Philosophie – Gabrielle Halpern

La Patristique


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En ce lundi de Pâques chrétienne, à mi-chemin dans notre propre période de Pessah, il n’est pas indifférent de nous entretenir de ce qu’on appelle en philosophie la Patristique, ou la période des Pères de l’Eglise qui cherchèrent dans la philosophie de quoi asseoir la foi chrétienne. 

On peut faire commencer celle-ci au IIème siècle de notre ère et l’achever autour des VIIIè-IXèmes. 

Les Pères de l’Eglise, s’ils s’inscrivent avant tout dans une pensée chrétienne, partagent de nombreux traits avec les philosophes de cette époque auxquels ils empruntent largement : une forme de syncrétisme qui mêle les enseignements de Platon et du néoplatonisme  et ceux du stoïcisme à une réflexion sur la foi et sur les dogmes chrétiens. Ils s’interrogent sur la connaissance que nous pouvons avoir de Dieu mais aussi sur le sens que nous devons donner à notre vie et ce sens, on l’aura compris, passe par la connaissance.

Ils ne forment donc pas un ensemble de pensée systématique mais on peut les différencier en fonction des ennemis du christianisme qu’ils cherchent à réfuter. 

Il s’agit d’abord de défendre le christianisme contre le paganisme. Tel est le cœur de la doctrine de Justin qui met en exergue le rôle du Verbe, du Logos, contre la Nature et montre que celui-ci a précédé la venue même du Christ. 

Il faut aussi défendre celui-ci contre les attaques des gnostiques qui croient dans l’existence de deux Dieux, le démiurge qui a créé et agi dans le monde étant voué au mal tandis que celui qui est dans les Cieux est du côté du Bien. 

C’est le sens du geste de Clément d’Alexandrie qui introduit dans la Gnose païenne des éléments de Gnose chrétienne. Son importance vient du fait qu’il tente d’acclimater la philosophie à la foi en montrant que la philosophie est une œuvre de Dieu et qu’il faut en cultiver la rationalité au lieu de la repousser. 

La Patristique ne développe pas une doctrine unitaire et il n’est pas rare de voir les Pères de l’Eglise s’opposer entre eux. Ainsi Tertullien s’oppose-t-il à Clément d’Alexandrie. C’est de lui que date cette affirmation qu’Athènes et Jérusalem n’ont rien à voir ensemble. 

L’un des principaux Pères de l’Eglise a pour nom Origène. ( environ 185-253). Il applique la philosophie aux contenus de la révélation. Dieu, dit-il ,a créé le monde à partir de rien. Son fils est le Logos, intermédiaire entre le Père et sa création dont les choses sont à son image et non à l’image du Père. On reconnaît ici l’image de l’Un néoplatonicien auquel rien ne saurait  s’identifier. Le monde est habité d’anges et de démons entre lesquels évolue le genre humain plus proche des uns quand il choisit de faire le bien et des seconds quand il opte pour le mal. 

Une autre figure est celle de Grégoire de Nysse (vers 335-394) qui fait de l’homme le lien entre le monde sensible et le monde intelligible. L’âme et le corps forment une unité et concourent tous deux à l’action de l’homme dans le monde. Ce dernier qui est à l’image de Dieu n’a cependant pas sa perfection. Il peut en exerçant son libre-arbitre choisir de faire le mal. 

Mais c’est sans doute celui qu’on nomme pseudo-Denys l’Aréopagyte et qui vécut vers 500 qui exerça une influence majeure sur la théologie et la philosophie médiévales mais aussi sur la scolastique. La doctrine du pseudo-Denys distingue en effet trois voies pour atteindre à la connaissance de Dieu qui permettent d’établir une synthèse entre christianisme et néoplatonisme.  

-la première consiste à définir positivement les qualités de Dieu

-la deuxième applique la théologie négative. Nous, hommes, ne pouvons savoir ce que c’est que Dieu sauf à l’anthropomorphiser de façon indue.

-la troisième est celle qui a les faveurs du pseudo-Denys : c’est la voie mystique. Elle définit l’ascension vers Dieu comme une gradation qui part des choses et des êtres jusqu’à Dieu en passant par les archétypes des êtres, contenus en Dieu. Ce que dit le pseudo-Denys c’est que si les choses participent de Dieu, Dieu ne participe pas des choses. Ceci interdit toute vision panthéisme qui projetterait la présence de Dieu dans la Nature.

C’est cette hiérarchie qui va traverser l’ensemble de la pensée scolastique du Moyen Age. 

On le voit, la période de la Patristique reprend sous une formulation chrétienne la question que posait déja l’Antiquité du rapport entre l’Un (ici le Divin) et l’homme à travers la question de la connaissance.

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Philosophie – Gabrielle HalpernBy RCJ