce que nous n’en avons plus les moyens.

Quand on parle de nation, on rêve collectif.

Quand on vit, on vit seul.

Les gens ne sont plus un peuple compact.

Ils sont fragmentés, individualisés, parfois fatigués avant même de se battre.

Le salut collectif est devenu un réflexe de nostalgie.

On s’y accroche quand on ne sait plus quoi faire à titre individuel.

Alors il reste quoi ?

La lucidité.

Ne plus attendre un renouveau national comme on attend un printemps mythique.

Ne plus croire qu’une économie florissante reviendra par la force de la mémoire.

Celui qui ne maîtrise ni sa monnaie, ni ses industries, ni son alimentation ne parle plus vraiment de souveraineté — il en récite le souvenir.

La disparition des paysans n’est pas un accident.

C’est une étape.

Sans eux, la dépendance devient totale.

Et un pays dépendant est plus simple à gérer.

L’histoire est cruelle, mais cohérente.

Faut-il s’en réjouir ? Non.

Faut-il espérer ? Pas vraiment.

Faut-il s’adapter ? Oui.

Non par enthousiasme.

Par intelligence de survie.

Nous ne deviendrons pas un pays du tiers-monde.

Nous sommes déjà, depuis longtemps, un territoire sous influence.

La différence, c’est qu’on commence à le sentir dans le quotidien.

Alors, plutôt que d’attendre une grandeur qui ne reviendra pas à temps pour nous, mieux vaut organiser nos vies, nos liens, nos territoires proches.

Vivre correctement.

Aimer quelques personnes.

Comprendre l’époque sans la bénir.

Entre subir et s’adapter, il n’y a pas de débat.

Il n’y a que le réel.

#fragmentdureel #fin #paysans



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Fragment du réelBy Fragment du réel - par Minh Son