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Or


DÉFLAGRATION
Joy Division – Disorder
Tu es là, juste là,
assise sur le bord de ton lit,
lasse d’être incomprise,
lasse d’hurler dans le vide,
dans le vent,
une vie que tu rêves à deux,
une vie qui sent bon la joie et le bonheur,
et qui te murmure des mots doux à l’oreille,
tandis que dans ton doux regard,
où pétille encore la chaleur de nos nuits passées
se meurent peu à peu les étoiles de notre amour.
Des émotions plein le coeur…
…guidées par une raison intransigeante,
une raison sans concession,
un goût amer dans la bouche,
celui de la déception,
peut-être même celui de la colère,
parce sa vie n’est pas la tienne,
parce que ta vie n’est pas la sienne,
– et pourtant tu l’aimes de toute ton âme – ,
alors tu cherches une issue,
assise sur le bord de ton lit,
mais tu sais bien qu’il n’y aura pas de fin heureuse,
à vouloir toujours façonner le destin entre tes petites mains.
Assise sur le bord de ton lit,
fixant le mur blanc de ta chambre,
cette belle chambre de l’oubli,
tu te ressouviens de tes nuits, des tes jours avec lui,
les yeux mouillés, ton amour roulant sur tes joues…
Tout est encore possible.
John Ibonoco
John Ibonoco est une voix discrète, entre mémoire et instant présent. À travers ce blog, il propose des textes brefs, des fragments poétiques, des réflexions douces. Il n’écrit pas pour être vu, mais pour être ressenti — convaincu que ce qui compte le plus, ce n’est pas qui écrit, mais ce que les mots éveillent en nous.
DEFLAGRATION
Joy Division – Disorder
You’re there, right there,
sitting on the edge of your bed,
tired of being misunderstood,
tired of screaming into the void,
in the wind,
a life you dream of together,
a life that smells of joy and happiness,
whispering sweet nothings in your ear,
while in your gentle gaze,
still sparkling with the warmth of our past nights
the stars of our love are slowly dying.
Emotions full of heart…
…guided by an uncompromising reason,
an uncompromising reason,
a bitter taste in our mouths,
of disappointment,
perhaps even anger,
because his life is not your life,
because your life is not his,
– and yet you love her with all your soul – ,
so you look for a way out,
sitting on the edge of your bed,
but you know there’ll be no happy ending,
always wanting to shape destiny in your own little hands.
Sitting on the edge of your bed,
staring at the white wall of your room,
that beautiful room of oblivion,
you remember your nights, your days with him,
your eyes wet, your love rolling down your cheeks…
Everything is still possible.
John Ibonoco
John Ibonoco is a quiet voice that drifts between memory and the present moment. Through this blog, he offers brief texts, poetic pieces, and soft reflections. He writes not to be seen, but to be felt — convinced that what matters most isn’t who writes the words, but what they awaken in you
New Order – True Faith (1987)
« Nous savons qu’ils mentent, ils savent qu’ils mentent. Ils savent que nous savons qu’ils mentent. Nous savons qu’ils savent que nous savons qu’ils mentent. Et pourtant ils persistent à mentir. »
Cette célèbre citation « Nous savons qu’ils mentent, ils savent qu’ils mentent… » est la plupart du temps attribuée à Alexandre Soljenitsyne. Pourtant, elle n’apparaît pas telle quelle dans ses œuvres. Elle constitue plutôt une version condensée de sa pensée, inspirée notamment de L’Archipel du Goulag et de son texte bref et radical « Vivre, mais pas par le mensonge !« .
Soljenitsyne ne décrit pas seulement la répression soviétique ; il tente de mettre en lumière un mécanisme plus profond : le mensonge institutionnalisé. En effet, dans un système totalitaire, chacun sait que le discours officiel est faux — dirigeants comme citoyens — mais tous continuent à agir comme s’il était vrai. Le pouvoir ne cherche pas tant à convaincre qu’à obtenir une participation collective au mensonge.
Le mensonge devient alors un instrument de domination qui permet à la violence d’État de protéger la fiction officielle du régime, tandis que cette fiction-même permet alors de justifier la violence. Peu à peu, insidieusement, la contrainte extérieure se transforme en fracture intérieure : vivre en répétant au quotidien ce que l’on sait faux finit par altérer le rapport même à la vérité.
Dans ce contexte, la démarche de résistance de Soljenitsyne, sa manière de répondre à la violence et à la contrainte, peut sembler austère, presque déroutante de simplicité. En effet, ce dernier ne prône ni révolution, ni conquête du pouvoir, ni même une opposition spectaculaire. Sa résistance se situe un niveau beaucoup subtil, plus fin ailleurs, à une échelle presque imperceptible. Elle est dans le refus de participer au mensonge..
Ne pas écrire ce que l’on sait faux.
Ne pas répéter ce que l’on ne croit pas.
Ne pas applaudir par réflexe.
Apparemment, cette démarche, cette posture n’a rien d’héroïque . Et pourtant ! tout est là, bien là ! Pour Soljenitsyne, le système soviétique est notamment fondé sur le mensonge et ne tient que parce que des individus « ordinaires » acceptent, jour après jour, d’en devenir les relais.
Si cette citation continue de circuler aujourd’hui, c’est sans doute parce qu’elle dépasse largement son contexte soviétique. Elle nous rappelle une vérité simple et exigeante : il se pourrait que la liberté commence parfois par une simple attitude discrète : celle de ne plus faire semblant.
Alexandre Soljenitsyne (1918-2008) est un écrivain et dissident russe, considéré comme l’une des grandes consciences morales du XXᵉ siècle. Officier de l’Armée rouge durant la Seconde Guerre mondiale, il est arrêté en 1945 pour avoir critiqué Staline dans une lettre privée et passe huit années dans les camps du Goulag, expérience fondatrice qui marquera durablement son œuvre et sa pensée.
Devenu écrivain, il révèle au monde la réalité du système concentrationnaire soviétique avec Une journée d’Ivan Denissovitch (1962), puis surtout avec L’Archipel du Goulag (1973), enquête monumentale qui ébranle profondément l’image de l’URSS en Occident et contribue à discréditer le système communiste. Lauréat du prix Nobel de littérature en 1970, il est expulsé d’Union soviétique en 1974 et vit en exil en Suisse puis aux États-Unis avant de revenir en Russie en 1994, après la chute du régime soviétique.
Admiré pour son courage moral mais parfois controversé pour ses positions critiques envers l’Occident et son conservatisme, Soljenitsyne n’a cessé de défendre une conviction centrale : la liberté commence par la responsabilité individuelle et la fidélité personnelle à la vérité.
John Ibonoco
New Order – True Faith (1987)
« We know that they are lying, they know that they are lying, they even know that we know they are lying, we also know that they know we know they are lying too, but they are still lying. »
This famous quote — “We know they are lying, they know they are lying…” — is most often attributed to Alexander Solzhenitsyn. Yet it does not appear in this exact form anywhere in his writings. Rather, it is a condensed version of his thinking, inspired mainly by The Gulag Archipelago and his brief but radical essay Live Not by Lies.
Solzhenitsyn was not merely describing Soviet repression; he was trying to expose a deeper mechanism: institutionalized falsehood. In a totalitarian system, everyone knows the official narrative is untrue — leaders and citizens alike — yet all continue to behave as if it were real. Power does not primarily seek to persuade; it seeks collective participation in the lie.
The lie then becomes an instrument of domination. State violence serves to protect the regime’s official fiction, while that very fiction is used to justify the violence itself. Gradually, almost imperceptibly, external coercion turns into an internal fracture: living day after day by repeating what one knows to be false eventually distorts one’s relationship to truth itself.
In this context, Solzhenitsyn’s form of resistance — his response to violence and constraint — can seem austere, almost disarmingly simple. He calls neither for revolution nor for the seizure of power, nor even for dramatic opposition. His resistance operates on a far subtler level, at an almost invisible scale. It begins with a refusal to participate in the lie.
Do not write what you know to be false.
Do not repeat what you do not believe.
Do not applaud out of reflex.
At first glance, this stance may seem anything but heroic. And yet everything is there. For Solzhenitsyn, the Soviet system rested largely on falsehood and survived only because ordinary individuals agreed, day after day, to become its conduits.
If this quotation continues to circulate today, it is probably because it reaches far beyond its Soviet context. It reminds us of a simple yet demanding truth: freedom may sometimes begin with a quiet, almost unnoticed gesture — the decision to stop pretending.
Alexander Solzhenitsyn (1918–2008) was a Russian writer and dissident, widely regarded as one of the great moral voices of the twentieth century. A Red Army officer during World War II, he was arrested in 1945 for criticizing Stalin in a private letter and spent eight years in the Gulag — an experience that profoundly shaped both his life and his work.
He later gained international recognition by revealing the reality of the Soviet concentration camp system through One Day in the Life of Ivan Denisovich (1962), and above all through The Gulag Archipelago (1973), a monumental investigation that deeply challenged Western perceptions of the USSR and helped discredit the communist system. Awarded the Nobel Prize in Literature in 1970, he was expelled from the Soviet Union in 1974 and lived in exile in Switzerland and later in the United States before returning to Russia in 1994 after the collapse of the Soviet regime.
Admired for his moral courage yet sometimes controversial for his criticism of the West and his conservative views, Solzhenitsyn consistently defended a central conviction: freedom begins with individual responsibility and personal fidelity to truth.
John Ibonoco
Dido – Thank You
À Naziha, ma femme.
Elle a porté mes douleurs et les siennes.
Mon amour pour elle n’égalera jamais le sien pour moi.
(Boualem Sansal)
Et je veux te remercier
de m’avoir donné le plus beau jour de ma vie.
Oui, simplement être là, près de toi,
c’est déjà avoir vécu le plus beau jour de ma vie
(Dido)
Rien, a priori, ne rapproche Dido et Boualem Sansal.
D’un côté, une Anglaise née à Londres en 1971, sœur du producteur Rollo, révélée à la fin des années 1990 par No Angel, immense succès international, puis devenue presque malgré elle une voix familière du monde entier lorsque Eminem utilisa Thank You dans Stan.
De l’autre, un Algérien né en 1949, ingénieur, haut fonctionnaire, venu tardivement à la littérature, à cinquante ans passés, et qui s’imposa peu à peu comme l’une des grandes voix francophones de son temps. En 2015, 2084. La fin du monde lui vaut le Grand Prix du roman de l’Académie française. Puis viennent l’arrestation, la prison, les mois retranchés au monde, de novembre 2024 à novembre 2025.
Deux vies qui ne se croisent pas et, surtout, deux mondes que presque tout sépare.
Et pourtant ! Ce qui les rapproche n’est ni une époque, ni une histoire, ni même une culture. C’est peut-être simplement une manière de dire l’essentiel. La voix de Sansal vient de son dernier livre, La Légende, publié chez Grasset en 2026, et celle de Dido de sa chanson Thank You. Mais toutes deux convergent vers la même idée : dans l’épreuve, ce qui sauve n’est pas le bruit du monde, c’est la présence de l’autre.
Dido n’élève jamais la voix. Elle énumère presque des riens : le thé devenu froid, la pluie contre la fenêtre, une photographie sur le mur, le retour à la maison. Aucun grand serment. Aucun mot gigantesque. Elle laisse simplement entrer quelqu’un dans la pièce, et cette présence suffit soudain à modifier la lumière.
Chez Sansal, le geste est encore plus nu.
À Naziha, sa femme, quelques mots seulement :
Elle a porté mes douleurs et les siennes.
Mon amour pour elle n’égalera jamais le sien pour moi.
Pas d’emphase. Pas de lyrisme ajouté après coup. Presque aucun refuge dans la littérature. Deux phrases, et derrière elles une vie entière.
C’est peut-être là que Dido et Sansal se rejoignent.
Chez eux, la pudeur n’est pas une timidité. Elle est une façon de protéger ce qui compte. Certains sentiments deviennent plus vrais lorsqu’on cesse de vouloir les expliquer. Il arrive même que les grands mots les abîment…
Ainsi, à plus de vingt-cinq ans de distance et sans évidemment rien savoir l’un de l’autre, tous deux semblent répondre à la même question :
Qu’est-ce qui tient encore un être lorsque le reste commence à céder ?
Certainement pas la gloire.
La gloire fait du bruit. Elle éloigne parfois celui qu’elle prétend célébrer. Sansal sait ce qu’il en coûte d’être transformé en symbole, en cause, en prisonnier célèbre, quand il faudrait pouvoir demeurer simplement un homme.
Ce qui tient est ailleurs.
Une présence.
Chez Dido, celle que l’on retrouve après une mauvaise journée, lorsque la pluie tombe, que le monde paraît gris et que rien ne semble vraiment aller. Il suffit alors que quelqu’un soit là pour que la journée, contre toute logique, devienne « the best day of my life ».
Chez Sansal, cette présence porte un nom : Naziha.
Elle a porté ses douleurs. Et les siennes.
Toute la violence du monde peut rester dehors : la prison, la solitude, la maladie, l’exil intérieur, les batailles politiques, les frontières. Il demeure ce territoire minuscule qu’aucun geôlier ne peut entièrement confisquer : celui de l’autre.
C’est peut-être cela que disent, chacun avec ses mots, Dido et Boualem Sansal.
Nous croyons souvent que ce qui nous sauve doit relever d’une forme de transcendance, venir d’au-delà de nous, comme si l’homme ne pouvait suffire à l’homme.
Mais il se pourrait que ce soit exactement l’inverse.
Un visage.
Une voix.
Une présence dans une pièce.
Quelqu’un qui a porté nos douleurs quand nous n’en avions plus la force.
Et cette étrange évidence, presque dérisoire et pourtant souveraine : être simplement avec l’autre, demeurer auprès de lui quand le monde vacille, et comprendre alors que, tant que cette présence subsiste, tout n’est pas encore perdu.
John Ibonoco
Dido – Thank You
To Naziha, my wife
She carried my pain and hers.
My love for her will never equal hers for me.
(Boualem Sansal)
And I want to thank you
For giving me the best day of my life
Oh, just to be with you
Is having the best day of my life
(Dido)
At first glance, nothing seems to connect Dido and Boualem Sansal.
On one side, an Englishwoman born in London in 1971, sister of producer Rollo, who emerged in the late 1990s with No Angel, a major international success, and who almost despite herself became a familiar voice around the world when Eminem used Thank You in Stan.
On the other, an Algerian born in 1949, an engineer and senior civil servant who came late to literature, well into his fifties, and gradually established himself as one of the major French-language voices of his generation. In 2015, 2084: The End of the World earned him the Grand Prix du Roman of the Académie française. Then came arrest, prison, and months cut off from the world, from November 2024 to November 2025.
Two lives that never intersect. And, above all, two worlds separated by almost everything.
And yet.
What brings them together is neither an era, nor a story, nor even a culture. Perhaps it is simply a way of saying what matters most. Sansal’s voice comes from his latest book, La Légende, published by Grasset in 2026; Dido’s comes from her song Thank You. Yet both arrive at the same idea: in times of hardship, what saves us is not the noise of the world, but the presence of another person.
Dido never raises her voice. She lists things that are almost nothing: tea gone cold, rain against the window, a photograph on the wall, the return home. No grand declaration. No oversized words. She simply lets someone enter the room, and suddenly that presence is enough to change the light.
With Sansal, the gesture is even barer.
To Naziha, his wife, only a few words:
She carried my pain and hers.
My love for her will never equal hers for me.
No grandiloquence. No lyricism added after the fact. Almost no shelter in literature itself. Two sentences, and behind them, an entire life.
Perhaps this is where Dido and Sansal meet.
For both of them, restraint is not timidity. It is a way of protecting what matters. Some feelings become truer when we stop trying to explain them. Sometimes large words only damage them.
And so, more than twenty-five years apart, and without of course knowing anything of one another, they seem to answer the same question:
What is left to hold a human being together when everything else begins to give way?
Certainly not fame.
Fame makes noise. It can distance a person from the very self it claims to celebrate. Sansal knows the cost of being turned into a symbol, a cause, a famous prisoner, when what should remain possible is simply to remain a man.
What holds us is elsewhere.
A presence.
For Dido, it is the person waiting at the end of a bad day, when the rain is falling, the world looks gray, and nothing seems quite right. It is enough for someone to be there for the day, against all logic, to become “the best day of my life.”
For Sansal, that presence has a name: Naziha.
She carried his pain. And hers.
All the violence of the world can remain outside: prison, solitude, illness, inner exile, political battles, borders. What remains is that tiny territory no jailer can ever fully confiscate: the other person.
Perhaps that is what Dido and Boualem Sansal are both saying, each in their own words.
We often believe that whatever saves us must belong to some form of transcendence, that it must come from beyond us, as though one human being could never be enough for another.
But perhaps the exact opposite is true.
A face.
A voice.
A presence in a room.
Someone who carried our pain when we no longer had the strength to carry it ourselves.
And this strange truth, almost modest and yet sovereign: simply to be with another person, to remain beside them when the world begins to shake, and to understand that as long as that presence endures, not everything has been lost.
John Ibonoco
ROMANCE – D’la Faute À Moi
Dimanche 4 octobre 2026, Paris 18ᵉ.
C’est dimanche, déjà ! Les semaines défilent de plus en plus vite comme si le temps n’avait plus le temps de s’arrêter, de plus en plus frénétique… mais ce dimanche-là, il fait encore très bon et beau en ce début d’après-midi 4 octobre sous un soleil parisien qui vous met instantanément en joie. Rapidement, j’enfile mes Vans noires avec leurs lacets toujours bien trop longs que je dois à chaque fois coincer à l’intérieur afin d ne pas me prendre les pieds dedans en marchant…
Je quitte le 20, rue de la Fontaine-du-But, ses pavés usés par les semelles des passants du matin allant bosser quelque part dans Paris ou sa périphérie, pressés d’aller prendre la ligne 12 à la station Lamarck Caulaincourt situées quelques marches d’escalier plus haut. D’autres préfèrent s’arrêter boire un verre Chez Rita ou manger un morceau avant d’aller vaquer à leurs occupations quotidiennes ou nocturnes. Mais peu importe ! la vie est là, tout autour de cet endroit, ça grouille de personnes qui vont et viennent dans tous les sens, ça pétille, ça frémit, ça court dans tous les sens.
Moi, je n’ai qu’une idée en tête, une idée toute simple : descendre jusqu’à la boutique de disques Balades Sonores, rue Pierre-Picard, que j’ai repérée sur internet et fouiller dans des bacs à vinyles. Sans autre urgence que celle de laisser courir mes doigts sur des pochettes, de renifler l’air ambiant, de m’imprégner de tous ces groupes de rock, d’électro, musiques du monde qui se collent les uns aux autres, serrés comme des sardines dans ses bacs de disque d‘un autre temps, un temps ou le CD n’existait pas encore. C’est aussi une bonne façon de perdre son temps. Ou de le retrouver.
Nous sommes en octobre, mais l’été fait de la résistance et tente de repousser l’automne dans les cordes comme un boxeur sur un ring. Un soleil franc, une douceur presque insolente qui vous gifle la figure. Vous savez, il fait ce temps, ce petit temps du dimanche, quand tout va bien dans votre tête, ce p’tit temps qui vous pousse dehors sans vous laisser le loisir de chercher une excuse. Aujourd’hui, l’automne attendra encore une semaine ou deux. Cet après-midi, Paris a encore les épaules nues !
Quelques pas et je rejoins la rue Francœur. J’aime bien ce nom, cette façon de d’unir ensemble la franchise et le cœur. Je poursuis mon chemin, le pas serein. Selon l’exposition, une lumière jaune accroche les façades, s’attarde au bord des fenêtres pour venir chatouiller leur vitrage. Et entre deux pans de soleil, l’ombre sait garder une fraîcheur légère sympa. Je poursuis ma marche dans cette alternance de soleil, d’ombre, sous les feuillages bien verts des arbres même si certains ont déjà perdu toutes leurs feuilles : l’été a été meurtier. Je déambule tranquillement, avec le sentiment que rien ne presse et que cela, déjà, mérite d’être savouré.
Au numéro 6, la Fémis. On y apprend ici les métiers du cinéma, à regarder, à cadrer, à donner une durée aux visages. Ce dimanche pourrait faire un joli film sans grand scénario ni moyens. Quelqu’un traverse. Un autre s’arrête. Un rire nous parvient avant le visage qui l’a laissé échapper. La vie se débrouille assez bien quand on la laisse improviser.
Au débouché sur la rue Caulaincourt, le Café Francœur installe sa terrasse dans le paysage. Des gens sont assis face à la rue, comme devant une scène où chacun passe sans savoir qu’il joue. Je longe les tables, traverse des fragments de conversation. Des p’tites phrases dont je ne connaîtrai ni le début ni la fin et qui, pourtant, suffisent à peupler l’instant.
Je m’engage rapidement rue Custine. À l’angle, L’Ascension porte un nom qui convient bien à ce quartier : ici, les rues se comparent à des montagnes et vous le font parfois sentir dans vos petits mollets. Quelle chance ! J’ai atteint le sommet et entame la descente. Je laisse mes yeux embrasser le paysage, les gens, le soleil, les arbres…
Sous les grands arbres au feuillage vert, à l’abri du soleil, les terrasses débordent de conversations qui partent dans tous les sens. La joie est là, au détour de chaque mot. Ça papote, ça échange, ça rit, ça boit des canons en série, ça fume des clopes. De l’insouciance à l’état pur ; ça fait du bien à l’âme. Mon regarde continue de scanner mon environnement qui défile au gré de la vitesse que j’impulse à mon corps. Des gens penchés les uns vers les autres, un verre à la main, occupés à refaire le monde ou simplement à profiter de l’après-midi. La lumière, par petit rai, réussit à passer entre les feuilles, vient caresser avec tendresse une joue, une épaule, puis repart sur le trottoir.
Il fait beau, vraiment très beau. C’est dingue ! Et il fait bon, il fait bon vivre. On voudrait garder à jamais en nous cette température précise, cette douceur où le corps cesse un instant de réclamer quoi que ce soit.
La vie est là, en plein mouvement, tout autour de moi.
Et les joggeurs aussi.
Il en passe de tous les côtés. Des jeunes, des vieux, des petits, des bedonnants. Des marathoniens suréquipés, prêts à traverser trois départements d’affilé sans même crever à la fin d’une crise cardiaque, et d’autres qui semblent négocier chaque foulée avec leurs poumons. Les montres connectées mesurent, les écouteurs bluetooth isolent, les chaussures de running promettent des performances insoupçonnées encore. Chacun son allure, chacun sa bataille, chacun sa vie.
Moi, je marche. Aujourd’hui, ça me va très bien.
Pour cette fois, je leur laisse le chrono. Je garde l’après-midi.
La rue Becquerel ouvre une échappée vers les hauteurs. Plus loin, la rue Lambert rejoint Custine. Je regarde ces départs de rues et imagine leurs possibilités de détour. Montmartre sait vous donner envie d’aller ailleurs alors même que vous êtes très bien là où vous êtes. L’aventure est-elle au bout de la rue ?
Les touristes ajoutent leurs voix à celles du quartier et les murmures qu’il a emmagasinés au cours de son histoire. Eugène Varlin a sans aucun doute croisé Louise Michel alors qu’elle descendait un fusil à lamain. Des accents étrangers se croisent, se mélangent, forment un tourbillon de sons qui s’engouffre dans la rue Custine. Au gré de la descente, les visages changent, les langues aussi. Paris se raconte sur quelques centaines de mètres de trottoir.
C’est aussi ça, le 18ᵉ : des gens venus d’un peu partout, qui se croisent, se coudoient et finissent parfois peut-être par échanger quelques mots. Je saisis une intonation, un accent étranger, un éclat de rire, quelques mots aussitôt emportés par la distance qui nous sépare alors que je continue d’avancer en direction de mon objectif, de ma cible de l’après-midi : me dégotter un bon disque. Quelques mots qui s’évaporent dans la tiédeur de l’air ambiant, des morceaux de vies dont je ne serai que le passant.
Je rejoins la rue de Clignancourt et poursuis – pressé – vers la rue Pierre-Picard. Les vitrines attirent le regard, les silhouettes se rapprochent, se dépassent, se séparent. Au Café du Commerce, encore une terrasse, encore des conversations qui prennent leurs aises. Une ville tient aussi par cela : quelques chaises sur un trottoir et des êtres qui trouvent encore quelque chose à se raconter.
Puis je tourne enfin rue Pierre-Picard.
Au numéro 8, Balades Sonores.
Devant la boutique, du monde. Pas mal de monde, même. Plus de jeunes que de quinquas. Des bouteilles vertes d’Heineken à la main, bien fraîches. Je ne comprends pas tout de suite ce qu’il se joue dans cette boutique. Je pensais trouver un disquaire ; visiblement, il y a du supplément au programme.
J’entre.
Un son rock s’échappe des enceintes. À la caisse, un type à lunettes en polo orange encaisse. Certainement le patron. Il encaisse, il encaisse. La boutique tourne.
Des vinyles partout. Quelques CD, des cassettes audio d’un autre temps. Des platines posées çà et là, des amplis, de vieilles radios, des lecteurs VHS. Toute une mémoire des objets qui nous ont servi à écouter, à regarder, à rembobiner nos vies.
Je retrouve quelque chose de familier dans cet encombrement, comme un parfum d’une époque révolue – que je vois renaître sous mes yeux. Le temps où la musique occupait de la place. Où elle pesait dans un sac, prenait la poussière sur une étagère, se prêtait, se passait de main en main avec des recommandations qui ressemblaient à des mises en garde : « fais attention à celui-là, j’y tiens ».
Pour trouver son bonheur, c’est carrément le bordel.
Il faut fouiller, se pencher, déplacer son regard d’un bac à l’autre. Beaucoup de neuf, parfois à des prix qui donnent envie de reposer délicatement la pochette. Un peu d’occasion. Je regarde, je cherche, je me laisse distraire. Une image me retient, un nom me rappelle autre chose. Avec les disques, on croit chercher un album et l’on tombe sur une année entière.
Au fond, dans une autre pièce, un groupe s’installe et joue.
La chanteuse force un peu sur sa voix. Sympa, sans plus. Quelque chose entre l’intello bobo décalé et la nostalgie d’un rock poétique à moitié engagé. Je reste, j’écoute. Autour de moi, les retrouvailles continuent :
— Ça va, toi ?
— Ouais, cool. Je suis revenu sur Paris.
— On a quelques dates…
— Ah, pas mal…
Les conversations se glissent entre les morceaux, débordent parfois dessus. On parle près de l’oreille, on se reconnaît par-dessus une épaule, on lève une bouteille pour saluer quelqu’un. Depuis la rue Custine, les voix m’accompagnent. Ici, elles ont simplement trouvé une batterie, une guitare et des amplis.
Les groupes se succèdent. Puis vient le dernier : Romance, un groupe parisien venu présenter son album Promis ce soir.
Le chanteur a une bonne tête, sympa. Pantalon de ville, chemise à rayures : il a un p’tit quelque chose d’Ian Curtis. Une parenté vestimentaire, une silhouette qui réveille immédiatement quelques souvenirs. Il suffit de peu, parfois. Une façon de se tenir, une coupe de chemise, et des années que l’on croyait rangées au rayon des souvenirs miteux viennent se mettre au premier rang.
La bassiste, elle, retient mon attention par sa voix et son jeu. Excellente musicienne. Mon regard revient vers elle, puis je me surprends à suivre sa ligne de basse au milieu des autres instruments.
Au saxophone alto, un gars en polo rouge foncé. Cheveux noirs un peu longs, bouclés, moustache épaisse et lunettes fumées. Le saxo, ma foi, n’est pas dégueu. Il s’occupe aussi de la boîte à rythmes. Un virtuose de la boîte à rythme ; une p’tite touche électro se glisse dans l’ensemble, discrète, sans prendre toute la place.
Le guitariste est grand, mince, androgyne, les cheveux très longs, ondulé, presque blonds. On le dirait sorti d’un lycée du début des années quatre-vingt : le genre baba cool qui écoute du rock progressif et dont on espère pouvoir emprunter quelques disques. Je lui invente presque une chambre, des pochettes contre un mur, une chaîne hi-fi dont il faudrait surtout ne pas toucher les réglages. J’avais un pote comme ça, un baba cool… Un baba cool qui touchait déjà aux synthétiseurs, ceux de son père, à un moment où Art of Noise débutait à peine sa carrière.
Enfin, le percussionniste. Un grand steak fin, en jean et tee-shirt jaune avec une inscription évoquant New York. Il donne bien le rythme. Je suis placé non loin de lui, alors je l’observe davantage, je le scrute de haut en bas, écoute chacun de ses mots et dissèque son comportement. Quelques attitudes, un air un peu moqueur : je le trouve peu sympathique.
Dans ma tête, la sentence tombe, franchement injuste peut-être :
« Pas encore célèbre et déjà très con. »
Bon. Ce n’est que mon impression, celle d’un spectateur à quelques mètres de lui. Je ne le connais pas. Je lui prête peut-être une arrogance là où il n’y a qu’une façon d’être sur scène. Et ça ne retire rien à la qualité de ce que j’entends.
Parce que Romance me cueille.
Je cesse de détailler les fringues, les têtes, les attitudes. Je tends l’oreille. J’écoute. Je me laisse embarquer. La basse, la voix, le saxophone, cette pulsation électronique : tout trouve sa place, et moi la mienne, debout parmi les autres.
Dans cette petite pièce au fond d’un disquaire, au milieu des corps, des instruments et des bouteilles de bière, quelque chose se remet à circuler. Mon pied marque la mesure. Je ne pense plus au prochain bac à fouiller ni à l’heure qu’il peut être. Je veux entendre la suite.
J’ai kiffé ma race.
L’expression manque peut-être d’élégance, mais elle dit exactement ce qu’elle doit dire.
Dehors, les terrasses doivent encore bruire. Des joggeurs continuent sans doute de remonter les rues, les touristes de chercher leur chemin. Le dimanche poursuit sa course. Moi, je suis là, à quelques mètres d’un groupe que je ne m’attendais pas à entendre, et je souris.
J’étais descendu rue Custine pour chercher des vinyles.
Je repars avec le dernier Romance, 21 €.
J’ai retrouvé mes vingt ans, le temps de quelques titres.
John Ibonoco
John Ibonoco est une voix discrète, entre mémoire et instant présent. À travers ce blog, il propose des textes brefs, des fragments poétiques, des réflexions douces. Il n’écrit pas pour être vu, mais pour être ressenti — convaincu que ce qui compte le plus, ce n’est pas qui écrit, mais ce que les mots éveillent en nous.
ROMANCE – D’la Faute À Moi
Rue Custine, Life in Stereo
Sunday, October 4, 2026, Paris 18th
Sunday already! The weeks keep flying by faster and faster, as if time no longer had time to stop, more and more frantic… but on this particular Sunday, early in the afternoon of October 4, it’s still warm and beautiful out, under a Parisian sun that puts you in a good mood instantly. I quickly pull on my black Vans, with laces that are always way too long and that I have to tuck inside every time so I don’t trip over them as I walk…
I leave 20, rue de la Fontaine-du-But, its cobblestones worn down by the soles of morning passersby on their way to work somewhere in Paris or the suburbs, in a hurry to catch Line 12 at Lamarck–Caulaincourt station, just a few steps up the stairs. Others would rather stop for a drink at Chez Rita or grab a bite before going about their daily, or nightly, business. But never mind! Life is right here, all around this spot: people swarming, coming and going in every direction; it fizzes, it quivers, it rushes every which way.
As for me, I have just one thing on my mind, one very simple thing: to walk down to Balades Sonores, the record shop on rue Pierre-Picard I found online, and dig through the bins of vinyl records. With no other urgency than to let my fingers run across the sleeves, to sniff the air, to soak up all those rock, electro and world music bands pressed up against one another, packed like sardines in record bins from another era, a time when the CD didn’t exist yet. It’s also a good way to waste time. Or to find it again.
It’s October, but summer is putting up a fight, trying to push fall back against the ropes like a boxer in the ring. A frank sun, an almost brazen mildness that slaps you in the face. You know the kind of weather I mean, that easy Sunday weather when everything is fine in your head, the kind that pushes you outside without giving you a chance to look for an excuse. Today, fall will have to wait another week or two. This afternoon, Paris still has its shoulders bare!
A few steps and I reach rue Francœur. I like that name, the way it joins frankness and heart together. I keep going, my stride unhurried. Depending on which way they face, the buildings catch a yellow light that lingers at the edges of the windows to tickle the glass. And between two patches of sun, the shade keeps a light, pleasant coolness. I walk on through this alternation of sun and shade, beneath the trees’ lush green foliage, even though some of them have already lost all their leaves: the summer has been murderous. I wander along calmly, with the feeling that nothing is pressing, and that this alone is worth savoring.
At number 6, La Fémis. This is where they teach the trades of cinema: how to look, how to frame, how to give faces their duration. This Sunday could make a nice film, with no big screenplay and no budget. Someone crosses the street. Someone else stops. A laugh reaches us before the face that let it slip. Life manages pretty well when you let it improvise.
Where the street opens onto rue Caulaincourt, Café Francœur has set its terrace into the scenery. People sit facing the street, as if before a stage where everyone walks on without knowing they’re performing. I pass along the tables, through fragments of conversation. Little phrases whose beginning and end I’ll never know, and which are nonetheless enough to fill the moment.
I quickly turn onto rue Custine. On the corner, L’Ascension bears a name well suited to this neighborhood: here, the streets compare themselves to mountains, and sometimes make you feel it in your calves. What luck! I’ve reached the summit and begin the descent. I let my eyes take in the scenery, the people, the sun, the trees…
Under the big green-leaved trees, sheltered from the sun, the terraces overflow with conversations going off in every direction. Joy is everywhere, around every word. People chatter, swap stories, laugh, knock back glass after glass of wine, smoke cigarettes. Pure carefreeness; it does the soul good. My gaze keeps scanning my surroundings as they roll past at whatever speed I give my body. People leaning toward one another, a glass in hand, busy remaking the world or simply enjoying the afternoon. The light, in thin rays, manages to slip between the leaves, tenderly strokes a cheek, a shoulder, then heads back to the sidewalk.
It’s beautiful out, really beautiful. It’s crazy! And it’s warm, and life feels good. You’d like to keep this exact temperature inside you forever, this mildness in which the body stops wanting anything for a moment.
Life is here, in full motion, all around me.
And so are the joggers.
They come from every side. Young ones, old ones, short ones, potbellied ones. Overequipped marathoners ready to cross three counties in a row without even dropping dead of a heart attack at the finish, and others who seem to be negotiating every stride with their lungs. Smartwatches measure, Bluetooth earbuds isolate, running shoes promise performances yet undreamed of. To each their own pace, their own battle, their own life.
Me, I’m walking. Today, that suits me just fine.
This time, I’ll leave them the stopwatch. I’ll keep the afternoon.
Rue Becquerel opens a way out toward the heights. Further on, rue Lambert joins Custine. I look at these side streets branching off and picture all the detours they offer. Montmartre knows how to make you want to go elsewhere even when you’re perfectly fine where you are. Is adventure waiting at the end of the street?
The tourists add their voices to those of the neighborhood and to the murmurs it has stored up over its history. Eugène Varlin surely crossed paths with Louise Michel as she came down this way, rifle in hand. Foreign accents meet, mingle, and form a whirlwind of sound that rushes down rue Custine. As the street slopes downward, the faces change, and the languages too. Paris tells its story over a few hundred yards of sidewalk.
That’s the 18th, too: people from just about everywhere, crossing paths, brushing shoulders, and sometimes, maybe, ending up exchanging a few words. I catch an intonation, a foreign accent, a burst of laughter, a few words immediately carried off by the growing distance between us as I keep heading toward my goal, my target for the afternoon: scoring a good record. A few words that evaporate into the warm air, pieces of lives in which I’ll only ever be a passerby.
I reach rue de Clignancourt and push on, in a hurry, toward rue Pierre-Picard. The shop windows draw the eye; silhouettes come closer, overtake one another, drift apart. At the Café du Commerce, yet another terrace, more conversations settling in comfortably. A city holds together through this too: a few chairs on a sidewalk, and people who still find something to tell each other.
Then, at last, I turn onto rue Pierre-Picard.
At number 8, Balades Sonores.
Outside the shop, a crowd. Quite a crowd, actually. More young people than fifty-somethings. Green bottles of Heineken in hand, nice and cold. I don’t understand right away what’s going on in this shop. I expected to find a record store; apparently, there’s something extra on the program.
I go in.
Rock music pours out of the speakers. At the register, a guy in glasses and an orange polo shirt is ringing people up. Probably the owner. He rings them up, and up, and up. Business is booming.
Vinyl records everywhere. A few CDs, audio cassettes from another age. Turntables set down here and there, amps, old radios, VCRs. A whole memory of the objects we used to listen, to watch, to rewind our lives.
I find something familiar in all this clutter, like the scent of a bygone era that I see coming back to life before my eyes. A time when music took up space. When it weighed down a bag, gathered dust on a shelf, got lent out, passed from hand to hand with recommendations that sounded like warnings: “Be careful with that one, it means a lot to me.”
Finding what you’re looking for here is total chaos.
You have to dig, bend down, shift your eyes from one bin to the next. Lots of new stuff, sometimes at prices that make you want to gently set the sleeve back down. A bit of secondhand. I look, I search, I let myself get sidetracked. An image catches me, a name reminds me of something else. With records, you think you’re looking for an album and you stumble onto an entire year.
At the back, in another room, a band sets up and starts to play.
The singer pushes her voice a little too hard. Nice enough, nothing more. Something between offbeat hipster intellectual and nostalgia for a poetic, half-political rock. I stay, I listen. Around me, the reunions go on:
“Hey, how’re you doing?”
“Good, man. I moved back to Paris.”
“We’ve got a few gigs lined up…”
“Oh, not bad…”
The conversations slip in between songs, sometimes spill over them. People talk close to each other’s ears, recognize one another over a shoulder, raise a bottle to greet someone. Since rue Custine, voices have been keeping me company. Here, they’ve simply found a drum kit, a guitar and some amps.
The bands follow one after another. Then comes the last one: Romance, a Paris band here to present their album Promis tonight.
The singer has a good face, a friendly one. Dress pants, striped shirt: he’s got a little something of Ian Curtis about him. A sartorial kinship, a silhouette that instantly awakens a few memories. Sometimes it takes very little. A way of standing, the cut of a shirt, and years you thought had been filed away under shabby old memories come and take a seat in the front row.
The bassist, for her part, holds my attention with her voice and her playing. An excellent musician. My eyes keep coming back to her, and I catch myself following her bass line through the other instruments.
On alto sax, a guy in a dark red polo shirt. Black hair, a little long and curly, a thick mustache and tinted glasses. The sax, I have to say, isn’t half bad. He also handles the drum machine. A drum machine virtuoso; a little touch of electro slips into the mix, discreet, without taking over.
The guitarist is tall, slim, androgynous, with very long, wavy, almost blond hair. He looks like he’s stepped out of an early-eighties high school: the hippie type who listens to prog rock and whose records you hope to borrow. I almost invent a bedroom for him, album sleeves against a wall, a hi-fi system whose settings must never, ever be touched. I had a buddy like that, a hippie type… A hippie who was already messing around with synthesizers, his father’s, at a time when Art of Noise was barely starting out.
Finally, the percussionist. A tall, skinny beanpole in jeans and a yellow T-shirt with something about New York printed on it. He keeps the rhythm well. I’m standing not far from him, so I watch him more closely, look him up and down, listen to every word he says and dissect his behavior. A few attitudes, a slightly mocking air: I find him rather unlikable.
In my head, the verdict comes down, maybe frankly unfair:
“Not famous yet and already a total jerk.”
Well. That’s just my impression, the impression of a spectator a few yards away. I don’t know him. Maybe I’m reading arrogance into what is simply a way of being onstage. And it takes nothing away from the quality of what I’m hearing.
Because Romance wins me over.
I stop picking apart the clothes, the faces, the attitudes. I lend an ear. I listen. I let myself be carried away. The bass, the voice, the saxophone, that electronic pulse: everything falls into place, and so do I, standing among the others.
In this little room at the back of a record store, among the bodies, the instruments and the beer bottles, something starts flowing again. My foot taps the beat. I’m no longer thinking about the next bin to dig through or what time it might be. I want to hear what comes next.
I loved the hell out of it.
The expression may lack elegance, but it says exactly what it needs to say.
Outside, the terraces must still be buzzing. Joggers are no doubt still running up the streets, tourists still looking for their way. Sunday goes on its way. Me, I’m right here, a few yards from a band I never expected to hear, and I’m smiling.
I’d walked down rue Custine to look for vinyl records.
I’m leaving with the latest Romance album, €21.
I got my twenties back, for the length of a few songs.
John Ibonoco
ROMANCE – D’la Faute À Moi
Dimanche 4 octobre 2026, Paris 18ᵉ.
C’est dimanche, déjà ! Les semaines défilent de plus en plus vite comme si le temps n’avait plus le temps de s’arrêter, de plus en plus frénétique… mais ce dimanche-là, il fait encore très bon et beau en ce début d’après-midi 4 octobre sous un soleil parisien qui vous met instantanément en joie. Rapidement, j’enfile mes Vans noires avec leurs lacets toujours bien trop longs que je dois à chaque fois coincer à l’intérieur afin d ne pas me prendre les pieds dedans en marchant…
Je quitte le 20, rue de la Fontaine-du-But, ses pavés usés par les semelles des passants du matin allant bosser quelque part dans Paris ou sa périphérie, pressés d’aller prendre la ligne 12 à la station Lamarck Caulaincourt situées quelques marches d’escalier plus haut. D’autres préfèrent s’arrêter boire un verre Chez Rita ou manger un morceau avant d’aller vaquer à leurs occupations quotidiennes ou nocturnes. Mais peu importe ! la vie est là, tout autour de cet endroit, ça grouille de personnes qui vont et viennent dans tous les sens, ça pétille, ça frémit, ça court dans tous les sens.
Moi, je n’ai qu’une idée en tête, une idée toute simple : descendre jusqu’à la boutique de disques Balades Sonores, rue Pierre-Picard, que j’ai repérée sur internet et fouiller dans des bacs à vinyles. Sans autre urgence que celle de laisser courir mes doigts sur des pochettes, de renifler l’air ambiant, de m’imprégner de tous ces groupes de rock, d’électro, musiques du monde qui se collent les uns aux autres, serrés comme des sardines dans ses bacs de disque d‘un autre temps, un temps ou le CD n’existait pas encore. C’est aussi une bonne façon de perdre son temps. Ou de le retrouver.
Nous sommes en octobre, mais l’été fait de la résistance et tente de repousser l’automne dans les cordes comme un boxeur sur un ring. Un soleil franc, une douceur presque insolente qui vous gifle la figure. Vous savez, il fait ce temps, ce petit temps du dimanche, quand tout va bien dans votre tête, ce p’tit temps qui vous pousse dehors sans vous laisser le loisir de chercher une excuse. Aujourd’hui, l’automne attendra encore une semaine ou deux. Cet après-midi, Paris a encore les épaules nues !
Quelques pas et je rejoins la rue Francœur. J’aime bien ce nom, cette façon de d’unir ensemble la franchise et le cœur. Je poursuis mon chemin, le pas serein. Selon l’exposition, une lumière jaune accroche les façades, s’attarde au bord des fenêtres pour venir chatouiller leur vitrage. Et entre deux pans de soleil, l’ombre sait garder une fraîcheur légère sympa. Je poursuis ma marche dans cette alternance de soleil, d’ombre, sous les feuillages bien verts des arbres même si certains ont déjà perdu toutes leurs feuilles : l’été a été meurtier. Je déambule tranquillement, avec le sentiment que rien ne presse et que cela, déjà, mérite d’être savouré.
Au numéro 6, la Fémis. On y apprend ici les métiers du cinéma, à regarder, à cadrer, à donner une durée aux visages. Ce dimanche pourrait faire un joli film sans grand scénario ni moyens. Quelqu’un traverse. Un autre s’arrête. Un rire nous parvient avant le visage qui l’a laissé échapper. La vie se débrouille assez bien quand on la laisse improviser.
Au débouché sur la rue Caulaincourt, le Café Francœur installe sa terrasse dans le paysage. Des gens sont assis face à la rue, comme devant une scène où chacun passe sans savoir qu’il joue. Je longe les tables, traverse des fragments de conversation. Des p’tites phrases dont je ne connaîtrai ni le début ni la fin et qui, pourtant, suffisent à peupler l’instant.
Je m’engage rapidement rue Custine. À l’angle, L’Ascension porte un nom qui convient bien à ce quartier : ici, les rues se comparent à des montagnes et vous le font parfois sentir dans vos petits mollets. Quelle chance ! J’ai atteint le sommet et entame la descente. Je laisse mes yeux embrasser le paysage, les gens, le soleil, les arbres…
Sous les grands arbres au feuillage vert, à l’abri du soleil, les terrasses débordent de conversations qui partent dans tous les sens. La joie est là, au détour de chaque mot. Ça papote, ça échange, ça rit, ça boit des canons en série, ça fume des clopes. De l’insouciance à l’état pur ; ça fait du bien à l’âme. Mon regarde continue de scanner mon environnement qui défile au gré de la vitesse que j’impulse à mon corps. Des gens penchés les uns vers les autres, un verre à la main, occupés à refaire le monde ou simplement à profiter de l’après-midi. La lumière, par petit rai, réussit à passer entre les feuilles, vient caresser avec tendresse une joue, une épaule, puis repart sur le trottoir.
Il fait beau, vraiment très beau. C’est dingue ! Et il fait bon, il fait bon vivre. On voudrait garder à jamais en nous cette température précise, cette douceur où le corps cesse un instant de réclamer quoi que ce soit.
La vie est là, en plein mouvement, tout autour de moi.
Et les joggeurs aussi.
Il en passe de tous les côtés. Des jeunes, des vieux, des petits, des bedonnants. Des marathoniens suréquipés, prêts à traverser trois départements d’affilé sans même crever à la fin d’une crise cardiaque, et d’autres qui semblent négocier chaque foulée avec leurs poumons. Les montres connectées mesurent, les écouteurs bluetooth isolent, les chaussures de running promettent des performances insoupçonnées encore. Chacun son allure, chacun sa bataille, chacun sa vie.
Moi, je marche. Aujourd’hui, ça me va très bien.
Pour cette fois, je leur laisse le chrono. Je garde l’après-midi.
La rue Becquerel ouvre une échappée vers les hauteurs. Plus loin, la rue Lambert rejoint Custine. Je regarde ces départs de rues et imagine leurs possibilités de détour. Montmartre sait vous donner envie d’aller ailleurs alors même que vous êtes très bien là où vous êtes. L’aventure est-elle au bout de la rue ?
Les touristes ajoutent leurs voix à celles du quartier et les murmures qu’il a emmagasinés au cours de son histoire. Eugène Varlin a sans aucun doute croisé Louise Michel alors qu’elle descendait un fusil à lamain. Des accents étrangers se croisent, se mélangent, forment un tourbillon de sons qui s’engouffre dans la rue Custine. Au gré de la descente, les visages changent, les langues aussi. Paris se raconte sur quelques centaines de mètres de trottoir.
C’est aussi ça, le 18ᵉ : des gens venus d’un peu partout, qui se croisent, se coudoient et finissent parfois peut-être par échanger quelques mots. Je saisis une intonation, un accent étranger, un éclat de rire, quelques mots aussitôt emportés par la distance qui nous sépare alors que je continue d’avancer en direction de mon objectif, de ma cible de l’après-midi : me dégotter un bon disque. Quelques mots qui s’évaporent dans la tiédeur de l’air ambiant, des morceaux de vies dont je ne serai que le passant.
Je rejoins la rue de Clignancourt et poursuis – pressé – vers la rue Pierre-Picard. Les vitrines attirent le regard, les silhouettes se rapprochent, se dépassent, se séparent. Au Café du Commerce, encore une terrasse, encore des conversations qui prennent leurs aises. Une ville tient aussi par cela : quelques chaises sur un trottoir et des êtres qui trouvent encore quelque chose à se raconter.
Puis je tourne enfin rue Pierre-Picard.
Au numéro 8, Balades Sonores.
Devant la boutique, du monde. Pas mal de monde, même. Plus de jeunes que de quinquas. Des bouteilles vertes d’Heineken à la main, bien fraîches. Je ne comprends pas tout de suite ce qu’il se joue dans cette boutique. Je pensais trouver un disquaire ; visiblement, il y a du supplément au programme.
J’entre.
Un son rock s’échappe des enceintes. À la caisse, un type à lunettes en polo orange encaisse. Certainement le patron. Il encaisse, il encaisse. La boutique tourne.
Des vinyles partout. Quelques CD, des cassettes audio d’un autre temps. Des platines posées çà et là, des amplis, de vieilles radios, des lecteurs VHS. Toute une mémoire des objets qui nous ont servi à écouter, à regarder, à rembobiner nos vies.
Je retrouve quelque chose de familier dans cet encombrement, comme un parfum d’une époque révolue – que je vois renaître sous mes yeux. Le temps où la musique occupait de la place. Où elle pesait dans un sac, prenait la poussière sur une étagère, se prêtait, se passait de main en main avec des recommandations qui ressemblaient à des mises en garde : « fais attention à celui-là, j’y tiens ».
Pour trouver son bonheur, c’est carrément le bordel.
Il faut fouiller, se pencher, déplacer son regard d’un bac à l’autre. Beaucoup de neuf, parfois à des prix qui donnent envie de reposer délicatement la pochette. Un peu d’occasion. Je regarde, je cherche, je me laisse distraire. Une image me retient, un nom me rappelle autre chose. Avec les disques, on croit chercher un album et l’on tombe sur une année entière.
Au fond, dans une autre pièce, un groupe s’installe et joue.
La chanteuse force un peu sur sa voix. Sympa, sans plus. Quelque chose entre l’intello bobo décalé et la nostalgie d’un rock poétique à moitié engagé. Je reste, j’écoute. Autour de moi, les retrouvailles continuent :
— Ça va, toi ?
— Ouais, cool. Je suis revenu sur Paris.
— On a quelques dates…
— Ah, pas mal…
Les conversations se glissent entre les morceaux, débordent parfois dessus. On parle près de l’oreille, on se reconnaît par-dessus une épaule, on lève une bouteille pour saluer quelqu’un. Depuis la rue Custine, les voix m’accompagnent. Ici, elles ont simplement trouvé une batterie, une guitare et des amplis.
Les groupes se succèdent. Puis vient le dernier : Romance, un groupe parisien venu présenter son album Promis ce soir.
Le chanteur a une bonne tête, sympa. Pantalon de ville, chemise à rayures : il a un p’tit quelque chose d’Ian Curtis. Une parenté vestimentaire, une silhouette qui réveille immédiatement quelques souvenirs. Il suffit de peu, parfois. Une façon de se tenir, une coupe de chemise, et des années que l’on croyait rangées au rayon des souvenirs miteux viennent se mettre au premier rang.
La bassiste, elle, retient mon attention par sa voix et son jeu. Excellente musicienne. Mon regard revient vers elle, puis je me surprends à suivre sa ligne de basse au milieu des autres instruments.
Au saxophone alto, un gars en polo rouge foncé. Cheveux noirs un peu longs, bouclés, moustache épaisse et lunettes fumées. Le saxo, ma foi, n’est pas dégueu. Il s’occupe aussi de la boîte à rythmes. Un virtuose de la boîte à rythme ; une p’tite touche électro se glisse dans l’ensemble, discrète, sans prendre toute la place.
Le guitariste est grand, mince, androgyne, les cheveux très longs, ondulé, presque blonds. On le dirait sorti d’un lycée du début des années quatre-vingt : le genre baba cool qui écoute du rock progressif et dont on espère pouvoir emprunter quelques disques. Je lui invente presque une chambre, des pochettes contre un mur, une chaîne hi-fi dont il faudrait surtout ne pas toucher les réglages. J’avais un pote comme ça, un baba cool… Un baba cool qui touchait déjà aux synthétiseurs, ceux de son père, à un moment où Art of Noise débutait à peine sa carrière.
Enfin, le percussionniste. Un grand steak fin, en jean et tee-shirt jaune avec une inscription évoquant New York. Il donne bien le rythme. Je suis placé non loin de lui, alors je l’observe davantage, je le scrute de haut en bas, écoute chacun de ses mots et dissèque son comportement. Quelques attitudes, un air un peu moqueur : je le trouve peu sympathique.
Dans ma tête, la sentence tombe, franchement injuste peut-être :
« Pas encore célèbre et déjà très con. »
Bon. Ce n’est que mon impression, celle d’un spectateur à quelques mètres de lui. Je ne le connais pas. Je lui prête peut-être une arrogance là où il n’y a qu’une façon d’être sur scène. Et ça ne retire rien à la qualité de ce que j’entends.
Parce que Romance me cueille.
Je cesse de détailler les fringues, les têtes, les attitudes. Je tends l’oreille. J’écoute. Je me laisse embarquer. La basse, la voix, le saxophone, cette pulsation électronique : tout trouve sa place, et moi la mienne, debout parmi les autres.
Dans cette petite pièce au fond d’un disquaire, au milieu des corps, des instruments et des bouteilles de bière, quelque chose se remet à circuler. Mon pied marque la mesure. Je ne pense plus au prochain bac à fouiller ni à l’heure qu’il peut être. Je veux entendre la suite.
J’ai kiffé ma race.
L’expression manque peut-être d’élégance, mais elle dit exactement ce qu’elle doit dire.
Dehors, les terrasses doivent encore bruire. Des joggeurs continuent sans doute de remonter les rues, les touristes de chercher leur chemin. Le dimanche poursuit sa course. Moi, je suis là, à quelques mètres d’un groupe que je ne m’attendais pas à entendre, et je souris.
J’étais descendu rue Custine pour chercher des vinyles.
Je repars avec le dernier Romance, 21 €.
J’ai retrouvé mes vingt ans, le temps de quelques titres.
John Ibonoco
John Ibonoco est une voix discrète, entre mémoire et instant présent. À travers ce blog, il propose des textes brefs, des fragments poétiques, des réflexions douces. Il n’écrit pas pour être vu, mais pour être ressenti — convaincu que ce qui compte le plus, ce n’est pas qui écrit, mais ce que les mots éveillent en nous.
ROMANCE – D’la Faute À Moi
Rue Custine, Life in Stereo
Sunday, October 4, 2026, Paris 18th
Sunday already! The weeks keep flying by faster and faster, as if time no longer had time to stop, more and more frantic… but on this particular Sunday, early in the afternoon of October 4, it’s still warm and beautiful out, under a Parisian sun that puts you in a good mood instantly. I quickly pull on my black Vans, with laces that are always way too long and that I have to tuck inside every time so I don’t trip over them as I walk…
I leave 20, rue de la Fontaine-du-But, its cobblestones worn down by the soles of morning passersby on their way to work somewhere in Paris or the suburbs, in a hurry to catch Line 12 at Lamarck–Caulaincourt station, just a few steps up the stairs. Others would rather stop for a drink at Chez Rita or grab a bite before going about their daily, or nightly, business. But never mind! Life is right here, all around this spot: people swarming, coming and going in every direction; it fizzes, it quivers, it rushes every which way.
As for me, I have just one thing on my mind, one very simple thing: to walk down to Balades Sonores, the record shop on rue Pierre-Picard I found online, and dig through the bins of vinyl records. With no other urgency than to let my fingers run across the sleeves, to sniff the air, to soak up all those rock, electro and world music bands pressed up against one another, packed like sardines in record bins from another era, a time when the CD didn’t exist yet. It’s also a good way to waste time. Or to find it again.
It’s October, but summer is putting up a fight, trying to push fall back against the ropes like a boxer in the ring. A frank sun, an almost brazen mildness that slaps you in the face. You know the kind of weather I mean, that easy Sunday weather when everything is fine in your head, the kind that pushes you outside without giving you a chance to look for an excuse. Today, fall will have to wait another week or two. This afternoon, Paris still has its shoulders bare!
A few steps and I reach rue Francœur. I like that name, the way it joins frankness and heart together. I keep going, my stride unhurried. Depending on which way they face, the buildings catch a yellow light that lingers at the edges of the windows to tickle the glass. And between two patches of sun, the shade keeps a light, pleasant coolness. I walk on through this alternation of sun and shade, beneath the trees’ lush green foliage, even though some of them have already lost all their leaves: the summer has been murderous. I wander along calmly, with the feeling that nothing is pressing, and that this alone is worth savoring.
At number 6, La Fémis. This is where they teach the trades of cinema: how to look, how to frame, how to give faces their duration. This Sunday could make a nice film, with no big screenplay and no budget. Someone crosses the street. Someone else stops. A laugh reaches us before the face that let it slip. Life manages pretty well when you let it improvise.
Where the street opens onto rue Caulaincourt, Café Francœur has set its terrace into the scenery. People sit facing the street, as if before a stage where everyone walks on without knowing they’re performing. I pass along the tables, through fragments of conversation. Little phrases whose beginning and end I’ll never know, and which are nonetheless enough to fill the moment.
I quickly turn onto rue Custine. On the corner, L’Ascension bears a name well suited to this neighborhood: here, the streets compare themselves to mountains, and sometimes make you feel it in your calves. What luck! I’ve reached the summit and begin the descent. I let my eyes take in the scenery, the people, the sun, the trees…
Under the big green-leaved trees, sheltered from the sun, the terraces overflow with conversations going off in every direction. Joy is everywhere, around every word. People chatter, swap stories, laugh, knock back glass after glass of wine, smoke cigarettes. Pure carefreeness; it does the soul good. My gaze keeps scanning my surroundings as they roll past at whatever speed I give my body. People leaning toward one another, a glass in hand, busy remaking the world or simply enjoying the afternoon. The light, in thin rays, manages to slip between the leaves, tenderly strokes a cheek, a shoulder, then heads back to the sidewalk.
It’s beautiful out, really beautiful. It’s crazy! And it’s warm, and life feels good. You’d like to keep this exact temperature inside you forever, this mildness in which the body stops wanting anything for a moment.
Life is here, in full motion, all around me.
And so are the joggers.
They come from every side. Young ones, old ones, short ones, potbellied ones. Overequipped marathoners ready to cross three counties in a row without even dropping dead of a heart attack at the finish, and others who seem to be negotiating every stride with their lungs. Smartwatches measure, Bluetooth earbuds isolate, running shoes promise performances yet undreamed of. To each their own pace, their own battle, their own life.
Me, I’m walking. Today, that suits me just fine.
This time, I’ll leave them the stopwatch. I’ll keep the afternoon.
Rue Becquerel opens a way out toward the heights. Further on, rue Lambert joins Custine. I look at these side streets branching off and picture all the detours they offer. Montmartre knows how to make you want to go elsewhere even when you’re perfectly fine where you are. Is adventure waiting at the end of the street?
The tourists add their voices to those of the neighborhood and to the murmurs it has stored up over its history. Eugène Varlin surely crossed paths with Louise Michel as she came down this way, rifle in hand. Foreign accents meet, mingle, and form a whirlwind of sound that rushes down rue Custine. As the street slopes downward, the faces change, and the languages too. Paris tells its story over a few hundred yards of sidewalk.
That’s the 18th, too: people from just about everywhere, crossing paths, brushing shoulders, and sometimes, maybe, ending up exchanging a few words. I catch an intonation, a foreign accent, a burst of laughter, a few words immediately carried off by the growing distance between us as I keep heading toward my goal, my target for the afternoon: scoring a good record. A few words that evaporate into the warm air, pieces of lives in which I’ll only ever be a passerby.
I reach rue de Clignancourt and push on, in a hurry, toward rue Pierre-Picard. The shop windows draw the eye; silhouettes come closer, overtake one another, drift apart. At the Café du Commerce, yet another terrace, more conversations settling in comfortably. A city holds together through this too: a few chairs on a sidewalk, and people who still find something to tell each other.
Then, at last, I turn onto rue Pierre-Picard.
At number 8, Balades Sonores.
Outside the shop, a crowd. Quite a crowd, actually. More young people than fifty-somethings. Green bottles of Heineken in hand, nice and cold. I don’t understand right away what’s going on in this shop. I expected to find a record store; apparently, there’s something extra on the program.
I go in.
Rock music pours out of the speakers. At the register, a guy in glasses and an orange polo shirt is ringing people up. Probably the owner. He rings them up, and up, and up. Business is booming.
Vinyl records everywhere. A few CDs, audio cassettes from another age. Turntables set down here and there, amps, old radios, VCRs. A whole memory of the objects we used to listen, to watch, to rewind our lives.
I find something familiar in all this clutter, like the scent of a bygone era that I see coming back to life before my eyes. A time when music took up space. When it weighed down a bag, gathered dust on a shelf, got lent out, passed from hand to hand with recommendations that sounded like warnings: “Be careful with that one, it means a lot to me.”
Finding what you’re looking for here is total chaos.
You have to dig, bend down, shift your eyes from one bin to the next. Lots of new stuff, sometimes at prices that make you want to gently set the sleeve back down. A bit of secondhand. I look, I search, I let myself get sidetracked. An image catches me, a name reminds me of something else. With records, you think you’re looking for an album and you stumble onto an entire year.
At the back, in another room, a band sets up and starts to play.
The singer pushes her voice a little too hard. Nice enough, nothing more. Something between offbeat hipster intellectual and nostalgia for a poetic, half-political rock. I stay, I listen. Around me, the reunions go on:
“Hey, how’re you doing?”
“Good, man. I moved back to Paris.”
“We’ve got a few gigs lined up…”
“Oh, not bad…”
The conversations slip in between songs, sometimes spill over them. People talk close to each other’s ears, recognize one another over a shoulder, raise a bottle to greet someone. Since rue Custine, voices have been keeping me company. Here, they’ve simply found a drum kit, a guitar and some amps.
The bands follow one after another. Then comes the last one: Romance, a Paris band here to present their album Promis tonight.
The singer has a good face, a friendly one. Dress pants, striped shirt: he’s got a little something of Ian Curtis about him. A sartorial kinship, a silhouette that instantly awakens a few memories. Sometimes it takes very little. A way of standing, the cut of a shirt, and years you thought had been filed away under shabby old memories come and take a seat in the front row.
The bassist, for her part, holds my attention with her voice and her playing. An excellent musician. My eyes keep coming back to her, and I catch myself following her bass line through the other instruments.
On alto sax, a guy in a dark red polo shirt. Black hair, a little long and curly, a thick mustache and tinted glasses. The sax, I have to say, isn’t half bad. He also handles the drum machine. A drum machine virtuoso; a little touch of electro slips into the mix, discreet, without taking over.
The guitarist is tall, slim, androgynous, with very long, wavy, almost blond hair. He looks like he’s stepped out of an early-eighties high school: the hippie type who listens to prog rock and whose records you hope to borrow. I almost invent a bedroom for him, album sleeves against a wall, a hi-fi system whose settings must never, ever be touched. I had a buddy like that, a hippie type… A hippie who was already messing around with synthesizers, his father’s, at a time when Art of Noise was barely starting out.
Finally, the percussionist. A tall, skinny beanpole in jeans and a yellow T-shirt with something about New York printed on it. He keeps the rhythm well. I’m standing not far from him, so I watch him more closely, look him up and down, listen to every word he says and dissect his behavior. A few attitudes, a slightly mocking air: I find him rather unlikable.
In my head, the verdict comes down, maybe frankly unfair:
“Not famous yet and already a total jerk.”
Well. That’s just my impression, the impression of a spectator a few yards away. I don’t know him. Maybe I’m reading arrogance into what is simply a way of being onstage. And it takes nothing away from the quality of what I’m hearing.
Because Romance wins me over.
I stop picking apart the clothes, the faces, the attitudes. I lend an ear. I listen. I let myself be carried away. The bass, the voice, the saxophone, that electronic pulse: everything falls into place, and so do I, standing among the others.
In this little room at the back of a record store, among the bodies, the instruments and the beer bottles, something starts flowing again. My foot taps the beat. I’m no longer thinking about the next bin to dig through or what time it might be. I want to hear what comes next.
I loved the hell out of it.
The expression may lack elegance, but it says exactly what it needs to say.
Outside, the terraces must still be buzzing. Joggers are no doubt still running up the streets, tourists still looking for their way. Sunday goes on its way. Me, I’m right here, a few yards from a band I never expected to hear, and I’m smiling.
I’d walked down rue Custine to look for vinyl records.
I’m leaving with the latest Romance album, €21.
I got my twenties back, for the length of a few songs.
John Ibonoco
Été 85, on n’avait même pas encore vingt ans, les fenêtres ouvertes, la radio qui jouait des sons trop fort, et la nuit devant nous comme une route qui ne finirait jamais, un peu comme celle de Jack Kerouac et ses potes de la beat generation bien des décennies avant…
…et puis cette voix, cette voix puissante qui montait, se brisait, riait, rugissait, repartait ailleurs, une voix qui n’avait semblait n’avoir jamais demandé la permission à personne d’exister, de s’exprimer, posée
Le disque était sorti l’année d’avant, presque en silence, et soudain Marcia Baïla partout, dans les voitures, les fêtes, les chambres d’étudiants — une claque monumentale, de celles qui ne s’effacent pas. Il avait fallu attendre la diffusion de son clip devenu mythique à la télévision en juin pour que ce titre explose et devienne le tube de l’été 85.
Tous ! On dansait tous sur cette musique de dingue, chantée et jouée par deux dingues avec Fred à côté de Catherine, maigre, oblique, la guitare en travers, presque l’air de s’excuser d’être génial. Et nous ? On dansait sans savoir… sans savoir que c’était un chant de deuil, qu’on célébrait une morte en sautant dans tous les sens, mais c’était peut-être ça, la leçon : danser quand même ! danser la vie même quand la mort nous entoure ! danser l’été, danser l’hiver…
Puis vint l’hiver 88 et Singing in the Shower, Catherine et Russell Mael de Sparks se renvoyant la voix sous une averse électrique. Quel titre ! Une autre claque ! Un autre registre mais tout aussi puissant et décalé. qui marque la rencontre de deux familles d’excentriques : d’un côté le duo parisien, de l’autre les frères Mael, Ron et Russell, qui font de Sparks depuis les années 70 un objet pop inclassable.
Singing in the Shower est un titre volontairement trivial. C’est justement ce qui en fait son originalité : l’endroit le plus intime, le plus banal, devient une scène. Chanter faux ou juste, peu importe, pourvu qu’on chante pour soi, librement. On retrouve là la leçon des Rita depuis Marcia Baïla : la légèreté n’est jamais une fuite, c’est une manière de tenir debout.
Fred est parti le premier. Elle a continué seule, portant leurs chansons comme on porte une lampe dans un long couloir. Et la voilà partie à son tour, un soir de septembre, emportant avec elle une partie de notre jeunesse.
John Ibonoco
C’était seulement un jeu d’amants
Maintenant, nous sommes pris au piège dans le monde de nos rêves
Tous les mêmes comme les pluies nocturnes
Tous les mêmes comme le bruit de la mer
Je ne me ferai pas de soucis pour ça
Nous nous sentons propres
Un peu à l’étroit comme nous chantons
Sous la douche ce soir
Regarde l’eau et ressens la vapeur
Comme elle s’enroule autour de toi et moi
Se sentir sale et se sentir propre
Dans notre imagination
Nous pourrions rester ici un million d’années
Ne jamais connaître le monde et ses jeux
L’eau chaude rouge évanouit la peur
Les rouges baisers brûlants nous rendent fous
refrain
Nous pourrions rester ici un million d’années
Ne jamais connaître le monde et ses jeux
Ici nous sommes comme une chorale nuer
Dans une église totalement en feu
Les Rita Mitsouko
Duo formé à Paris à la fin des années 70 par Catherine Ringer (1957-2026) et Fred Chichin (1954-2007), compagnons à la scène comme à la ville. Issus de la scène alternative, ils publient en 1984 un premier album produit par Conny Plank, révélé l’année suivante par Marcia Baïla. Suivent The No Comprendo (1986), Victoire de l’album de l’année, puis Marc et Robert (1988), tous deux produits par Tony Visconti. Mêlant rock, électro, punk et théâtre, ils ont inventé une pop française libre et inclassable.
Sparks
Groupe américain fondé à Los Angeles par les frères Ron (claviers, compositions) et Russell Mael (chant). Révélés en 1974 par This Town Ain’t Big Enough for Both of Us, ils se réinventent en 1979 avec Giorgio Moroder sur No. 1 in Heaven, album pionnier de la pop électronique. Cultes, ironiques, sans cesse renouvelés, ils signent en 2021 le scénario et la musique d’Annette de Leos Carax.
Summer of ’85. We weren’t even twenty yet. The windows were wide open, the radio was blasting music way too loud, and the night stretched out ahead of us like a road that would never end, a little like the one Jack Kerouac and his Beat Generation friends had traveled decades before…
…and then that voice, that powerful voice that soared, cracked, laughed, roared, and veered off somewhere else, a voice that seemed never to have asked anyone’s permission to exist, to speak its mind. Poised.
The record had come out the year before, almost in silence, and suddenly « Marcia Baïla » was everywhere: in cars, at parties, in college dorm rooms. It hit us like a thunderclap, the kind of shock that never fades. It took the TV broadcast of its now-legendary video in June for the song to take off and become the hit of the summer of ’85.
All of us! We all danced to that crazy music, sung and played by two wild ones, with Fred beside Catherine: skinny, slanted, guitar slung crosswise, almost looking as if he were apologizing for being a genius. And us? We danced without knowing… without knowing it was a song of mourning, that we were celebrating a woman who had died while we jumped around like mad. But maybe that was the lesson: dance anyway! Dance life, even when death is all around! Dance the summer, dance the winter…
Then came the winter of ’88 and « Singing in the Shower, » Catherine and Sparks’ Russell Mael tossing their voices back and forth in an electric downpour. What a song! Another thunderclap! A different register, but just as powerful and offbeat. It marked the meeting of two families of eccentrics: on one side, the Parisian duo; on the other, the Mael brothers, Ron and Russell, who since the ’70s have made Sparks an unclassifiable pop phenomenon.
« Singing in the Shower » is deliberately trivial, and that is precisely what makes it original: the most intimate, most ordinary place becomes a stage. Off-key or in tune, it doesn’t matter, as long as you sing for yourself, freely. Here again is the lesson the Rita Mitsouko had been teaching since « Marcia Baïla »: lightness is never an escape; it’s a way of standing tall.
Fred went first. She carried on alone, holding their songs the way you carry a lamp down a long hallway. And now she too is gone, one evening in September, taking a part of our youth with her.
John Ibonoco
It was only a lover’s game
Now we’re trapped in the world of our dreams
All the same as the evenings rain
All the same as the sound of the sea
I wouldn’t worry ’bout it
We’re feelin’ clean
A little crowded as we’re singing
In the shower tonight
See the water and feel the steam
As it’s winding around you and me
Feeling dirty and feeling clean
In the center of our fantasy
We could stay here a million years
Never knowing the world and its games
Red hot water dissolves the fear
Red hot kisses drive us insane
[Chorus]
We could stay here a million years
Never knowing the world and its games
Here we are like a naked choir
In a church that’s completely in flames
Les Rita Mitsouko
A duo formed in Paris in the late ’70s by Catherine Ringer (1957–2026) and Fred Chichin (1954–2007), partners on stage and in life. Emerging from the alternative scene, they released a debut album produced by Conny Plank in 1984, which broke through the following year with « Marcia Baïla. » It was followed by The No Comprendo (1986), which won France’s Victoire for Album of the Year, and Marc et Robert (1988), both produced by Tony Visconti. Blending rock, electronics, punk, and theater, they invented a free-spirited, unclassifiable brand of French pop.
Sparks
An American band founded in Los Angeles by brothers Ron (keyboards, songwriting) and Russell Mael (vocals). They broke through in 1974 with « This Town Ain’t Big Enough for Both of Us, » then reinvented themselves in 1979 with Giorgio Moroder on No. 1 in Heaven, a pioneering electronic pop album. Cult favorites, ironic and endlessly inventive, they wrote the screenplay and music for Leos Carax’s Annette in 2021.
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Voilà combien de jours, voilà combien de nuits,
Dis, quand reviendras-tu,
Le printemps s’est enfui depuis longtemps déjà,
Dis, quand reviendras-tu,
J’ai beau t’aimer encore, j’ai beau t’aimer toujours,
Dis, quand reviendras-tu,
Monique Andrée Serf, dite Barbara (1930 – 1997) est une auteure-compositrice-interprète française. Ses chansons et sa poésie sont devenue des classiques de la chanson française.
TELL ME WHEN WILL YOU COME BACK?
Say, when will you be back?
Spring has long since passed,
Say, when will you be back?
I may still love you, I may still love you,
Say, when will you be back?
(Réédition)
Home sweet home
https://ibonoco.com/wp-content/uploads/2018/08/10-san-francisco.m4a
Maxime Le Forestier – San Francisco
J’ai cherché longtemps. J’ai cherché longtemps une maison. Je voulais une maison avec une cheminée, un jardin, et une grande cuisine avec en son centre une belle grande table. Une grande table, longue avec tout plein de chaises autour. Des chaises pour recevoir la vie, des invités, manger, rire, déconner, entendre les murmures de la joie quand celle-ci s’échappe des lèvres de tous ces visages radieux.
J’ai rêvé longtemps de ma vie. Quelle serait ma vie ? Allait-elle être plus difficile que celles de mes parents ? Je l’avais rêvée facile quant à sa sa manière de traverser les âges, le temps. Le travail serait une simple formalité, le mariage, une étape comme une autre, tout comme l’armée ou le permis de conduire, et les enfants, des étoiles dans le ciel.
J’ai payé pendant longtemps. J’ai payé pendant trop longtemps toutes ces foutaises… en persistant bien trop souvent dans l’erreur. Être un hidalgo, être fier quand on a tort, cela fait du bien mais c’est surtout très con. Mais moi, je voulais une maison, une grande maison, ouverte, pour entendre les autres discuter, boire un coup avec eux, avec une chambre pour chacun des enfants.
J’ai une grande maison. Elle est presque vide. Les gens sont partis. Ils sont tous partis. Les enfants eux aussi, une semaine sur deux. Même leurs amis ne viennent plus. Mais dans cette maison, j’ai trouvé une autre maison, bien plus grande, bien plus belle et généreuse. Une maison toute blonde avec des yeux verts, une maison avec un joli petit cul et des des seins magnifiques, bombés fièrement en avant. Et je n’oublie pas la beauté de sa peau, très claire, le soir, quand elle se tient près de la petite fenêtre de ma chambre, sous le toit.
Et dans cette maison, j’entends à nouveau le refrain de ces belles journées de printemps qui ne cherchent qu’à revenir nicher dans un des quatre coins de ma grande cuisine. J’arrive à nouveau à percevoir le cri des rires, la lumière et la chaleur des amitiés qui ne demandent qu’à entrer. J’entends les battements de son corps et la douceur de son être. Je reçois son amour avec bonheur même si parfois j’oublie que je peux voir. Elle m’a dit un jour : « Ce n’est pas la maison qui fait l’Homme mais l’Homme qui fait la maison. » Le voyage a été long, très long, plus de vingt ans. Aujourd’hui, je rentre chez moi, je rentre à la maison, enfin… C’est elle ma maison.
John Ibonoco – 2018
John Ibonoco est une voix discrète, entre mémoire et instant présent. À travers ce blog, il propose des textes brefs, des fragments poétiques, des réflexions douces. Il n’écrit pas pour être vu, mais pour être ressenti — convaincu que ce qui compte le plus, ce n’est pas qui écrit, mais ce que les mots éveillent en nous.
Home sweet home
https://ibonoco.com/wp-content/uploads/2018/08/10-san-francisco.m4a
Maxime Le Forestier – San Francisco
I looked for a long time. I looked for a house for a long time. I wanted a house with a fireplace, a garden, and a big kitchen with a nice big table in the middle. A big, long table with lots of chairs around it. Chairs to receive life, guests, to eat, to laugh, to have fun, to hear the murmurs of joy when it escapes from the lips of all those radiant faces.
I dreamed of my life for a long time. What would my life be like? Was it going to be more difficult than my parents’? I had dreamed it would be easy in its way of passing through the ages, through time. Work would be a mere formality, marriage a step like any other, just like the army or the driver’s license, and children, stars in the sky.
I paid for a long time. I have paid for too long for all this bullshit… by persisting far too often in the error. Being a hidalgo, being proud when you’re wrong, it feels good but it’s mostly very stupid. But I wanted a house, a big house, open, to hear others talk, to have a drink with them, with a room for each child.
I have a big house. It’s almost empty. People have left. They are all gone. The children too, every other week. Even their friends don’t come anymore. But in this house, I found another house, much bigger, much more beautiful and generous. A house with blonde hair and green eyes, a house with a nice little ass and beautiful breasts, bulging proudly in front. And I don’t forget the beauty of her skin, very clear, in the evening, when she stands near the small window of my room, under the roof.
And in this house, I can hear again the refrain of those beautiful spring days that are just looking to come back to nest in one of the four corners of my big kitchen. I can once again hear the cry of laughter, the light and warmth of friendships just waiting to come in. I hear the beating of his body and the softness of his being. I receive her love with happiness even if sometimes I forget that I can see. She told me one day: « It is not the house that makes the Man but the Man that makes the house. « The journey has been long, very long, more than twenty years. Today, I am going home, I am going back home, finally… She is my home.
By John Ibonoco – 2018
John Ibonoco is a quiet voice that drifts between memory and the present moment. Through this blog, he offers brief texts, poetic pieces, and soft reflections. He writes not to be seen, but to be felt — convinced that what matters most isn’t who writes the words, but what they awaken in you
« L’avantage d’être intelligent, c’est qu’on peut toujours faire l’imbécile, alors que l’inverse est totalement impossible. »
Citation souvent attribuée à Woody Allen
The Doors – People are strage
On la croise partout : sur les réseaux, dans les recueils, sur les murs et jusque sur les stickers muraux…
« L’avantage d’être intelligent, c’est qu’on peut toujours faire l’imbécile, alors que l’inverse est totalement impossible. »
Signée Woody Allen. Sauf !!!! qu’il ne l’a ni écrite ni prononcée. Sa véritable histoire commence ailleurs, quarante ans plus tôt, dans un quotidien régional du nord de l’Allemagne.
La première trace connue de l’aphorisme apparaît le 11 octobre 1971, en page 4 de l’édition d’Oldenbourg de la Nordwest Zeitung, à la rubrique « Spruch des Tages » — la pensée du jour. Aucun auteur n’est mentionné. C’est le chercheur autrichien Gerald Krieghofer qui a retrouvé cette occurrence en dépouillant chronologiquement la presse de langue allemande.
Dans sa forme d’origine, la phrase dit :
« Der Vorteil der Klugheit liegt darin, dass man sich dumm stellen kann. Das Gegenteil ist schon schwieriger. »
Soit, littéralement : L’avantage de l’intelligence, c’est qu’on peut faire semblant d’être bête. L’inverse est déjà plus difficile.
Le même journal la reprend le 7 mai 1974. La formule entre la même année dans un recueil, Die treffende Pointe de Markus M. Ronner (Ott Verlag, Thoune, 1974, p. 52), puis dans les grands dictionnaires de citations allemands : le Duden — Zitate und Aussprüche en 1993, le Harenberg Lexikon der Sprichwörter und Zitate en 1997. À chaque étape, elle gagne en légitimité ce qu’elle perd en traçabilité.
Très vite, un nom s’accroche à la phrase : Kurt Tucholsky. Le rapprochement se comprend. Satiriste de la République de Weimar, collaborateur de la Weltbühne, Tucholsky était un maître de l’aphorisme bref et grinçant. La formule lui ressemble.
Elle n’est pourtant nulle part dans son œuvre. Friedhelm Greis, sur son Sudelblog consacré à l’écrivain, a passé au crible textes et correspondance sans jamais la trouver. Le détail chronologique suffirait d’ailleurs : Tucholsky est mort le 21 décembre 1935 à Göteborg, trente-six ans avant la première occurrence connue.
L’attribution a la vie dure. En espagnol, la version « Tucholsky » circule aujourd’hui plus encore qu’en allemand ou en anglais.
Le glissement vers Woody Allen est récent et parfaitement daté. La version française attribuée au cinéaste apparaît sur Twitter en 2007, l’italienne en 2008, l’anglaise seulement en 2009. La France et l’Italie sont les deux pays où l’attribution s’est imposée.
Or on ne trouve la phrase dans aucun de ses films, livres, spectacles ou entretiens. Son auteur reste inconnu.
C’est peut-être le plus intéressant. En passant les frontières, l’aphorisme n’a pas seulement changé de père : il a changé de nature.
L’allemand pratique la litote. Das Gegenteil ist schon schwieriger — « l’inverse est déjà plus difficile » — est une remarque en coin, presque un haussement d’épaules. Les versions latines, elles, durcissent la chute : totalement impossible, del tutto impossibile. La discrétion devient axiome.
Le vocabulaire se déplace de la même façon. Klugheit, qui tient autant de la sagacité que de l’intelligence, devient « être intelligent ». Sich dumm stellen, faire semblant d’être bête, devient « faire l’imbécile », plus théâtral, plus proche du numéro comique. Autrement dit : la phrase a été retaillée pour la bouche qu’on voulait lui prêter.
L’anglais conserve d’ailleurs les deux états. Une version fidèle à l’allemand : The advantage of being intelligent is that you can pretend to be stupid. The opposite is rather difficult. Et la version « Woody Allen », apparue en 2009 : The advantage of being smart is that you can always act like an idiot, but the opposite is completely impossible.
Une citation orpheline se laisse remodeler sans résistance. C’est même à cela qu’on la reconnaît.
L’attribution n’est pas une preuve, mais elle est une lecture. Si des milliers de gens ont spontanément placé cette phrase dans sa bouche, c’est qu’elle occupe le registre qu’il a rendu familier : l’intelligence vécue comme un encombrement, l’ironie retournée contre soi, le bon mot qui protège d’un aveu. Le faux attributaire dit quelque chose de juste sur le texte, même quand il ment sur son origine.
Allan Stewart Konigsberg naît à l’hôpital Mount Eden, dans le Bronx, le 30 novembre 1935 selon son autobiographie, le 1er décembre selon la plupart des encyclopédies. Il grandit à Midwood, Brooklyn. Adolescent, il vend déjà des plaisanteries à des chroniqueurs de presse, puis écrit pour la télévision — notamment pour Sid Caesar. Il monte sur scène comme humoriste au début des années 1960, passe à la réalisation en 1969 avec Prends l’oseille et tire-toi.
Suivront Annie Hall, Manhattan, Hannah et ses sœurs, Match Point, Minuit à Paris, et un univers reconnaissable entre tous : humour névrotique, amours compliquées, psychanalyse, peur de la mort, fascination pour New York. Il détient le record de nominations à l’Oscar du meilleur scénario original — seize, pour trois statuettes. Clarinettiste, auteur de recueils humoristiques, il aura travaillé sur huit décennies.
Kurt Tucholsky meurt à Göteborg le 21 décembre 1935. Woody Allen naît à New York quelques semaines plus tôt, la même année. Rien d’autre qu’une coïncidence, bien sûr. Mais l’aphorisme, lui, aura mis un demi-siècle à passer de l’un à l’autre, sans jamais avoir appartenu ni au premier ni au second.
Il reste ce qu’il a toujours été : une pensée du jour, dans un journal d’Oldenbourg, sans signature.
Sources principales
John Ibonoco
“The advantage of being smart is that you can always play dumb. The reverse is simply impossible.”
Often attributed to Woody Allen
The Doors – People are strage
You’ve seen it everywhere: on social media, in quotation collections, on wall decals…
« The advantage of being smart is that you can always act like an idiot, but the opposite is completely impossible. »
Signed Woody Allen. Except !!!! he never wrote it or said it. Its real story starts somewhere else, forty years earlier, in a regional newspaper in northern Germany.
The earliest known trace of the aphorism appears on October 11, 1971, on page 4 of the Oldenburg edition of the Nordwest Zeitung, in the « Spruch des Tages » column — thought of the day. No author is named. The Austrian researcher Gerald Krieghofer found it by working chronologically through the German-language press.
In its original form, the line reads:
« Der Vorteil der Klugheit liegt darin, dass man sich dumm stellen kann. Das Gegenteil ist schon schwieriger. »
Literally: The advantage of being clever is that you can act stupid. The other way around is rather harder.
The same paper ran it again on May 7, 1974. That same year it entered a collection, Markus M. Ronner’s Die treffende Pointe (Ott Verlag, Thun, 1974, p. 52), and from there the major German quotation dictionaries: Duden — Zitate und Aussprüche in 1993, the Harenberg Lexikon der Sprichwörter und Zitate in 1997. At every step it gained authority and lost its paper trail.
A name attached itself early: Kurt Tucholsky. You can see why. A satirist of the Weimar Republic and a contributor to Die Weltbühne, Tucholsky was a master of the short, sour aphorism. The line sounds like him.
It appears nowhere in his work. Friedhelm Greis, on his Sudelblog devoted to the writer, went through the texts and the correspondence and never found it. The chronology alone would settle the matter: Tucholsky died in Gothenburg on December 21, 1935, thirty-six years before the first known appearance.
The attribution has proved durable. In Spanish, the Tucholsky version circulates even more widely today than it does in German or English.
The shift to Woody Allen is recent and precisely datable. The French version credited to the filmmaker shows up on Twitter in 2007, the Italian in 2008, the English only in 2009. France and Italy are where the attribution took hold.
And the line turns up in none of his films, books, stand-up routines, or interviews. Its author remains unknown.
This may be the most interesting part. Crossing borders, the aphorism didn’t just change fathers. It changed character.
The German goes in for understatement. Das Gegenteil ist schon schwieriger — « the other way around is rather harder » — is a remark made out of the side of the mouth, closer to a shrug than a claim. The Romance versions sharpen the punch line: totalement impossible, del tutto impossibile. Restraint turns into axiom.
The vocabulary shifts the same way. Klugheit, which covers shrewdness as much as intelligence, becomes « being smart. » Sich dumm stellen, to play dumb, becomes faire l’imbécile — playing the fool, more theatrical, closer to a comic routine. Which is to say: the line was recut to fit the mouth it was meant for.
English preserves both states. One version stays close to the German: The advantage of being intelligent is that you can pretend to be stupid. The opposite is rather difficult. The other, the Woody Allen version that surfaced in 2009, is the one quoted at the top of this piece.
An orphaned quotation offers no resistance to reshaping. That’s how you recognize one.
The attribution isn’t evidence, but it is a reading. If thousands of people instinctively put this line in his mouth, it’s because it sits in the register he made familiar: intelligence as a burden, irony turned back on the self, the wisecrack that heads off a confession. The wrong author says something true about the text even while lying about where it came from.
Allan Stewart Konigsberg was born at Mount Eden Hospital in the Bronx on November 30, 1935, according to his memoir; December 1, according to most encyclopedias. He grew up in Midwood, Brooklyn. As a teenager he was already selling jokes to newspaper columnists, then writing for television, including for Sid Caesar. He went onstage as a stand-up in the early 1960s and moved behind the camera in 1969 with Take the Money and Run.
Then came Annie Hall, Manhattan, Hannah and Her Sisters, Match Point, Midnight in Paris, and a world recognizable at a glance: neurotic humor, complicated love affairs, psychoanalysis, fear of death, an obsession with New York. He holds the record for Academy Award nominations for Best Original Screenplay — sixteen, for three wins. A clarinetist and the author of several humor collections, he has worked across eight decades.
Kurt Tucholsky died in Gothenburg on December 21, 1935. Woody Allen was born in New York a few weeks earlier, the same year. Nothing more than a coincidence, of course. But the aphorism took half a century to travel from one to the other, having belonged to neither.
It remains what it always was: a thought of the day, in an Oldenburg newspaper, unsigned.
Main sources
John Ibonoco
Il est loin le temps des crooners, des voix en or faisant vibrer le coeur des femmes le temps d’une chanson ou d’un petit pas de danse… d’une belle déclaration d’amour ou d’un simple petit sourire qui veut dire : « je t’aime »…
EMMENE-MOI SUR LA LUNE
Emmène-moi sur la lune
Emplis mon cœur de chants
Francis Albert Sinatra, Frank Sinatra (1915 – 1998) est un célèbre chanteur, acteur et producteur de musique américain. Franck Sinatra que l’on surnommera La Voix (The Voice) ou Le gangster d’Hoboken en raison de ses prétendues relations avec la mafia, est le crooner américain le plus connu au monde et ayant vendu le plus de disques soit150 millions d’albums vendus
It is far away the time of crooners, golden voices that make women’s hearts vibrate with a song or a little dance step… a beautiful declaration of love or a simple little smile that means: « I love you »…
https://ibonoco.com/wp-content/uploads/2019/12/fly-me-to-the-moon-remastered.mp3
FLY ME TO THE MOON
Fly me to the moon
Fill my heart with song
Francis Albert Sinatra, Frank Sinatra (1915 – 1998) is a famous American singer, actor and music producer. Franck Sinatra, who will be nicknamed The Voice or Hoboken’s gangster because of his alleged relations with the mafia, is the most famous American crooner in the world and has sold the most records, selling 150 million album
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