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Or


Dès lors que l’homme était au centre du monde et la Providence divine écartée de la marche de celui-ci, il était normal que les esprits de la Renaissance s’intéressent à la théorie politique.
C’est à Machiavel que revient de rompre avec la vision politique de l’Antiquité qui mettait en relation éthique et politique.
La période de l’histoire dont il est contemporain est une période politiquement agitée, celle des guerres d’Italie. Pays riche économiquement et culturellement, l’Italie suscite la convoitise de nombre de ses voisins, la France, l’Espagne, l’Empire de Charles-Quint. L’historien P. Boucheron a décrit cette période dans le beau récit qu’il a consacré à la rencontre de Machiavel et de Léonard de Vinci qui n’a pu manquer de se produire même si nous n’en n’avons pas de traces. « Machiavel et Léonard se sont rencontrés, longtemps, ils se sont très certainement parlé, souvent. Les échos de ces conversations se retrouveront plus tard, dans des projets communs qui ne seraient guère compréhensibles sans cette connaissance préalable qu’ils firent l’un de l’autre » écrit l’historien. Ils se seraient intéressés ensemble sur des travaux d’aménagement du cours du fleuve Arno qui traverse Florence, belle métaphore de l’emportement impétueux de l’histoire. Ce qui les rapproche selon P. Boucheron est bien ce même sentiment d’ urgence à agir sur leur époque.
C’est ce nouveau regard, partagé donc avec Léonard, que Machiavel va déployer sur le champs politique.
Machiavel est né à Florence en 1469. Il est donc encore dans son jeune âge au moment de la première guerre d’Italie et du règne du moine dominicain Savonarole à Florence, qui impose à la ville une dictature théocratique et puritaine. Machiavel entame sa carrière comme secrétaire à la Deuxième Chancelleries de Florence en 1498. Il a alors 29 ans. Ce qui pourrait paraître une fonction d’exécution devient un tremplin vers le poste de conseiller des princes puisque Machiavel est rapidement mis à disposition des magistrats de Florence pour exécuter leurs ordres. Il est notamment chargé de la correspondance avec les représentants de Florence à l’étranger, ce qui le conduit à parcourir l’Europe, la France, et le conduit en 1502 auprès de César Borgia à la Cour duquel il aurait donc fréquenté 4 mois durant Léonard. C’est d’ailleurs en pensant à Borgia qu’il écrira plusieurs passages du Prince. Défenseur de la République, Machiavel ne pourra cependant empêcher sa chute. Il est alors emprisonné, puis exilé et déploie des efforts considérables pour revenir sur la scène politique. Telle sera l’objet de la dédicace du Prince à Laurent de Médicis.
C’est durant sa période d’exil qu’il rédige les Discours sur la première décade de Tite-Live pour lesquels il s’appuie sur l’œuvre de l’historien latin Tite-Live. Il rédige aussi un Art de la guerre et une Histoire de Florence entre 1520 et 1526. Enfin, il compose une pièce de théâtre la Mandragore interprétée pour la première fois en 1518. Les derniers temps de sa vie sont à nouveau pris dans la tourmente politique puisque François Ier et l’Empereur Charles-Quint repartent à la conquête de l’Italie. Machiavel meurt en 1527, l’année même du sac de Rome. Les Médicis sont destitués et une nouvelle République est instituée à Florence quelques semaines avant sa mort.
Il ne s’agit pas pour leur auteur d’y manifester une quelconque nostalgie des temps antiques, ni de chercher à imiter les Anciens mais de trouver chez eux des leçons pour résister à l’esprit de décadence dans lequel Machiavel voit l’Italie, incapable de résister à ses envahisseurs, sombrer progressivement. Il prône donc l’exemple des Républicains romains en illustrant la manière dont le conflit entre le Sénat et le peuple, la plèbe, a permis l’émergence de la République. Comme le dit Leo Strauss, grand philosophe du XXème siècle et lecteur de Machiavel, il s’agit en réalité de trouver dans l’Antiquité de quoi renforcer la vigueur des Temps modernes à un moment où ceux-ci lui paraissent près de sombrer dans la barbarie. Aussi faut-il lire les Discorsi, comme le propose R. Aron, comme un éloge de la liberté.
Comment concilier alors ce Machiavel apôtre de la liberté et soutien de la République avec celui qui enseigne au Prince à maintenir le plus ferme possible son pouvoir ? C’est qu’en réalité ces deux formes de pouvoir ne correspondent pas aux mêmes époques historiques, ni aux mêmes formes de régimes. Une leçon unit cependant ces deux œuvres le fait que les Princes doivent utilement réfléchir à l’histoire.
Nous y reviendrons demain.
By RCJDès lors que l’homme était au centre du monde et la Providence divine écartée de la marche de celui-ci, il était normal que les esprits de la Renaissance s’intéressent à la théorie politique.
C’est à Machiavel que revient de rompre avec la vision politique de l’Antiquité qui mettait en relation éthique et politique.
La période de l’histoire dont il est contemporain est une période politiquement agitée, celle des guerres d’Italie. Pays riche économiquement et culturellement, l’Italie suscite la convoitise de nombre de ses voisins, la France, l’Espagne, l’Empire de Charles-Quint. L’historien P. Boucheron a décrit cette période dans le beau récit qu’il a consacré à la rencontre de Machiavel et de Léonard de Vinci qui n’a pu manquer de se produire même si nous n’en n’avons pas de traces. « Machiavel et Léonard se sont rencontrés, longtemps, ils se sont très certainement parlé, souvent. Les échos de ces conversations se retrouveront plus tard, dans des projets communs qui ne seraient guère compréhensibles sans cette connaissance préalable qu’ils firent l’un de l’autre » écrit l’historien. Ils se seraient intéressés ensemble sur des travaux d’aménagement du cours du fleuve Arno qui traverse Florence, belle métaphore de l’emportement impétueux de l’histoire. Ce qui les rapproche selon P. Boucheron est bien ce même sentiment d’ urgence à agir sur leur époque.
C’est ce nouveau regard, partagé donc avec Léonard, que Machiavel va déployer sur le champs politique.
Machiavel est né à Florence en 1469. Il est donc encore dans son jeune âge au moment de la première guerre d’Italie et du règne du moine dominicain Savonarole à Florence, qui impose à la ville une dictature théocratique et puritaine. Machiavel entame sa carrière comme secrétaire à la Deuxième Chancelleries de Florence en 1498. Il a alors 29 ans. Ce qui pourrait paraître une fonction d’exécution devient un tremplin vers le poste de conseiller des princes puisque Machiavel est rapidement mis à disposition des magistrats de Florence pour exécuter leurs ordres. Il est notamment chargé de la correspondance avec les représentants de Florence à l’étranger, ce qui le conduit à parcourir l’Europe, la France, et le conduit en 1502 auprès de César Borgia à la Cour duquel il aurait donc fréquenté 4 mois durant Léonard. C’est d’ailleurs en pensant à Borgia qu’il écrira plusieurs passages du Prince. Défenseur de la République, Machiavel ne pourra cependant empêcher sa chute. Il est alors emprisonné, puis exilé et déploie des efforts considérables pour revenir sur la scène politique. Telle sera l’objet de la dédicace du Prince à Laurent de Médicis.
C’est durant sa période d’exil qu’il rédige les Discours sur la première décade de Tite-Live pour lesquels il s’appuie sur l’œuvre de l’historien latin Tite-Live. Il rédige aussi un Art de la guerre et une Histoire de Florence entre 1520 et 1526. Enfin, il compose une pièce de théâtre la Mandragore interprétée pour la première fois en 1518. Les derniers temps de sa vie sont à nouveau pris dans la tourmente politique puisque François Ier et l’Empereur Charles-Quint repartent à la conquête de l’Italie. Machiavel meurt en 1527, l’année même du sac de Rome. Les Médicis sont destitués et une nouvelle République est instituée à Florence quelques semaines avant sa mort.
Il ne s’agit pas pour leur auteur d’y manifester une quelconque nostalgie des temps antiques, ni de chercher à imiter les Anciens mais de trouver chez eux des leçons pour résister à l’esprit de décadence dans lequel Machiavel voit l’Italie, incapable de résister à ses envahisseurs, sombrer progressivement. Il prône donc l’exemple des Républicains romains en illustrant la manière dont le conflit entre le Sénat et le peuple, la plèbe, a permis l’émergence de la République. Comme le dit Leo Strauss, grand philosophe du XXème siècle et lecteur de Machiavel, il s’agit en réalité de trouver dans l’Antiquité de quoi renforcer la vigueur des Temps modernes à un moment où ceux-ci lui paraissent près de sombrer dans la barbarie. Aussi faut-il lire les Discorsi, comme le propose R. Aron, comme un éloge de la liberté.
Comment concilier alors ce Machiavel apôtre de la liberté et soutien de la République avec celui qui enseigne au Prince à maintenir le plus ferme possible son pouvoir ? C’est qu’en réalité ces deux formes de pouvoir ne correspondent pas aux mêmes époques historiques, ni aux mêmes formes de régimes. Une leçon unit cependant ces deux œuvres le fait que les Princes doivent utilement réfléchir à l’histoire.
Nous y reviendrons demain.