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Le mot en F : l'édito d'Albrecht Sonntag


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Comme toutes les semaines, nous retrouvons Albrecht Sonntag, professeur à l’ESSCA Ecole de Management, à Angers. Bonjour !
Et c’est votre huitième édito de confinement ! Aujourd’hui, vous retournez vingt ans en arrière tout en vous projetant à l’avenir. On va essayer de suivre votre contorsion.
Il y a des idées formulées dans un passé pas si lointain, remises assez rapidement au placard, mais qui, quand on les redécouvre, n’ont rien perdu de leur pertinence. Le concept de « fédéralisme européen » est une de ces idées. Il y a juste vingt ans, le 12 mai 2000, un discours tenu à la vénérable Université Humboldt de Berlin en a vérifié la consistance, pour arriver à la conclusion qu’elle était tout sauf obsolète au XXIème siècle.
Le speaker, qui prenait donc la parole juste après le 50ème anniversaire de la déclaration Schuman, tenait beaucoup à préciser d’emblée qu’il ne s’exprimait aucunement dans sa qualité de membre du gouvernement allemand, mais en tant que citoyen et « Européen convaincu ». Son nom était Joschka Fischer.
Ah, le ministre des affaires étrangères de Gerhard Schröder ! Dans un gouvernement composé de sociaux-démocrates et d’écologistes, correct ?
Effectivement, on voit bien que cela date un peu.
Joschka Fischer savait évidemment que son discours serait interprété comme une position du gouvernement, et il n’ignorait pas non plus qu’à la fin de la même année, il y aurait la conclusion, à Nice, de la conférence intergouvernementale qui devait accoucher d’un nouveau traité. Et il était bien conscient du risque qu’il prenait à utiliser dans son titre deux mots à potentiel explosif, surtout en combinaison : « fédéralisme », et « finalité ».
Ce qu’a fait Joschka Fischer en cette soirée de mai 2020, c’était de se poser en public la question du but ultime du processus d’intégration européenne. Il s’agissait d’aller au bout de la pensée : à quel type d’Europe tout ce long chemin était-il censé aboutir ?
La question à ne surtout pas poser ! Car en toute logique, ce processus mène certes lentement, mais tout droit, d’une confédération d’Etats-nations vers une véritable fédération dotée d’institutions qui protègent les droits, certaines prérogatives, ainsi que les singularités culturelles des différents membres, mais leur imposent aussi une délégation très importante de compétences politiques.
C’est exactement ce qui se passe depuis soixante-dix ans, mais il ne faut surtout pas le dire ! Faire son coming out de fédéraliste européen, c’est de se faire taxer, au mieux, d’utopiste naïf qui n’a pas compris que les temps ont changé depuis Jean Monnet, au pire, d’illuminé apatride et fanatique qui n’a que mépris pour le peuple, pour lequel l’Etat-nation ne saurait être le seul garant de sa souveraineté.
Bien sûr, Joschka Fischer connaissait le risque qu’il courait à prononcer le mot « fédéralisme ». Il s’en excusa même, surtout en vue des susceptibilités britanniques. « Je sais que la notion de fédération les provoque », dit-il, en ajoutant : « Je n'ai pourtant jusqu'à présent pas trouvé d'autre mot. »
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