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🎓 Le diplîme (TF1)


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⚠ Cet article contient des spoilers !

Synopsis

Six personnes qui n’ont jamais obtenu leur bac, pour des raisons sociales, familiales, de santĂ© ou de parcours de vie chaotique, dĂ©cident, Ă  des Ăąges trĂšs diffĂ©rents, de retourner sur les bancs de l’école. Inscrits au lycĂ©e pour adultes de Paris, ils se lancent dans ce dĂ©fi improbable : repasser le premier grand examen de leur vie, Ă  un Ăąge oĂč il n’est plus si raisonnable de le faire. Des hĂ©ros du quotidien, aux trajectoires radicalement diffĂ©rentes, qui ne se seraient jamais rencontrĂ©s autrement.

🎬 Fiche technique

Le DiplĂŽme est une comĂ©die dramatique de 6x52’ diffusĂ©e Ă  partir du 12 janvier 2026 sur TF1 (Ă©galement disponible en replay sur TF1+ et Ă  l’achat en avant-premiĂšre).

* Production : Fanny Riedberger Habanita Fédération (Lycée Toulouse-Lautrec, Les Randonneuses et bientÎt Grandiose).

* Création : Fanny Riedberger, Sylvie Audcoeur et Elodie Namer.

* Scénario : Sylvie Audcoeur, Elodie Namer, Laurent Mercier, Géraldine de Margerie, Clément Peny, Déborah Hassoun et Nicolas Pleskof.

* Réalisation : Philippe Lefebvre (Ep 1 et 2) et Vianney Lebasque (Ep 3 à 6).

🎭 Avec : ClĂ©mentine CĂ©lariĂ© (Delphine), Bernard Campan (Sam), Camille Lellouche (LeĂŻla), Guillaume LabbĂ© (Pierre), Julie Sassoust (Jen), Ahmad Kontar (Hussein), Vanessa Guide (Juliette) et Marc Riso (Georges), avec la participation d’Isabelle GĂ©linas (Marianne) et Charles Berling (Martial).

📍 Tournage : Ă  partir du 2 avril 2025 Ă  Paris et au lycĂ©e Buffon dans le 15Ăšme, mais aussi en Bretagne.

📈 Accueil & audiences : Sur l’ensemble des trois soirĂ©es, Le DiplĂŽme a tournĂ© autour de 3,5 millions de tĂ©lĂ©spectateurs en moyenne (~22 % de PDA) et s’est installĂ© comme un succĂšs d’audience pour TF1, en tĂȘte des audiences rĂ©guliĂšrement pendant sa diffusion.

🔎 Analyse

Concept

Le DiplĂŽme repose sur un concept trĂšs efficace : rĂ©unir des adultes trĂšs diffĂ©rents autour du bac et faire de cet examen bien plus qu’un simple diplĂŽme. Le bac devient une mĂ©taphore de la rĂ©paration intime, sociale et morale. On retrouve clairement l’empreinte de Community dans l’idĂ©e d’un groupe hĂ©tĂ©rogĂšne contraint de cohabiter par l’institution scolaire et qui finit par former une communautĂ© solidaire.

Cependant, l’adaptation française transforme ce modĂšle de sitcom en une comĂ©die dramatique, beaucoup plus Ă©motionnelle et sociale, ce qui correspond mieux aux habitudes de diffusion françaises et au positionnement de TF1. Ce choix permet de toucher une cible large, car le bac est un marqueur culturel partagĂ© par presque toute la sociĂ©tĂ© française, associĂ© Ă  la fois Ă  la rĂ©ussite, Ă  l’échec et au jugement social.

La sĂ©rie s’inscrit donc dans une filiation claire avec d’autres Ɠuvres : Community pour la dynamique de groupe, Querer pour l’arc de Delphine sur les violences conjugales, L’Histoire de Souleymane et Enjoy ! pour le parcours d’Hussein, et Will Hunting pour la cĂ©lĂšbre scĂšne de l’équation rĂ©solue anonymement au tableau.

Adaptation ou création originale ?

Le DiplĂŽme n’est pas une Ɠuvre totalement originale au sens strict, mais une sĂ©rie qui rĂ©ussit Ă  mĂ©langer des rĂ©fĂ©rences existantes avec une crĂ©ation propre. Elle rĂ©emploie des archĂ©types et des arcs narratifs connus tout en les rĂ©inscrivant dans un contexte français contemporain et populaire.

Cette stratĂ©gie est trĂšs efficace pour un diffuseur comme TF1, car elle rassure tout en proposant une Ă©motion forte. Formellement, la sĂ©rie n’est pas rĂ©volutionnaire, mais elle est trĂšs solide et cohĂ©rente dans son projet.

Structure

Le moteur repose d’abord sur un compte Ă  rebours trĂšs efficace vers l’examen du bac, qui structure chaque Ă©pisode comme une Ă©tape supplĂ©mentaire vers cette Ă©chĂ©ance. Cette temporalitĂ© donne de la tension et de la lisibilitĂ© Ă  l’ensemble.

ParallÚlement, chaque personnage cache un secret qui finit par éclater, ce qui alimente la dramaturgie et crée des retournements émotionnels. Progressivement, le groupe se transforme en une famille choisie : le collectif devient le véritable lieu du sauvetage individuel.

La sĂ©rie est majoritairement centrĂ©e sur les personnages plutĂŽt que sur l’intrigue, avec une alternance rĂ©ussie entre scĂšnes intimes, sociales, scolaires, familiales et parfois judiciaires. Les teasers systĂ©matiques chez la directrice (exceptĂ© dans le dernier Ă©pisode) constituent un forme de rendez-vous d’épisode : ils crĂ©ent un fil rouge, introduisent un mystĂšre et permettent de rĂ©vĂ©ler progressivement des non-dits. Les cliffhangers de chaque fin d’épisode sont efficaces.

Le choix de situer le dernier Ă©pisode en Bretagne, dans une ambiance quasi « colonie de vacances » dĂ©diĂ©e aux rĂ©visions collectives, est particuliĂšrement rĂ©ussi : ce dĂ©placement hors du cadre scolaire permet de cimenter le groupe et d’offrir une respiration chaleureuse qui donne tout son sens au collectif construit tout au long de la sĂ©rie.

Thématiques principales

La thĂ©matique centrale tourne autour de la seconde chance et de la possibilitĂ© de se rĂ©inventer malgrĂ© un passĂ© douloureux ou des dĂ©terminismes sociaux. La sĂ©rie interroge aussi le rapport entre vĂ©ritĂ© et mensonge, puisque chaque personnage ment Ă  un moment donnĂ© pour se protĂ©ger. La libertĂ© apparaĂźt comme une thĂ©matique rĂ©currente, notamment Ă  travers les cours de philosophie, mais elle est parfois davantage expliquĂ©e que ressentie. On pourrait reformuler la question centrale ainsi : peut-on encore changer sa vie quand on vient d’un milieu modeste, qu’on a ratĂ© le train ou qu’on a Ă©tĂ© brisĂ© par la vie ?

Cela Ă©tant, la sĂ©rie ne semble pas porter une thĂ©matique totalement unifiĂ©e menant Ă  une vĂ©ritable rĂ©vĂ©lation finale pour le spectateur : la richesse des sujets abordĂ©s est intĂ©ressante, mais elle contribue aussi Ă  disperser le propos gĂ©nĂ©ral. Par ailleurs, la sĂ©rie verbalise beaucoup ses enjeux au lieu de toujours les faire Ă©merger par l’action, ce qui peut donner une impression de didactisme, typique des fictions grand public de TF1.

Les personnages : arcs principaux

Delphine constitue le vĂ©ritable fil rouge de la sĂ©rie. Son parcours suit une trajectoire trĂšs claire : elle commence dans le mensonge, prend progressivement conscience de la violence qu’elle subit, s’échappe, traverse une phase d’isolement, affronte la vĂ©ritĂ© et entame enfin une reconstruction. C’est l’arc le plus puissant et le plus structurant de la sĂ©rie.

LeĂŻla incarne la charge mentale et la prĂ©caritĂ©. Elle surinvestit, se dope pour tenir le rythme, bascule dans le dĂ©ni, provoque un accident rĂ©vĂ©lateur, puis trouve du soutien avant d’entamer un sevrage et de rĂ©ussir autrement.

Pierre passe d’une posture colĂ©rique et humiliĂ©e Ă  une forme de dignitĂ© retrouvĂ©e. Il apprend Ă  mettre des mots sur ses Ă©motions et Ă  assumer sa responsabilitĂ© affective, notamment vis-Ă -vis de sa fille.

Hussein reprĂ©sente la lutte contre l’administration et les frontiĂšres. Brillant et intĂšgre, il incarne l’injustice d’un systĂšme qui empĂȘche un talent mĂ©ritant d’accĂ©der Ă  ses rĂȘves.

Jen Ă©volue d’une position de victime traumatisĂ©e et mutique vers une jeune femme capable de renouer avec la confiance, l’amitiĂ© et l’amour grĂące au groupe.

Sam, enfin, part d’un isolement profond liĂ© au deuil, Ă  sa maladie et Ă  son pĂšre absent, trouve une communautĂ© Ă  l’école et chemine vers l’acceptation, qu’il s’agisse de l’amour ou du renoncement Ă  une reconnaissance paternelle impossible.

Féminisme et représentation

L’un des grands points forts de la sĂ©rie rĂ©side dans l’écriture de ses personnages fĂ©minins. Ils sont nombreux, variĂ©s et complexes, sans ĂȘtre rĂ©duits Ă  des rĂŽles stĂ©rĂ©otypĂ©s ou Ă  des faire-valoir masculins.

On y trouve une femme bourgeoise en quĂȘte d’émancipation, une travailleuse racisĂ©e Ă©crasĂ©e par la charge mentale, une adolescente traumatisĂ©e par la violence numĂ©rique, une prof ambitieuse en quĂȘte de lĂ©gitimitĂ© professionnelle et une directrice dont l’homosexualitĂ© est suggĂ©rĂ©e.

Les relations entre femmes sont particuliÚrement réussies : elles se soutiennent, se comprennent et construisent de véritables amitiés, ce qui est encore trop rare dans les fictions grand public.

Antagonistes et figures secondaires

Le mari de Delphine, Martial, est prĂ©sentĂ© comme trĂšs brutal, presque monstrueux. Ce choix est efficace pour dĂ©noncer les violences conjugales, mĂȘme si un portrait initial plus nuancĂ© aurait pu rendre la bascule encore plus forte pour le spectateur.

Le personnage de l’élĂšve « intello » unanimement rejetĂ©e pose nĂ©anmoins question : la sĂ©rie reconduit ici une stigmatisation un peu facile de celles et ceux qui travaillent bien. Le personnage aurait gagnĂ© Ă  ĂȘtre plus irritant dans ses comportements tout en laissant transparaĂźtre une part de fragilitĂ© ou de sympathie, afin d’éviter le simple clichĂ© de la bonne Ă©lĂšve antipathique.

Parmi les personnages secondaires, Georges est particuliĂšrement marquant : surdouĂ© mais surveillant d’école, il assume son refus de l’ascension sociale et privilĂ©gie la sĂ©rĂ©nitĂ© Ă  la rĂ©ussite, ce qui le rend Ă  la fois drĂŽle et profondĂ©ment humain.

Juliette, la prof, suit un parcours crédible vers le CAPES et sa relation avec Pierre reste touchante et réaliste. Les autres professeurs et la directrice apportent une vraie couleur au monde scolaire.

Ce qui fonctionne

La grande rĂ©ussite de la sĂ©rie tient Ă  l’humanitĂ© de ses personnages. On s’attache Ă  eux, on croit Ă  leur souffrance et Ă  leur Ă©volution. Le collectif est trĂšs bien Ă©crit et crĂ©dible.

Le mĂ©lange entre enjeux sociaux et drames est particuliĂšrement rĂ©ussi. Sans ĂȘtre militante, la sĂ©rie aborde des sujets politiques importants comme le racisme administratif, la prĂ©caritĂ©, les violences conjugales, le harcĂšlement en ligne et la stigmatisation judiciaire.

En revanche, la musique classique omniprésente dans les scÚnes de violence en atténue la brutalité ; choix compréhensible pour un diffuseur grand public, mais qui amoindrit la portée émotionnelle et politique de ces moments.

Conclusion

Au final, Le DiplĂŽme apparaĂźt comme une sĂ©rie humaniste, sociale et fĂ©ministe destinĂ©e au grand public. Elle transforme le bac en symbole de rĂ©paration individuelle et collective, tout en proposant des personnages particuliĂšrement touchants. Si elle manque parfois de subtilitĂ© thĂ©matique et d’audace formelle, elle compense largement par son Ă©motion, son engagement et la force de son collectif, pour aboutir Ă  un happy end cohĂ©rent avec son propos.

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JOMO PodcastBy Chloé Storch