Philosophie – Gabrielle Halpern

Les professeurs d’éloquence


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Nous sommes toujours dans la  Grèce du Vè siècle avant notre ère où nous avons vu apparaître la philosophie et où la culture et la pensée commencent à se diffuser. 

C’est l’époque où Athènes devient la ville phare de la démocratie. La démocratie athénienne repose sur l’égalité des citoyens devant la loi (isonomie) et leur égalité de parole (iségorie). En favorisant la liberté du discours politique, elle requiert l’éducation des citoyens et la possibilité pour eux de savoir s’exprimer. 

C’est dans ce contexte qu’on voit apparaître des professeurs d’éloquence, la plupart du temps des étrangers attirés par la liberté de parole qui règne à Athènes et désireux d’y exercer leurs talents. Ces professeurs enseignent l’art de la parole –la rhétorique-  moyennant rétribution –ce qui scandalisera Platon ou Aristote et pratiquent pour s’imposer des joutes oratoires. Ce sont aussi des hommes de pouvoir qui savent comment convaincre une assemblée ou des juges. On les appelle les « maîtres de la sagesse » ou les Sophistes. Ils concurrencent les poètes dans l’explication du monde. Certains d’entre eux deviennent les coqueluches de la jeunesse athénienne.

Leur art consiste à apprendre à soutenir n’importe quelle thèse avec et à permettre à une cause apparemment faible de l’emporter sur celle qui semblait plus convaincante. Le tout au moyen de la parole. Ils sont considérés comme d’habiles parleurs et recherchent moins la vérité que les moyens de convaincre.

Le sophistes soutiennent ainsi que les valeurs comme les les règles qui régissent la cité,  sont affaire de convention et donc toutes relatives. 

Tel est le cas du droit, de la morale, de la religion qui sont des inventions de l’homme et dont ils montrent qu’elles diffèrent selon les époques et les lieux.

Mais c’est surtout en matière de connaissance que leur relativisme se fait sentir. 

On peut prendre l’exemple de l’un des plus célèbres d’entre eux, Protagoras (480-410) dont on dit qu’il fut l’élève de Démocrite et l’ami de Périclès. 

Protagoras soutient l’idée que sur tout sujet on peut tenir deux discours opposés.

Un principe qui serait vrai dans une situation serait faux dans une autre. Ce qui veut dire, conclue-t-il, qu’il n’existe aucun fait objectif. 

D’où la célèbre formule que tout le monde connaît : « l’homme est la mesure de toute chose ». ce qui veut dire que tout dépend donc de la perspective depuis laquelle on considère une chose ou un problème. 

Protagoras applique cette sentence à l’ensemble des objets de la connaissance jusqu’au domaine de la religion.

« Au sujet des dieux, je n’ai aucun savoir, ni qu’ils sont, ni qu’ils ne sont pas. »

Cette déclaration lui valut un procès pour impiété à Athènes. 

Gorgias, un autre de ces sophistes, poussera cette thèse à l’extrême : 

Il déclare ainsi que 

-rien n’existe

-que même s’il existait quelque chose, on ne pourrait le connaître

-et que même si on pouvait le connaître on serait incapable de l’exprimer. 

L’homme demeure pris dans un filet d’opinions : les doxai. 

Les sophistes ont mauvaise presse dans l’histoire de la philosophie principalement parce que nous avons hérité du portrait que Platon qui les a combattu à travers la parole de Socrate a donné d’eux dans la plupart de ses Dialogues comme des hommes ne recherchant pas la sagesse mais le pouvoir et l’argent.

Les sophistes n’en n’ont pas moins eu une grande importance dans l’histoire de la philosophie et nous leur sommes redevables.

On peut considérer qu’ils ont placé l’homme au centre de la philosophie, qu’ils ont fait de la pensée un thème de la philosophie et qu’ils ont, les premiers, accordé une importance centrale au langage

 
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Philosophie – Gabrielle HalpernBy RCJ