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J'héberge actuellement deux chats. Et celui des deux que je connais le mieux vient chaque matin me réveiller d'une façon ou d'une autre.
A chaque fois nouvelle, ce réveil impromptu et forcé me fâche. Je le dispute, alors, pour employer cette forme transitive apprise il n'y a pas si longtemps. Mais dès que, ayant allumé la lumière car il fait sombre encore, je vois ce petit animal qui me regarde de sa tête penchée, agitant nonchalamment sa queue et ouvrant de grands yeux, toute facherie disparaît.
Cette queue allant d'un côté à l'autre sans raison particulière, cette petite vie qui se ballade, bouge et lisse ses moustaches et vient me réveiller d'un tapotement de patte ou d'une chute d'objet, tout cela est émouvant.
Pourquoi vient-il me réveiller le matin ? C'est parfois par intérêt : il a besoin de quelque chose que je puis seul lui donner. Mais le plus souvent, ça n'est pas le cas et c'est donc, me semble-t-il, sans raison particulière : il n'a nul besoin de moi, mais s'est lui-même réveillé et vient me réveiller pour le plaisir d'être avec moi, de partager le jour qui commence. Il peut bien, ensuite, au cours de la journée, afficher son indifférence et ses airs détachés ; il aime, au petit matin, sentir que je suis là et que je suis vivant, comme lui.
Que de différences entre nous ! Elle sont légion et immenses ! Mais quand, au petit matin, nous sortons l'un et l'autre de la nuit, du sommeil et de l'absence à nous-même et aux autres dans lequel celui-ci nous a plongés, nous aimons nous retrouver, nous reconnaître, nous cotoyer, et partager ensemble le début du jour. Aussi différents soyons nous l'un de l'autre, nous sommes un dans le vaste monde, et c'est ce que nous nous confions, avec reconnaissance, au point de l'aube.
Tel est l'objet de cet enregistrement.