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Or


Je voudrais vous proposer aujourd’hui un exercice de lecture, de lecture philosophique, ce même exercice que j’ai fait avec mes étudiants de l’Ecole Normale Supérieure.
Ne vous affolez pas, nous ne quittons pas notre histoire de la philosophie et j’espère vous expliquer les choses clairement. Rassurez-vous Paule je le ferai en moins de 2heures.
Vous connaissez, j’imagine, l’histoire des amours d’Héloïse et Abélard, cet abbé qui séduisit son élève. Devenue sa maîtresse, celle-ci donne naissance à un fils Astrolabe. Abélard l’épouse mais le mariage est gardé secret. L’oncle d’Héloïse voulant se venger fait capturer Abélard et le châtre. Les deux amants se retirent alors chacun dans un couvent, Héloïse à Argenteuil, Abélard à St Denis. Abélard sera nommé abbé de St Gildas de Rhuys en Bretagne où il écrit L’histoire de mes malheurs. Mais mis au ban par les moines, il doit s’enfuir et trouve refuge à Cluny où il meurt en 1142. Héloïse demeure abbesse du Paraclet dont Abélard avait composé la règle jusqu’à sa mort en 1164.
Raconté ainsi, on pense à une histoire d’amour qui finit mal.
Mais c’est en réalité une puissante leçon de philosophie car si vous lisez les Lettres que s’envoient au grand jour les deux amants –car le principe de la lettre au Moyen Age est d’être public, nous sommes loin de la correspondance privée – ce n’est pas d’amour dont il est question mais de philosophie et d’union des esprits.
Sinon pourquoi Héloïse aurait-elle refusé le mariage offert par son amant pour racheter sa faute ? Pourquoi rejette-t-elle le nom d’épouse pour préférer celui d’amie ou de concubine faisant signe vers une amitié intellectuelle ?
Comme toujours lorsque vous lisez un texte il faut vous arrêter sur ce qui vous semble étrange, difficile, un détail saillant qui ne cadrerait pas avec le reste. C’est souvent là que réside le sens de ce que l’auteur a voulu dire. C’est ce que le théologien Fr. Schleiermacher, fondateur de l’herméneutique de l’interprétation des textes moderne, appelle le « principe de non-compréhension ».
Vous connaissez le slogan de Nike « Just do it ». Et bien en lisant des textes, c’est le contraire qu’il faut faire : vous attachez à ce qui, selon vous, ne fait pas immédiatement sens.
C’est exactement comme cela qu’il faut lire la correspondance entre Héloïse et Abélard, non comme une histoire d’amour
-d’abord comme un traité de philosophie très sérieux
-mais aussi comme la volonté d’instaurer de nouveaux rapports entre les hommes et les femmes, des rapports intellectuels.
On y trouve d’abord une nouvelle théorie éthique celle qu’y développe Abélard et qu’on peut définir comme une théorie de l’intention et une réflexion sur le péché. Dieu ne s’intéresse pas aux actions mais à l’intention en esprit. La différence entre les actions bonness et mauvaises ne diffèrent que par l’intention qui les anime. Il faut se souvenir que c’est Abélard qui a en partie imposé au XIIème siècle le principe de la confession individuelle en mettant l’accent sur l’importance de la psychologie individuelle.
C’est le consentement au mal qui constitue l’acte de la volonté non le fait de le réaliser.
Abélard met donc au centre de son argumentation la faculté de choix dévolu à l’homme et sa capacité à connaître de la loi divine. Ce n’est pas pêcher que d’éprouver du plaisir.
Celui qui n’a pas connaissance de la loi divine ne peut vraiment faire le mal.
Comment lire les textes ? Et bien Abélard indique lui-même au lecteur la manière dont il doit lire son texte, en se référant à la lecture que l’un des Pères de l’Eglise, Origène d’Alexandrie, fait de la Bible. Que dit Origène dans ses Homélies sur Ezéchiel : im énonce ce principe : Scriptura cum legentibus crescit – « l’Écriture grandit avec ceux qui la lisent »
Que veut-il dire ? Que c’est le texte qu’on lit qui prend vie graâce à notre lecture.
C’est aussi ce que préconise Abélard. Et se faisant, il nous indique qu’il faut le lire ses Lettres comme un traité sur les relations entre la philosophie et la théologie, relations entre la chair et l’esprit, entre l’homme et la femme. Mais il nous dit aussi nous tout le respect et l’admiration qu’il porte à Héloïse, son âme soeur. L’amour selon Abélard est un universel et c’est à travers lui que notre lecture vient aujourd’hui donner vie à ces Lettres.
By RCJJe voudrais vous proposer aujourd’hui un exercice de lecture, de lecture philosophique, ce même exercice que j’ai fait avec mes étudiants de l’Ecole Normale Supérieure.
Ne vous affolez pas, nous ne quittons pas notre histoire de la philosophie et j’espère vous expliquer les choses clairement. Rassurez-vous Paule je le ferai en moins de 2heures.
Vous connaissez, j’imagine, l’histoire des amours d’Héloïse et Abélard, cet abbé qui séduisit son élève. Devenue sa maîtresse, celle-ci donne naissance à un fils Astrolabe. Abélard l’épouse mais le mariage est gardé secret. L’oncle d’Héloïse voulant se venger fait capturer Abélard et le châtre. Les deux amants se retirent alors chacun dans un couvent, Héloïse à Argenteuil, Abélard à St Denis. Abélard sera nommé abbé de St Gildas de Rhuys en Bretagne où il écrit L’histoire de mes malheurs. Mais mis au ban par les moines, il doit s’enfuir et trouve refuge à Cluny où il meurt en 1142. Héloïse demeure abbesse du Paraclet dont Abélard avait composé la règle jusqu’à sa mort en 1164.
Raconté ainsi, on pense à une histoire d’amour qui finit mal.
Mais c’est en réalité une puissante leçon de philosophie car si vous lisez les Lettres que s’envoient au grand jour les deux amants –car le principe de la lettre au Moyen Age est d’être public, nous sommes loin de la correspondance privée – ce n’est pas d’amour dont il est question mais de philosophie et d’union des esprits.
Sinon pourquoi Héloïse aurait-elle refusé le mariage offert par son amant pour racheter sa faute ? Pourquoi rejette-t-elle le nom d’épouse pour préférer celui d’amie ou de concubine faisant signe vers une amitié intellectuelle ?
Comme toujours lorsque vous lisez un texte il faut vous arrêter sur ce qui vous semble étrange, difficile, un détail saillant qui ne cadrerait pas avec le reste. C’est souvent là que réside le sens de ce que l’auteur a voulu dire. C’est ce que le théologien Fr. Schleiermacher, fondateur de l’herméneutique de l’interprétation des textes moderne, appelle le « principe de non-compréhension ».
Vous connaissez le slogan de Nike « Just do it ». Et bien en lisant des textes, c’est le contraire qu’il faut faire : vous attachez à ce qui, selon vous, ne fait pas immédiatement sens.
C’est exactement comme cela qu’il faut lire la correspondance entre Héloïse et Abélard, non comme une histoire d’amour
-d’abord comme un traité de philosophie très sérieux
-mais aussi comme la volonté d’instaurer de nouveaux rapports entre les hommes et les femmes, des rapports intellectuels.
On y trouve d’abord une nouvelle théorie éthique celle qu’y développe Abélard et qu’on peut définir comme une théorie de l’intention et une réflexion sur le péché. Dieu ne s’intéresse pas aux actions mais à l’intention en esprit. La différence entre les actions bonness et mauvaises ne diffèrent que par l’intention qui les anime. Il faut se souvenir que c’est Abélard qui a en partie imposé au XIIème siècle le principe de la confession individuelle en mettant l’accent sur l’importance de la psychologie individuelle.
C’est le consentement au mal qui constitue l’acte de la volonté non le fait de le réaliser.
Abélard met donc au centre de son argumentation la faculté de choix dévolu à l’homme et sa capacité à connaître de la loi divine. Ce n’est pas pêcher que d’éprouver du plaisir.
Celui qui n’a pas connaissance de la loi divine ne peut vraiment faire le mal.
Comment lire les textes ? Et bien Abélard indique lui-même au lecteur la manière dont il doit lire son texte, en se référant à la lecture que l’un des Pères de l’Eglise, Origène d’Alexandrie, fait de la Bible. Que dit Origène dans ses Homélies sur Ezéchiel : im énonce ce principe : Scriptura cum legentibus crescit – « l’Écriture grandit avec ceux qui la lisent »
Que veut-il dire ? Que c’est le texte qu’on lit qui prend vie graâce à notre lecture.
C’est aussi ce que préconise Abélard. Et se faisant, il nous indique qu’il faut le lire ses Lettres comme un traité sur les relations entre la philosophie et la théologie, relations entre la chair et l’esprit, entre l’homme et la femme. Mais il nous dit aussi nous tout le respect et l’admiration qu’il porte à Héloïse, son âme soeur. L’amour selon Abélard est un universel et c’est à travers lui que notre lecture vient aujourd’hui donner vie à ces Lettres.