Yves CHIRON, historien. Auteur de Les dix conclaves qui ont marqué l’histoire (Perrin)Monarchie élective, l’Église catholique reproduit ses souverains sans trop de difficulté, comparé aux monarchies héréditaires dont les guerres de successions donnèrent lieu à des conflits souvent longs et ruineux, comme la guerre de Cent Ans ou, au XVIIIe siècle, les guerres de succession d’Autriche ou d’Espagne. On dit qu’au conclave, l’Esprit-Saint « souffle » aux cardinaux le nom du prochain pape. Sauf que si le conclave existe, c’est précisément parce que les cardinaux, même beaucoup moins nombreux qu’aujourd’hui, ne parvenaient pas à s’entendre. Leur enfermement résulte de leur indécision. En 1059, 155e pape de 1058 à 1061, confie aux seuls cardinaux le soin d’élire le souverain pontife. En 1179, Alexandre III, 170e pape de 1159 à 1181, fait adopter la règle de la majorité des deux tiers pour l'élection d'un nouveau pape (constitution licet de vitandia discordia). Cette règle permet au nouvel élu de bénéficier d’un soutien franc et massif du Sacré Collège. Cette règle fut validée par le troisième concile du Latran. Alexandre III fut un très grand pape, en butte à trois anti-papes, à l’empereur Frédéric Barberousse et à Henri Il d'Angleterre.En 1274, Grégoire X, 184e pape de 1271 à 1276, promulgue la bulle Ubi periculum instituant le principe de l’enfermement. Il s’agit d’éviter qu’une élection papale dure trop longtemps. À Viterbe (Italie), Grégoire X fut élu à l’issue d’un conciliabule de trois ans (1268-1271). L’époque n’acceptait que la chrétienté fût laissée sans pape pendant si longtemps. Ainsi apparut le terme cum clave (à clé), littéralement « fermé à clé ».Il résulte de cette histoire que les règles intangibles en vigueur aujourd’hui sont les suivantes : seuls les cardinaux élisent le pape ; il faut réunir sur son nom la majorité des deux tiers, la clôture est stricte et le secret absolu, et quatre scrutins par jour sont nécessaires. Depuis Jean XXIII, 261e pape de 1958 à 1963, le nombre de cardinaux n’a cessé d’augmenter. Il y a 80 votants à l’élection de Paul VI, 111 pour Jean-Paul II, 115 pour Benoît XVI et le pape François. Cette inflation n’a pas empêché que les élections soient rapides. Historien du catholicisme, Yves Chiron pense que le successeur de Pierre sera élu dès jeudi soir et qu’il sera européen.