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Modification du regard, ouverture des champs des possibles, c’est ce qu’a initié La Renaissance et les deux figures dont nous allons parlé aujourd’hui. La Renaissance a instauré un nouveau rapport au savoir. Au fondement de celui-ci il y a la science qui met l’homme en relation avec la Nature.
Il faut nous arrêter d’abord sur Nicolas de Cues (1401-1464) qui fut, selon Cassirer, le représentant par excellence de cet esprit renaissant, le premier à bâtir une théorie de la connaissance et le seul, dit-il, à nous donner du paysage de la Renaissance une vue d’ensemble. Dans son grand livre de 1906, Individu et Cosmos dans la philosophie de la Renaissance, Cassirer accorde une place prédominante au Cusain. En s’intéressant au sujet et à la manière dont celui-ci appréhende le monde, il montre comment N. de Cues redéfinit à la fois la place de la Nature et celle de Dieu dans la théorie de la connaissance.
Les théories de N. de Cues sont en effet déterminantes en ce qu’elles ramènent l’attention de la transcendance vers l’immanence, vers le monde. Dans la mesure où le fini ne saurait se mesurer à l’infini, on ne peut, dit-il, rapporter l’un à l’autre. Ce qui revient en réalité à affirmer l’autonomie du monde par rapport à Dieu. L’image que nous en avons est un effet de notre esprit. Et N. de Cues place ainsi les mathématiques au centre du savoir. Enfin, il déduit que l’Idée doit être recherchée dans l’expérience.
C’est donc à partir de lui que naissent à la fois une nouvelle conception de la cosmologie et du savoir.
Cassirer voit en Nicolas de Cues celui qui va permettre l’édification des théories de Kepler lequel mettra en rapport les mathématiques et la physique dans ses calculs sur l’orbite des planètes et de celles de Galilée défendant la théorie copernicienne d’un univers centré sur le soleil autour duquel tourne la Terre, mais également l’inspirateur de Giordano Bruno.
De ce dernier on retient surtout que ses théories, souvent éclectiques en réalité, lui valurent une condamnation à mort par l’Inquisition. La pensée de Bruno, né en 1548 et mort en 1600, est fascinante à la fois par sa capacité de conceptualisation et la puissance de son imagination. Bruno emprunte à Copernic l’idée que la terre tourne autour du Soleil mais il affirme l’existence d’une infinité de mondes changeants et possiblement semblables à la terre au sein de l’Univers. Selon lui en effet une cause infinie ne saurait se limitée à des effets finis : c’est pourquoi il existe une pluralité des mondes. C’est parce qu’il remet ainsi en cause le récit de la Genèse et l’utilité de la figure du Fils de Dieu, qu’il sera brulé vif par l’Inquisition sur le Campo dei Fiori à Rome où l’on peut aujourd’hui encore voir sa statue, à l’issue d’un procès qui aura duré 8 ans. Dix ans après sa mort ses découvertes seront confirmées par Galilée qui échappera à la sentence de mort en abjurant en 1633. G. Bruno affirme que Dieu se trouve compris dans le déploiement des choses qui peuplent notre monde. C’est la naissance du panthéisme.
L’idée de la pluralité des mondes fera fortune. On connaît le célèbre ouvrage de Fontenelle en 1686, Entretien sur la pluralité des mondes, mais aussi l’influence que cette idée aura sur les romantiques comme Novalis, G. de Nerval ou Percy Shelley.
Le monde, dit Bruno, possède une âme. C’est l’âme du monde qui séduira tant les Romantiques au début du XIXème siècle, Schelling en particulier, chez qui le cosmos est animé par une force d’amour. Il y aurait ainsi un artiste, l’esprit du monde, qui en définirait la forme, agissant sur la matière et qui se retrouve dans les monades, ces éléments qui le composent. G. Bruno réinterprète la philosophie de Platon en réintégrant les Idées dans un rapport concret avec la Nature, plaçant l’homme au centre du processus de connaissance, comme le fera L. de Vonci avec l’homme universel.
Aujourd’hui G. Bruno incarne la figure de la transgression, celui qui a refusé l’autorité pour dépasser les limites du savoir. Cela l’a conduit à énoncer non seulement une nouvelle physique mais également une nouvelle poétique car le fait même que nous nous mouvions dans une infinité de mondes dépourvus de centre, fait qu’il n’existe pas de règles immuables, pas plus en morale que dans l’art d’écrire. Les Idées sont donc empreintes non seulement d’une force de persuasion argumentative mais plus encore d’une force poétique. C’est cette richesse du monde qui se présente à nous que le langage doit s’efforcer de saisir. D’où cet avertissement qu’il lança aux juges qui le condamnèrent et qui raisonne encore aujourd’hui : « Vous qui prononcez contre moi cette sentence, vous avez peut-être plus peur que moi qui la subis ».
By RCJModification du regard, ouverture des champs des possibles, c’est ce qu’a initié La Renaissance et les deux figures dont nous allons parlé aujourd’hui. La Renaissance a instauré un nouveau rapport au savoir. Au fondement de celui-ci il y a la science qui met l’homme en relation avec la Nature.
Il faut nous arrêter d’abord sur Nicolas de Cues (1401-1464) qui fut, selon Cassirer, le représentant par excellence de cet esprit renaissant, le premier à bâtir une théorie de la connaissance et le seul, dit-il, à nous donner du paysage de la Renaissance une vue d’ensemble. Dans son grand livre de 1906, Individu et Cosmos dans la philosophie de la Renaissance, Cassirer accorde une place prédominante au Cusain. En s’intéressant au sujet et à la manière dont celui-ci appréhende le monde, il montre comment N. de Cues redéfinit à la fois la place de la Nature et celle de Dieu dans la théorie de la connaissance.
Les théories de N. de Cues sont en effet déterminantes en ce qu’elles ramènent l’attention de la transcendance vers l’immanence, vers le monde. Dans la mesure où le fini ne saurait se mesurer à l’infini, on ne peut, dit-il, rapporter l’un à l’autre. Ce qui revient en réalité à affirmer l’autonomie du monde par rapport à Dieu. L’image que nous en avons est un effet de notre esprit. Et N. de Cues place ainsi les mathématiques au centre du savoir. Enfin, il déduit que l’Idée doit être recherchée dans l’expérience.
C’est donc à partir de lui que naissent à la fois une nouvelle conception de la cosmologie et du savoir.
Cassirer voit en Nicolas de Cues celui qui va permettre l’édification des théories de Kepler lequel mettra en rapport les mathématiques et la physique dans ses calculs sur l’orbite des planètes et de celles de Galilée défendant la théorie copernicienne d’un univers centré sur le soleil autour duquel tourne la Terre, mais également l’inspirateur de Giordano Bruno.
De ce dernier on retient surtout que ses théories, souvent éclectiques en réalité, lui valurent une condamnation à mort par l’Inquisition. La pensée de Bruno, né en 1548 et mort en 1600, est fascinante à la fois par sa capacité de conceptualisation et la puissance de son imagination. Bruno emprunte à Copernic l’idée que la terre tourne autour du Soleil mais il affirme l’existence d’une infinité de mondes changeants et possiblement semblables à la terre au sein de l’Univers. Selon lui en effet une cause infinie ne saurait se limitée à des effets finis : c’est pourquoi il existe une pluralité des mondes. C’est parce qu’il remet ainsi en cause le récit de la Genèse et l’utilité de la figure du Fils de Dieu, qu’il sera brulé vif par l’Inquisition sur le Campo dei Fiori à Rome où l’on peut aujourd’hui encore voir sa statue, à l’issue d’un procès qui aura duré 8 ans. Dix ans après sa mort ses découvertes seront confirmées par Galilée qui échappera à la sentence de mort en abjurant en 1633. G. Bruno affirme que Dieu se trouve compris dans le déploiement des choses qui peuplent notre monde. C’est la naissance du panthéisme.
L’idée de la pluralité des mondes fera fortune. On connaît le célèbre ouvrage de Fontenelle en 1686, Entretien sur la pluralité des mondes, mais aussi l’influence que cette idée aura sur les romantiques comme Novalis, G. de Nerval ou Percy Shelley.
Le monde, dit Bruno, possède une âme. C’est l’âme du monde qui séduira tant les Romantiques au début du XIXème siècle, Schelling en particulier, chez qui le cosmos est animé par une force d’amour. Il y aurait ainsi un artiste, l’esprit du monde, qui en définirait la forme, agissant sur la matière et qui se retrouve dans les monades, ces éléments qui le composent. G. Bruno réinterprète la philosophie de Platon en réintégrant les Idées dans un rapport concret avec la Nature, plaçant l’homme au centre du processus de connaissance, comme le fera L. de Vonci avec l’homme universel.
Aujourd’hui G. Bruno incarne la figure de la transgression, celui qui a refusé l’autorité pour dépasser les limites du savoir. Cela l’a conduit à énoncer non seulement une nouvelle physique mais également une nouvelle poétique car le fait même que nous nous mouvions dans une infinité de mondes dépourvus de centre, fait qu’il n’existe pas de règles immuables, pas plus en morale que dans l’art d’écrire. Les Idées sont donc empreintes non seulement d’une force de persuasion argumentative mais plus encore d’une force poétique. C’est cette richesse du monde qui se présente à nous que le langage doit s’efforcer de saisir. D’où cet avertissement qu’il lança aux juges qui le condamnèrent et qui raisonne encore aujourd’hui : « Vous qui prononcez contre moi cette sentence, vous avez peut-être plus peur que moi qui la subis ».