Improvisations (le podcast)

Le bien n’est pas le contraire du mal


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Simone Weil, dans La pesanteur et la grâce, fait observer que le bien n'est pas le contraire du mal et que, le plus souvent, le contraire du mal est quelque qui a plus à voir avec le mal qu'il prétend combattre qu'avec le bien qu'il prétend soutenir.
S'agissant des choses simples, la vérité de cette réflexion éclate quand on pense à l'éducation, à la pédagogie, à la façon dont on apprend les choses : on commence, à chaque fois, ou presque à chaque fois, à commettre des fautes, qu'on corrige à l'exercice suivant mais on se rend vite compte qu'il ne suffit pas de corriger ses fautes pour faire bien. Il ne suffit pas de ne pas faire mal pour faire bien et il faut des années et des années, des efforts et des efforts pour que, de corrections en corrections, de fautes en fautes, on apprenne progressivement à passer à autre chose qui, plus que le pas mal fait est le bien fait.
Il en va de même dans la vie professionnelle et dans la vie de tous les jours : il ne suffit pas de corriger les fautes qu'on commet ; il ne suffit pas - longue expérience avec Katia ! - de corriger les défauts qui nous ont été à juste titre signalés pour pouvoir revenir, la bouche en coeur, réclamer la sorte de bon point qu'on croit enfantinement - infantilement ? - dû à notre obéissance. Car le défaut même une fois véritablement corrigé (et c'est souvent bien plus long qu'on ne le pensait), demeure tout le reste, et ce vide qui bée entre la correction du mal et le bien.
Dans l'ordre civique et politique, Simone Weil souligne que ce n'est pas parce que voler est mal que le respect contraire et bourgeois de la propriété serait un bien. Le respect de la propriété est de même niveau, du même ordre que le vol puisqu'il est son contraire ; il n'a donc rien à voir avec le bien. De la même façon, mentir est mal mais la sincérité prise comme simple interdiction de mentir, comme simple absence de mensonge, n'est que le symétrique du mal et donc ne relève pas du bien qui exige autre chose, le passage à une autre dimension.
C'est encore plus évident dès lors qu'on aborde les questions éthiques et importantes : il ne suffit évidemment pas de ne pas faire le mal, ni même de faire le contraire du mal pour faire le bien : le bien est d'une autre nature que le mal ; il implique une élévation, un changement de dimension où paraissent parfois se réconcilier les contraires. Ainsi s'explique le scintillement, l'ambivalence, la vibration qui apparaît dans les choses vraiment essentielles : le vrai bien est souvent d'une nature telle que les oppositions ordinaires y sont dépassées ; ce qui paraissait contradictoire s'y réconcilie. Et c'est pourquoi, au regard des classifications ordinaires, il nous est si difficile d'en parler : le vrai bien, en matière de propriété, est sans doute indifférent aux catégories juridiques de la propriété et du vol ; il ne se situe pas sur le même plan. Et le détachement que prônent les sages reste un mystère complet si l'on cherche à l'analyser en termes de dépendance et d'indifférence. Pour comprendre vraiment, il faut passer à un autre regard, aller au dessus, là où se confondent et se tressent, dansent ensemble, ce qui paraissait s'opposer.
Il y a trop longtemps que je l'ai lu pour me rappeler si c'était de cela que parlait Nietzsche dans Par delà le bien et le mal. Mais c'est un peu l'idée à laquelle on aboutit : le vrai bien, le bien ontologique et essentiel, se situe au-delà des catégories ordinaires du bien et du mal, et qui ne conçoit le bien que comme le contraire du mal n'arrivera jamais à aller au-delà de celui-ci. Le vrai bien, en effet, est tout simplement d'une autre nature.
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Improvisations (le podcast)By Aldor