A la lueur de l'Histoire

Le mystérieux destin du trésor de Priam


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Le vent soufflait sur les collines brûlées d’Anatolie lorsque, en 1873, un homme s’agenouilla dans la poussière des ruines de Troie. Cet homme s’appelait Heinrich Schliemann. Aventurier obsessionnel, autodidacte flamboyant, il était persuadé que les récits d’Homère disaient vrai : Troie avait réellement existé.

Depuis des années, les savants se moquaient de lui. Pour eux, l’Iliade n’était qu’un mythe. Mais Schliemann fouillait sans relâche la colline d’Hissarlik, dans l’actuelle Turquie, convaincu qu’une cité légendaire dormait sous ses pieds.

Puis vint ce matin de mai.

Sous les coups de pioche, quelque chose brilla soudain dans la terre sombre. De l’or.

Schliemann ordonna immédiatement aux ouvriers de partir. Selon sa propre version — peut-être embellie — il resta seul avec sa femme Sophia. À la lueur du soleil, ils dégagèrent lentement un amas extraordinaire : diadèmes d’or, colliers, coupes, bracelets, boucles d’oreilles, chaînes délicates… Un véritable trésor royal.

Schliemann exulta. Il venait, croyait-il, de découvrir le trésor du roi Priam, le souverain de Troie pendant la guerre racontée par Homère.

Le monde fut stupéfait.

Des photographies célèbres montrèrent Sophia Schliemann portant les bijoux antiques comme une reine antique ressuscitée. L’Europe entière s’enflamma pour cette découverte. Le “trésor de Priam” devint l’un des ensembles archéologiques les plus célèbres du monde.

Mais très vite, les problèmes commencèrent.

D’abord, l’Empire ottoman accusa Schliemann d’avoir sorti illégalement le trésor du pays. Car l’archéologue l’avait discrètement fait passer en contrebande hors de Turquie. Un scandale éclata. Après des procès et des négociations, Schliemann conserva finalement une partie du butin.

Puis une autre révélation troubla encore davantage l’affaire : le trésor ne datait probablement pas de l’époque de la guerre de Troie décrite par Homère. Les objets étaient en réalité bien plus anciens, parfois de plus de mille ans. Le “trésor de Priam” n’était donc sans doute pas celui de Priam.

Mais le plus incroyable restait à venir.

Pendant des décennies, le trésor voyagea entre musées et collections allemandes. Puis survint la Seconde Guerre mondiale. En 1945, alors que Berlin s’effondre sous les bombardements soviétiques, les œuvres d’art allemandes disparaissent dans le chaos.

Le trésor de Priam aussi.

Pendant près d’un demi-siècle, le monde pense qu’il a été détruit ou perdu à jamais.

Mais en réalité, l’Armée rouge l’avait secrètement emporté en Union soviétique comme “butin de guerre”. Le trésor fut caché dans les réserves d’un musée soviétique, dans le plus grand secret. Même certains responsables culturels russes ignoraient son existence.

Ce n’est qu’en 1993, après la chute de l’URSS, que la Russie révéla enfin au monde la vérité : le trésor était toujours là, conservé au Pushkin Museum.

Aujourd’hui encore, son statut provoque des tensions diplomatiques. L’Allemagne réclame son retour. La Turquie rappelle qu’il avait été sorti illégalement de son territoire. Et la Russie considère ce trésor comme une compensation des destructions nazies.

Ainsi, le trésor de Priam continue son étrange destinée. Né dans les légendes de Troie, redécouvert dans la poussière par un aventurier obstiné, volé, caché, disputé entre nations… il demeure l’un des trésors les plus mystérieux et les plus convoités de l’histoire.

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A la lueur de l'HistoireBy Audio Sapiens