Stages, bénévolat, service civique : les nouvelles formes de travail gratuit ont le vent en poupe. La sociologue Maud Simonet, chercheuse au CNRS, était l'invitée de la Midinale.
VERBATIM
Sur l’héritage du féminisme pour penser le travail gratuit
« Il y a plein d’activités qu’on n’a pas l’habitude de catégoriser comme travail : le bénévolat, le service civique, le workfare et le digital labor en font partie. On pourrait également parler des stages. »
« Une grille de lecture existe pour analyser les différentes formes de travail gratuit qu’on voit dans les associations, dans les services publics et les entreprises : c’est le travail des féministes sur le travail domestique. »
« J’ai montré l’apport des travaux mais également des controverses au sein du féminisme sur les origines du travail gratuit, sur ce qui l’explique et sur qui en profite. Elles ont déjà déplié, posé toutes les questions et toutes les contradictions. »
« On tire trois leçons des travaux féministe : la première, c’est que le travail gratuit est un déni de travail. Ce déni de travail est fait au nom de valeurs. Au nom de l’amour, au nom de la maternité, au nom de la nature féminine mais aujourd’hui aussi, au nom de l’engagement, au nom de la citoyenneté ou au nom de la passion. »
« Il y a aussi d’autres formes d’exploitation que le capitalisme qui coexistent à côté du capitalisme comme l’exploitation patriarcale, l’exploitation domestique. »
« Le troisième apport, on le doit au black feminism et à la naissance du mouvement autour de l’intersectionnalité : les femmes blanches ont envie de sortir de la maison tandis que les femmes noires ont toujours été sur le marché du travail et rentrer à la maison devient pour elles une manière de se réapproprier leur subjectivité. »
Sur les bénévoles qui nettoient les parcs de New York
« Le workfare, c’est l’obligation faite aux allocataires des aides sociales de donner des heures de travail gratuit sinon ils perdent leurs allocations. »
« Dans les parcs de New York, les employés municipaux disparaissent petit à petit et laissent place à des bénévoles et à des allocataires de l’aide sociale au workfare. »
« Deux populations féminines sont présentes. Elles sont très opposées socialement. Du coté des bénévoles, on a des femmes blanches de la classe moyenne et supérieure et du coté des allocataires des aides sociales, des femmes noires des classes populaires. »
Sur le conditionnement du RSA à des travaux de bénévolat
« Laurent Wauquiez avait parlé à l’époque de l’assistanat comme cancer de notre société et avait proposé des activités d’utilité sociale que devraient faire les allocataires du RSA. »
« Il y a toujours cette idée de contrepartie pour montrer que ce sont de bons citoyens. »
« Le débat est revenu avec le département du Haut-Rhin qui voulait mettre en place une contrepartie au RSA. »
Sur le retrait relatif de l’Etat
« Je ne crois pas du tout à un retrait de l’Etat ; je pense qu’au contraire, on a un Etat néolibéral qui a d’autres formes d’investissement. Mais il y a un retrait du service public. »
« La réforme des rythmes scolaires produit une démultiplication des statuts de travailleurs dans les écoles avec des enseignants payés par la municipalité, un éducateur associatif, municipal, vacataire, titulaire (tous payés différemment) ou un parent d’élève bénévole ou un bénévole associatif ou un service civique voire demain un allocataire à l’aide sociale. »
Sur la suppression des emplois aidés
« L’enjeu de la substitution [des contrats aidés] existait bien avant leur suppression. »
« Le gros enjeu, c’est la substitution partielle : comment des tâches qui étaient faites par des gens rémunérés avec des droits sociaux, des droits salariaux, des droits syndicaux, une protection sociale passent vers des travailleurs gratuits. »