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Or


J’avais envie de commencer la semaine en vous parlant de l’épicurisme. Nous avions conclu la précédente sur le stoïcisme et l’idée que la sagesse consiste pour l’homme à accepter son destin dans la mesure où il lui est impossible de changer le cours des choses.
La philosophie d’Epicure est en quelque sorte à l’inverse. Elle place au centre de son éthique le plaisir. Celui-ci est le but de notre vie. Nous cherchons tout à la fois à fuir la douleur et à éprouver du plaisir.
Epicure est né à Samos en -341 avant notre ère et mort en -270. Il est possible qu’il ait pu entendre les leçons de Xénocrate le successeur de Platon.
Il fonde son école en -306 avant notre ère alors que la vie intellectuelle est dominée par le double héritage de Platon et d’Aristote. Celle-ci porte le nom de « Jardin ». Il va chercher à leur opposer non seulement une autre philosophie mais aussi, face à la dégradation de la vie politique, une autre manière de vivre que celle placée sous le signe du citoyen vertueux.
La solidarité et l’amitié sont au centre de son système d’enseignement. Elles l’emportent en qualité sur le fait d’atteindre la sagesse dont Epicure sait bien que peu d’hommes sont en réalité capables. Aussi l’école accueillait-elle tout le monde.
L’épicurisme fait de la théorie de la connaissance le préalable à toutes les attitudes humaines. L’idée qui y préside, et avait disparu de l’horizon de pensée philosophique grec, est celle d’un rapport confiant au monde et au réel. Selon Epicure, nous devons admettre que nos sensations sont vraies et nous renseignent avec justesse sur le monde. Deux autres critères de vérité existent selon lui : les sensations, à savoir le plaisir et la douleur et les anticipations qui sont comme des idées liées aux sensations.
Le plaisir auquel nous convie Epicure est en réalité moins un plaisir au sens où nous l’entendons habituellement, - nous promener dehors avec l’être aimé, aller où bon nous semble-, qu’un plaisir défini par l’absence de douleur.
Une première sorte de plaisir consiste dans le fait de voir nos besoins vitaux satisfaits. Une fois ceux-ci satisfaits, il n’y a plus d’intensification du plaisir mais juste des variations de celui-ci.
Mais au-delà, le but de l’âme est de se libérer de ses douleurs, notamment de la crainte de la mort, pour atteindre à l’ataraxie la vie sans inquiétudes.
On comprend dès lors que le plaisir n’a rien à voir avec une jouissance débridée, sous les traits de laquelle ses adversaires ont souvent caricaturé l’épicurisme. Le plaisir n’est pas l’insouciance, ou la débauche mais devient une règle par laquelle l’âme gagne à l’équilibre, à la mesure, cette notion , on l’a vit dit, si importante pour les Grecs.
C’est évidemment la philosophie qui nous permet d’atteindre à l’ataraxie. Elle nous apprend à ne plus souffrir, à nous contenter du minimum, à ne plus être troublé.
L’épicurisme débouche donc sur un paradoxe dans la mesure où cette recherche du plaisir débouche en réalité sur un ascétisme. C’est une recherche du plaisir en soi plus que dans les choses elles-mêmes.
L’épicurisme connut une grande tradition sur laquelle nous aurons à revenir. Parmi les tenants de cette philosophie on trouve au Ier siècle de notre ère le poète latin Lucrèce, auteur du De Natura rerum, mais aussi Gassendi au XVIIème siècle, les philosophes matérialistes des Lumières comme Helvétius et d’Holbach et plus près de nous Michel Foucault ou Michel Onfray.
Je voudrais pour finir vous renvoyer à un post de mon ami Alain Toledano, grand oncologue et ami proche de cette radio. Il rappelait cette citation de Voltaire « le présent est plaisir ; le futur est désir » et racontait l’histoire d’un de ses patients atteint d’un cancer récidivant qui, par le plaisir qu’il manifeste du désir de vivre, nous offre une grande leçon.
Réfléchissons à cette relation entre plaisir et désir, le désir d’avoir du plaisir et le plaisir d’avoir des désirs. C’est aussi à cela que sert l’histoire de la philosophie : les leçons des Anciens ne sont pas de belles constructions qui ne valent que pour le passé. Elles nous parlent aussi du présent. Plutôt que d’imaginer qu’au sortir de cette crise nous allons fonder un monde nouveau, mieux vaut demeurer dans un optimisme mesuré. Nous devons réfléchir à la société au sein de laquelle nous souhaitons vivre. D’un point de vue philosophique, il n’y aura pas de classes d’âge, ni de différences régionales de déconfinement, mais seulement des individus devenus sans doute un peu plus adultes.
By RCJJ’avais envie de commencer la semaine en vous parlant de l’épicurisme. Nous avions conclu la précédente sur le stoïcisme et l’idée que la sagesse consiste pour l’homme à accepter son destin dans la mesure où il lui est impossible de changer le cours des choses.
La philosophie d’Epicure est en quelque sorte à l’inverse. Elle place au centre de son éthique le plaisir. Celui-ci est le but de notre vie. Nous cherchons tout à la fois à fuir la douleur et à éprouver du plaisir.
Epicure est né à Samos en -341 avant notre ère et mort en -270. Il est possible qu’il ait pu entendre les leçons de Xénocrate le successeur de Platon.
Il fonde son école en -306 avant notre ère alors que la vie intellectuelle est dominée par le double héritage de Platon et d’Aristote. Celle-ci porte le nom de « Jardin ». Il va chercher à leur opposer non seulement une autre philosophie mais aussi, face à la dégradation de la vie politique, une autre manière de vivre que celle placée sous le signe du citoyen vertueux.
La solidarité et l’amitié sont au centre de son système d’enseignement. Elles l’emportent en qualité sur le fait d’atteindre la sagesse dont Epicure sait bien que peu d’hommes sont en réalité capables. Aussi l’école accueillait-elle tout le monde.
L’épicurisme fait de la théorie de la connaissance le préalable à toutes les attitudes humaines. L’idée qui y préside, et avait disparu de l’horizon de pensée philosophique grec, est celle d’un rapport confiant au monde et au réel. Selon Epicure, nous devons admettre que nos sensations sont vraies et nous renseignent avec justesse sur le monde. Deux autres critères de vérité existent selon lui : les sensations, à savoir le plaisir et la douleur et les anticipations qui sont comme des idées liées aux sensations.
Le plaisir auquel nous convie Epicure est en réalité moins un plaisir au sens où nous l’entendons habituellement, - nous promener dehors avec l’être aimé, aller où bon nous semble-, qu’un plaisir défini par l’absence de douleur.
Une première sorte de plaisir consiste dans le fait de voir nos besoins vitaux satisfaits. Une fois ceux-ci satisfaits, il n’y a plus d’intensification du plaisir mais juste des variations de celui-ci.
Mais au-delà, le but de l’âme est de se libérer de ses douleurs, notamment de la crainte de la mort, pour atteindre à l’ataraxie la vie sans inquiétudes.
On comprend dès lors que le plaisir n’a rien à voir avec une jouissance débridée, sous les traits de laquelle ses adversaires ont souvent caricaturé l’épicurisme. Le plaisir n’est pas l’insouciance, ou la débauche mais devient une règle par laquelle l’âme gagne à l’équilibre, à la mesure, cette notion , on l’a vit dit, si importante pour les Grecs.
C’est évidemment la philosophie qui nous permet d’atteindre à l’ataraxie. Elle nous apprend à ne plus souffrir, à nous contenter du minimum, à ne plus être troublé.
L’épicurisme débouche donc sur un paradoxe dans la mesure où cette recherche du plaisir débouche en réalité sur un ascétisme. C’est une recherche du plaisir en soi plus que dans les choses elles-mêmes.
L’épicurisme connut une grande tradition sur laquelle nous aurons à revenir. Parmi les tenants de cette philosophie on trouve au Ier siècle de notre ère le poète latin Lucrèce, auteur du De Natura rerum, mais aussi Gassendi au XVIIème siècle, les philosophes matérialistes des Lumières comme Helvétius et d’Holbach et plus près de nous Michel Foucault ou Michel Onfray.
Je voudrais pour finir vous renvoyer à un post de mon ami Alain Toledano, grand oncologue et ami proche de cette radio. Il rappelait cette citation de Voltaire « le présent est plaisir ; le futur est désir » et racontait l’histoire d’un de ses patients atteint d’un cancer récidivant qui, par le plaisir qu’il manifeste du désir de vivre, nous offre une grande leçon.
Réfléchissons à cette relation entre plaisir et désir, le désir d’avoir du plaisir et le plaisir d’avoir des désirs. C’est aussi à cela que sert l’histoire de la philosophie : les leçons des Anciens ne sont pas de belles constructions qui ne valent que pour le passé. Elles nous parlent aussi du présent. Plutôt que d’imaginer qu’au sortir de cette crise nous allons fonder un monde nouveau, mieux vaut demeurer dans un optimisme mesuré. Nous devons réfléchir à la société au sein de laquelle nous souhaitons vivre. D’un point de vue philosophique, il n’y aura pas de classes d’âge, ni de différences régionales de déconfinement, mais seulement des individus devenus sans doute un peu plus adultes.