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Il y avait l'autre jour, à la cantine du bureau, où je déjeunais, assise non loin de moi, une femme toute pouponnée : son visage était poudré, ses yeux et sa bouche maquillés avec soin, ses cheveux arrangés en chignon, et était vêtue d'un tailleur rose encadrant un chemisier blanc.
Il n'y avait rien de provoquant, rien de scandaleux dans cet habillement et cet apprêt qui n'étaient visiblement pas destinés à séduire et à mettre en valeur la personne mais plutôt à exprimer une sorte de politesse et d'effacement entièrement tourné vers l'accueil.
Tandis que je commente ce texte, par écrit, après avoir enregistré mon propos, je me souviens que le mot qui me vint à l'esprit, tandis que je la regardais, était celui de geisha. Avec son visage poudré, son regard un peu triste et son manque total de naturel, elle aurait pu être une geisha, une de ces créatures vouées à tenir compagnie et dont la mise est codifiée dans ses moindres détails.
J'aime ces élégances dont l'objet n'est pas de séduire mais d'accueillir. C'est la même que celle dont fait preuve le grand-père des enfants qui, les jours de fête, revêt costume et cravate non pas du tout pour attirer sur lui l'attention mais en signe de bienveillance et de bon accueil. C'est l’élégance des habits du dimanche qu'on porte non pas pour exprimer sa fierté et son orgueil mais son bonheur d'être là, son souhait de rendre la vie plus agréable aux autres, une sorte d'action de de grâce rendue au monde et à ses semblables.
L'élégance vestimentaire est comme le sourire. Comme lui, elle peut être séductrice et tournée vers le culte du soi ; elle peut également être humble et tout entière destinée aux autres.
Entre l'une de ces formes d'élégance et l'autre, un je-ne-sais-quoi, un presque rien, ou plutôt, comme dans toutes les choses essentielles, un monde entier mais impalpable et ineffable : l'intention.
PS : comme Malyloup a la gentillesse de ne pas le relever, j'utilise "pouponner" en lieu et place de "pomponner". Y a-t-il un psychanalyste parmi les lecteurs ?