Philosophie – Gabrielle Halpern

Le néoplatonisme


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Je voudrais vous proposer pour finir notre étude de l’Antiquité de nous intéresser au dernier grand courant de la philosophie antique qu’on a coutume d’appeler le néoplatonisme car il tire directement son inspiration de la philosophie de Platon. Ses deux principales figures en sont Plotin  (204-270) et Proclus (410-485) qui lui a donné sa forme de système. Le néo-platonisme combine la philosophie platonicienne avec d’autres doctrines dont il fera la synthèse, le gnosticisme des courants de pensées orientales, le mysticisme des religions du mystère.

De Plotin on sait qu’il était romain, né en Egypte, et qu’il a suivi les leçons d’Ammonios à Alexandrie avant de s’installer à Rome  et d’ouvrir une école de philosophie qui rencontrera un grand succès notamment en raison des faveurs que lui prodigue l’empereur Gallien qui aurait voulu en faire le philosophe officiel du régime. 

Nous connaissons sa philosophie par le recueil compilé après sa mort par son disciple Porphyre, recueil intitulé Les Ennéades, qui groupent 6 fois 9 traités- d’où leur nom qui rappelle le chiffre 9 en grec. Elles nous font le récit de l’ascension l’âme vers l’Un puis de la descente qui suit cette ascension. Cet Un c’est selon Plotin, le Bien qui est à la fois Unité absolue et plénitude. C’est de lui que tout découle. C’est aussi en lui que réside la beauté. Plotin conserve de la vision platonicienne des choses l’idée d’un cosmos unique et harmonieux. Aucun être n’existe indépendamment de sa relation à l’Un. 

C’est à l’image du soleil et de la lumière que Plotin se réfère pour définir l’Un et la relation qui unit tout être à celui-ci. 

Il nous est cependant impossible de nous relier directement à lui. Ce qui nous unit à lui, ce sont ses émanations puisqu’à l’image du soleil, l’Un rayonne. Il perd ainsi son unité pour se disperser et diffuser jusqu’à devenir matière et corps. 

C’est aussi de l’Un que naît l’esprit, le Nous. Celui-ci incarne la sphère des Idées et le monde intelligible. S’il est ce qu’il y a de plus haut il n’est pourtant pas identifiable à l’Un mais lui demeure encore inférieur. 

L’âme est le reflet de l’esprit, son effet en quelque sorte. Elle est d’abord Ame de monde en ce qu’elle donne forme au cosmos et apporte au monde son harmonie

Mais elle contient aussi en elle l’ensemble des âmes individuelles. Ce sont elles qui viennent animer les corps  et la matière qui sans elle est informe et laide. La matière est selon Plotin ce qui est le plus éloigné de l’Un. 

L’ascension vers l’Un est envisagée par Plotin à la manière d’un processus de purification.  Impulsée par l’amour de la beauté, cette ascension se fixe comme but la contemplation de l’Un à laquelle on parvient grâce l’extase.

C’est donc à un chemin philosophique, une ascension vers l’Un que nous convie la philosophie de Plotin. 

Le néo-platonisme a eu une influence considérable chez les Pères de l’Eglise, mais aussi à leur suite dans toute la théologie mystique qui décrit la montée vers un principe supérieur, qu’il soit ou non appelé Dieu. Il fournit les arguments nécessaires pour s’opposer à toutes les philosophies qui voudraient placer Dieu à la portée de l’humain. 

Il a également joué un rôle non négligeable dans l’histoire de la pensée juive. La philosophe Catherine Chalier a montré comment Philon d’Alexandrie s’en était inspiré mais également comment de nombreux philosophes et mystiques juifs du Moyen-Age jusqu’aux penseurs du hassidisme, avaient puisé en son sein. C’est le cas par exemple du grand poète juif Ibn Gabirol au XIIè siècle dans son livre La Source de vie, mettant au centre de son sytème comme de sa poésie la connaissance que toute âme possède en son for intérieur de Dieu et son désir de se diriger vers lui, unifiant ainsi la source de vie et la source de la connaissance. Aussi la quête de Dieu l’emporte-t-elle sur la quête de l’Etre. 

Il faut enfin aller chercher du côté de la Cabbale. Les sephiroth décrites par le Livre de la Création, le Sefer Yetsira, puisent leur sources dans les émanations néoplatoniciennes. Tel est également le cas du Bahir, autre texte kabbalistique apparu en Provence au XIIè siècle et plus encore du Zohar ( le Livre de la Splendeur), œuvre de Moïse de Léon apparu en Espagne vers la fin du XIIIè siècle. Quant au grand cabbaliste Abraham Aboulafia  il s’en inspirera pour définir une technique de médiation. Enfin le néoplatonisme viendra également largement nourrir l’hermétisme chrétien, l’astrologie ou l’alchimie jusqu’aux courants ésotériques modernes qui,  tous, témoignent de la nostalgie de l’Un et proposent des voies propres pour s’en approcher au plus près. 

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Philosophie – Gabrielle HalpernBy RCJ