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Labubus, des poupées tendances à la production inquiétante ?


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Vous les avez peut-être déjà vus. De petites créatures à l’air de gremlin, dents pointues et regard malicieux, devenues en quelques années des objets de culte. Les poupées Labubu se vendent dans le monde entier, souvent sous forme de « blind boxes » : on achète sans savoir exactement ce qu’on va obtenir. À une vingtaine de dollars la boîte, parfois jusqu’à 10 000 dollars sur le marché secondaire pour les modèles les plus rares, la fièvre Labubu rappelle celle des Beanie Babies dans les années 1990. Mais derrière ce succès mondial, une autre histoire commence à émerger.


Une enquête menée par l’ONG China Labor Watch, spécialisée dans la défense des droits des travailleurs en Chine, met en cause les conditions de fabrication de ces jouets devenus viraux. Selon l’organisation, l’un des principaux fournisseurs de Labubu aurait recours à des pratiques d’exploitation du travail dans une usine du sud de la Chine. L’usine en question est exploitée par Shunjia Toys Co Ltd, un fabricant basé dans les provinces du Guangdong et du Jiangxi, et présenté comme un fournisseur clé — voire un site de production central — pour les jouets Labubu. D’après China Labor Watch, le site emploierait plus de 4 500 travailleurs. L’ONG affirme y avoir conduit une enquête approfondie, reposant sur 51 entretiens en face-à-face avec des employés, ainsi que sur l’analyse de documents internes.


Les conclusions sont sévères. Les enquêteurs évoquent des heures supplémentaires excessives, parfois en violation de la législation chinoise, des contrats de travail incomplets ou signés en blanc, et l’absence de congés payés pour certains salariés. Ils dénoncent aussi un manque de formation à la sécurité, des protections insuffisantes sur les postes de travail et des conditions de vie et de restauration jugées préoccupantes.


Contacté, Pop Mart, le groupe chinois à l’origine de la marque Labubu, affirme prendre ces accusations au sérieux. L’entreprise indique avoir ouvert une enquête interne et assure qu’elle exigera des corrections immédiates si les faits sont avérés. Pop Mart rappelle également qu’elle procède à des audits réguliers de ses fournisseurs, incluant des inspections annuelles menées par des organismes indépendants reconnus à l’international. Shunjia Toys, de son côté, n’a pas répondu aux sollicitations de la BBC ni de The Guardian.


Le contraste est d’autant plus frappant que le succès économique de Labubu est spectaculaire. Portée par des files d’attente devant les boutiques, des vidéos virales et des soutiens de célébrités comme Kim Kardashian ou Lisa, du groupe Blackpink, Pop Mart a vu ses revenus exploser. Les ventes de produits en peluche auraient bondi de plus de 1 200 % en un an, représentant désormais près de la moitié du chiffre d’affaires du groupe. L’entreprise vise plus de 4 milliards de dollars de revenus en 2025.

Les accusations visant Shunjia Toys s’inscrivent dans un contexte plus large. Les violations des droits du travail dans certaines chaînes de production chinoises sont régulièrement documentées, tout comme les soupçons de travail forcé dans certaines régions du pays. Mais ici, l’affaire touche une marque emblématique de la culture pop mondiale, symbole d’un divertissement ludique et innocent.


Rapport de China Labor Watch

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