
Sign up to save your podcasts
Or


Cette année-là, les sons puissants des beats, house et techno, très en vogue en Europe, commencent à séduire les artistes et producteurs américains. Pour déboucher sur deux monstres sonores : I Gotta Feeling des Black Eyes Peas et Bad Romance de Lady Gaga. Et, dans une moindre mesure, Tik Tok de Kesha. L’un des artisans de cette révolution a pour nom David Guetta dont on reconnait enfin l’influence à travers le succès de Memories, qui doit autant à la voix grave de Kid Cudi qu’au riff de Fat Boy Slim. Du côté des British, peut-être rassasiés de house et de techno, c’est tout l’inverse. Cultivant la production indie et parallèle, les minimalistes du groupe XX et la néopaïenne Florence + The Machine remettent Londres au centre de la pop non conventionnelle. Pour le versant hip hop, Jay Z rend hommage à New York, Pitbull célèbre Miami et Drake fait connaitre Toronto. Des villes dont les lumières éblouissent Miley Cyrus, tout juste débarquée de son Nashville rural.
Trois futures stars féminines font leur début en 2008. Katy Perry, fille de pasteurs, qui embrasse les filles. Lady Gaga qui cache sa bisexualité sous une Poker Face. Et, Miley Cyrus qui dresse la liste des sept pêchers capitaux de son petit copain. Deux autres jeunes femmes se distinguent. Pink qui se fait larguer. Et alors ? Pas de quoi en faire une dépression mais plutôt une chanson, tournant en dérision les émois du cœur. Beyonce, elle, intime aux males de devenir des maris comme il faut. Un message que devrait écouter Flo Rida plutôt que de baver comme un porc sur les miches d’une strip-teaseuse. A l’opposé, à l’extrême opposé même, Jason Mraz s’offre sans retenu à qui veut bien de lui. Toujours dans le domaine de la sexualité, les rois du Leon (rien à voir avec la Bretagne) créent un hymne incandescent, tandis que les deux Norvégiens de Madcon ressuscitent la supplique amoureuse d’un italo-américain oublié. Enfin, se démarquant du stupre et de la fornication, Coldplay embellit le tableau avec un Viva la Vida d’anthologie.
2007 confirme, Rihanna, la jeune bombe latine est bien la nouvelle diva de la musique populaire. C’est aussi l’année où Internet montre sa capacité à créer de l’intérêt par simple mouvement de masses, même si le sujet en question n’a strictement aucun intérêt. Le renom soudain de Tokio Hotel, ce quatuor d’ados allemands, prend sa source sur le Web et les réseaux sociaux (qui ne portent pas encore ce nom). La French Touch continue son petit bonhomme de chemin. D’abord avec Justice et leur titre Dance, qui s’inspire pour moitié des Joubert Singers et pour le reste de Michael Jackson, véritable usine à beat. Ensuite avec Daft Punk, repris et sublimés par l’étonnant Kanye West. Le rock ne se porte pas mal du tout. L’irruption sur sa scène des Artic Monkeys (anglais), de Mgmt et des Fall Out Boy (américains) apporte un vent de fraicheur et de nouveauté. Enfin, trois jeunes femmes, dans trois genres différents obtiennent un succès amplement mérité. Avril Lavigne, la Canadienne, avec un punk rock élégant. Mia, avec une caisse enregistreuse musicalisée et cette pauvre Amy Whinehouse qui n’en finit pas de descendre aux enfers.
Je ne sais pas si les astres étaient bien lunés en 2006 mais toujours est-il que la plupart des titres phares montrait un narratif réfléchi, voire inspiré. Comme ce When We Were Young des Killers, les mal nommés ou Starlight de Muse, tourné vers le cosmos et ses trous noirs. On peut en dire autant de Taylor Swift, même si Our Song est une chanson qu’elle a dû écrire à quatorze, quinze ans. Toutefois, on pressent la song writer à venir. Il y a chez Pink, dans son portrait des Stupid Girls, du La Bruyère alors qu’avec Amy Winehouse, on penche plutôt vers Bukowski. Rien de tel avec le Chasing Cars de la Patrouille des Neiges, si ce n’est un condensé d’émotion avec son invitation à oublier le monde. Oublier le monde où y vivre comme sur un nuage avec le Worl Hold On de Bob Sinclar. Enfin, Gnarls Barclay repose la problématique d’ordre philosophique, ne serait-ce pas le fou qui a raison ?
En 2005, comme souvent, le destin a fait son œuvre sans qu’aucun d’entre nous n’en ait conscience. Car qui aurait pu dire que le dernier tube de Madonna, Hung Up, marquait la fin de son règne sur la musique populaire. Même si Hung Up, qui veut dire raccrocher en anglais, aurait pu nous mettre la puce à l’oreille. Mais que sa remplaçante, en tant qu’icone planétaire de la pop musique, et totalement inconnue, sortît la même année son premier disque, assorti de son premier tube, pour une carrière longue de deux décennies, tout comme celle de Madonna, là aussi, personne n’a rien vu. Exit Madonna, vive Rihanna.
En revanche, ce à quoi, on croyait dur comme fer, c’est que Gorillaz, qui publiait l’album du début de siècle, nous avertissait qu’il allait falloir compter avec Damon Albarn, déjà maître d’œuvre de Blur. Oops, Gorillaz le futur naissant se dissoudra dans des projets évanescents. A noter aussi, le retour des années 60. Mais revues et corrigées par le numérique : Dick Dale via le clavier des Black Eyes Peas et Ray Charles grâce aux logiciels de Kanye West.
C’est une excellente année pour les nouveaux et le renouveau. Des entrants, appelés à durer. Comme Eric Prydz dans un genre, l’électro-house, où les naissances désormais pullulent. Franz Ferdinand qui ressuscitent le bon vieux rock britannique tout comme The killers rappellent le bon vieux rock us. James Blunt qui s’affirme comme le ténor d’une pop soft de bon aloi et Keane avec son folk rock qu’on croyait disparu. Sans oublier la confirmation, par Maroon 5, de leur statut de future superstar. Pour le renouveau, Green Day stupéfie son monde avec un album d’anthologie, totalement inattendu d’un groupe de punk rock. Quant à mademoiselle Britney, elle monte encore d’un cran dans la production commerciale chiadée et les volutes sulfureuses à souhait. Enfin, hors des tendances, du marketing et des gros moyens du showbiz, The National, sur son chemin de traverse, ravit les rares mais vrais amoureux de la pop music.
D’un côté, il y’a la musique pour s’oublier, se laisser transporter, par la densité de la prod et un beat incandescent, plus dévastateur que les trompettes de Jéricho. Crazy in Love par Beyonce ou Where is The Love par les Black Eyes Peas en sont les plus flagrants exemples. A l’inverse, il y a les brulots émotionnels qui catalysent, en une chanson, les émois existentiels de toute une génération. Numb de Linkin Park et, dans une moindre mesure, The Reason d’Hoobastank, répondent à cette définition.
Entre ces deux extrêmes, il y a ces chansons qu’on a envie de chanter à l’unisson. Parce qu’elles procurent un bonheur tout bête, une joie toute simple. Là, Seven Nation Army, des White Stripes ainsi qu’Hey Ya d’Outkast remplissent cette fonction à merveille. Enfin, il y a les titres où, avant tout autre chose, le magnétisme de l’artiste nous attire ou bien nous repousse. Muse et Evanescence me paraissent relever de ce cas.
Mtv joue un rôle crucial dans l’essor des artistes, on l’a déjà souligné. Mais la chaîne et ses clones obligent, de facto, les labels à prévoir un budget de promotion conséquent, s’ils veulent avoir accès à cet outil, désormais incontournable. Sans clip, pas de disque d’où le soin apporté à sa création, à son écriture, à son inventivité. Il se doit d’être, au moins, à la hauteur de la production sonore. Voire au-dessus. Sur les dix titres de cette sélection, quatre au bas mot, méritent d’être visionnés plutôt qu’écoutés. Par exemple, Sum 41 avec son scénario bien plus parlant que leurs paroles. Ou encore le brillantissime film pour Without Me d’Eminem. Sans oublier le très artie Can’t Stop, des Red Hot, qui prend un tout autre visage que l’interprétation scénique. Enfin, Satisfaction de Beny Benassi, transpose, avec intelligence sa robotique musique, grâce à un plan fixe sur des androïdes, assiégés de calligraphies. Les six autres titres marquants de 2002 proposent aussi un clip, mais là, ça a été service minimum.
Bien qu’il soit annoncé comme moribond, le pop-rock n’en finit pas d’agoniser en pleine forme. Par exemple en inventant un groupe virtuel avec Gorillaz ; dont les véritables musiciens se dissimulent derrière des représentations graphiques. Ou alors, en mélangeant les genres, pour créer un cocktail contestataire aux effets violents avec System of A Down. Ou, tout bonnement, en sortant de sa retraite boudeuse, pour rappeler que Weezer le groupe phare du rock indie n’a pas perdu sa langue et son talent. Sans oublier, Travis le groupe écossais et Train, son pendant californien, deux formations qui ont dû pas mal rouler leur bosse pour parvenir à s’imposer. On pourrait même ajouter Phoenix, le groupe électro français qui est sûr et certain de faire du rock. Quant au RnB, musique très artificielle, très rentable et très en vogue, il monte d’un cran, au baromètre artistique, par les soins de Dr Dre, de Clive Davis et de Linda Perry, respectivement au service de May J. Blidge, d’Alicia Keys et de Pink.
From the publisher's feed