Improvisations (le podcast)

Le désir amoureux


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Qu'est-ce que le désir ? Qu'est-ce que le désir dans l'amour ?
Dans le désir, ce n’est pas notre propre plaisir qu’on désire, ou si peu ; c’est le plaisir de l’autre. Mais pas n'importe quel plaisir. Nous désirons le plaisir que nous donnons à l'autre et ce plaisir seul, ce qui n'est pas très altruiste. Et plus encore, nous désirons que, du plaisir donné à l'autre, cet autre retire du désir de nous.
Dans le désir, c'est le désir de l’autre que nous désirons.
Dès qu'il y a amour, pourtant, les choses changent. Elles ne changent pas en soi : ce qui a été dit demeure vrai ; mais elles prennent place dans un nouveau paysage où ce que nous voulons et désirons n'a de valeur et de sens que répliqué dans l'autre, partagé avec l'autre, reflété dans l'autre dans un jeu de miroirs en abyme où, au bout de notre victoire, gît notre perte et au bout de notre perte, se dresse la victoire.
Dans le désir amoureux, les choses vibrent, incessamment s’inversent et sans fin se retournent. Et dans ce mouvement de houle, dans cet entremêlement infini du tien et du mien, l'égoïsme se noie, remplacé par quelque chose qui, sans être de l'altruisme, diffère tout de même de l'égoïsme parce que le soi n'est plus au cœur du monde.
Peut-être ne s'agit-il que d'un égoïsme élargi à deux personnes. Peut-être bien. Mais cet élargissement change beaucoup car il ouvre au dépassement de soi, est une porte ouverte sur le monde.
Simone Weil – j’en ai déjà parlé – met l’amitié bien au-dessus de l’amour au motif qu’il y a, dans l’amour, la recherche de son propre intérêt quand l’amitié n’est qu’altruiste. Elle a en partie raison. Mais l’égoïsme de l’amour est, d’une certaine façon, une ruse de la nature. C’est un égoïsme qui apprend à se chercher dans l’autre, à ne se trouver que dans l’autre. Il instrumentalise l’autre mais en acceptant – bien plus, en voulant, en désirant, en exigeant - être lui-même instrumentalisé. L’amour ne sépare pas le tien du mien, il ne sépare pas le corps de l’âme - et il est, en cela, infiniment plus généreux, complet, entier, que ne le sera jamais l’amitié.
La limite de cet amour, comparé à l’agaph ou à la charité chrétienne, est la part d’intéressement qu’il contient : on aime l’autre et on veut son bonheur, certes et absolument ; on pourra se sacrifier pour lui ; on pourra lui souhaiter de vivre et d’être heureux quand nous-même ne serons plus là. Mais quant à admettre que, nous vivant, il soit heureux avec un autre, c’est autre chose. L’amour amoureux n’est pas comme l’amour paternel ou maternel qui accepte et souhaite d’emblée qu’un jour vienne où les enfants voleront de leurs propres ailes et trouveront leur bonheur loin de nous ; l’amour amoureux est jaloux ; il veut le bonheur partagé.
Peut-on vraiment aimer l’autre – cet autre qu’on aime d’amour – au point de désirer qu’il soit heureux sans nous ? Je ne le crois pas. Je n’arrive pas à y croire.
Et cet amour amoureux ferme-t-il la porte, comme le répètent Jean et Augustin, à l’amour-agaph ? Remplit-il tant le cœur de sa substance que nulle place n’y resterait plus pour un amour plus universel ?
Cela non plus, aujourd’hui, je ne le comprends pas.
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Improvisations (le podcast)By Aldor