La semaine de

La tentation de la superficialité


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Comment expliquer la place de plus en plus importante que prennent la « tchatche », l'agressivité (réelle ou feinte), dans des réunions, sommets ou spectacles comme le récent « Sommet Afrique-France » de Montpellier, au point de pouvoir devenir déterminants dans des coups de pouce du destin, au moins en politique ? Pendant ce temps, aux États-Unis…

Ils ne sont ni bloggeurs ni « influençeuses », n’ont pas de la « tchatche » à revendre. Ils travaillent juste pour le gouvernement des États-Unis, sans jamais être vraiment à la Une des journaux. Que viennent donc chercher les Américains Robert Malley et Adéwale Adéyemo dans cet édito ?

Ils sont, certes, Américains, mais aussi Africains, et leur parcours semble édifiant, au regard de ce qu’affichaient certains jeunes Français d’origine africaine, il y a peu, à Montpellier. Robert Malley est à Paris, depuis hier, vendredi 22 octobre 2021, pour discuter avec l’Allemagne, la France et le Royaume-Uni de la relance des pourparlers avec Téhéran. Car il est l’émissaire du gouvernement américain pour l’Iran. En 2015 déjà, Robert Malley était le négociateur américain des accords sur le nucléaire iranien, conclus entre l’Iran et ces trois pays européens, alliés aux États-Unis. Mais Donald Trump s’en était retiré unilatéralement, en 2018. 

Robert est le fils de Simon Malley, Égyptien, que certains auditeurs ont connu, comme fondateur du magazine Afrique-Asie. Sous Valéry Giscard d’Estaing, Simon Malley avait été expulsé de France, à cause de l’hostilité de ses écrits et de son magazine à la politique africaine de la France et, plus généralement, au colonialisme occidental. 

Robert Malley avait alors à peine 17 ans, lorsque sa famille retourne s’installer aux États-Unis. Il fait des études de droit et de sciences politiques, plutôt brillantes, à Berkeley, à Yale, Oxford. Effectue des stages auprès de deux des plus éminents juristes de la Cour suprême des États-Unis. Puis dans les années 90, il devient un conseiller de premier plan de Bill Clinton à la Maison Blanche. 

Et « Wally » Adeyemo, alors ?

Adewale Adeyemo est un patronyme yoruba, et « Wally », juste un diminutif, à l’américaine. Il est né, en 1981, à Ibadan, troisième ville du Nigeria, d’un père enseignant, et d’une mère infirmière. Juriste lui aussi, également formé à Yale, et avocat, lui aussi. En 2004, Adewale Adeyemo devient, à 23 ans, un des directeurs de campagne de John Kerry, et se fait remarquer pour son aisance intellectuelle et son calme désarmant. C’est lors de cette même présidentielle que John Kerry offre à un jeune sénateur noir de l’Illinois, nommé Barack Hussein Obama, la chance de sa vie, en lui confiant le privilège de prononcer le discours d’ouverture, lors de son investiture comme candidat du parti démocrate. 

Il assumera diverses fonctions, avant d’être nommé, en décembre 2020, secrétaire-adjoint au Trésor dans l’Administration Biden. À 39 ans, il devient le « numéro deux » du ministère américain des Finances. Et ce jeune homme à l’éternel sourire d’enfant peut, à tout moment, désormais, devenir « numéro un », lui, qui a pour devise personnelle ceci : « Donner une chance aux gens, quand ils en ont le plus besoin ».

Pourquoi parler d’eux, aujourd’hui ?

Vous vous souvenez peut-être du sourire satisfait du chef de l’État français, lorsque, présentant la ministre déléguée Élisabeth Moreno, à l’assistance de la plénière du fameux sommet de Montpellier, le 8 octobre 2021, il a rappelé que, lors de la rencontre organisée à l’Élysée, en juillet 2019, avec la diaspora africaine, Madame Moreno le défiait exactement comme le faisait, ce 8 octobre, la Malienne Adam Dicko. « Elle était alors "ma Adam Dicko" », a-t-il précisé, avec une pointe d’ironie. Une remarque ponctuée d’applaudissements, comme, du reste, chaque clash, chaque sortie osée contre Emmanuel Macron, lors de ce « sommet » que certains Africains qualifient de spectacle sans conséquence.

La place de la « tchatche », dans un tel spectacle, et le coup de pouce du destin que peut constituer si facilement une agressivité, réelle ou feinte, laisse rêveur, au regard de ce qui fait émerger et propulse au plus haut sommet, aux États-Unis, un Obama, un Adeyemo, un Malley, tous repérés, à un âge qui était plus ou moins celui des jeunes présents à Montpellier. 

À moins que l’on ne considère tout cela comme un progrès, étant donné que dans la France de Foccart, il n’en fallait pas tant, pour briser à tout jamais une carrière, même dans l’administration de son propre pays. 

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La semaine deBy RFI