Une demande d'un peu tous les membres de la formation et moi le premier :
" Est-ce que tu as des astuces pour dominer la peur de la chute ? "
Voici la réponse de Nina Caprez, grimpeuse professionnelle experte des grande-voies extrêmes, extraite de son interview complet.
Quand tu grimpes et que tu es au-dessus du point, que tu commences à avoir peur, comment dépasser cette appréhension ? Est-ce qu’il y a des exercices à faire ? Est-ce que par exemple il faut faire un bon gros vol de dix mètres une fois pour toutes et on est vacciné ? Est-ce qu’il y a d’autres façons d’aborder les choses ?
Tout le monde a peur de la chute
Pour être honnête, je pense que je suis la pire personne à qui poser cette question. Evidemment j’ai peur de la chute comme tout le monde, parce que prendre une chute :
* C'est pas un truc naturel.
* On n’a pas l’habitude de chuter.
* Il faut créer une confiance dans la corde, dans l’assureur, dans les dégaines et tout.
Justement dans ma grimpe, quand j’ai grimpé cette première voie en moule, je me suis dit :
Là, il s’agit juste de prendre, tirer et monter en haut, il y a rien de plus !
Du coup tout de suite je me suis dit :
Montrez-moi comment on fait une manip et j’ai envie d’aller en tête !
J’ai tremblé, j’ai eu peur. A chaque fois que j’ai clippé, je me suis sauvée la vie. J’arrive au relais et évidemment, j’avais aucune idée de comment faire une manip. Le guide qui m’encadrait a dû monter pour me calmer et me montrer comment faire. C’est beaucoup plus exigeant et ça me demande beaucoup plus que la grimpe en moulinette.
C'est quoi monter en tête ?
Ce que je recherche aujourd’hui, ce n'est pas seulement le côté physique, grimpe, on prend, on monte, c’est vraiment toute la gestion.
Pour moi, grimper en tête ça veut dire prendre tous les éléments qui rentrent en jeu et qui rend la chose excitante. Je préfère être au taquet, en montagne, dans un 7A en tête, que d’être tranquille derrière en moule.
Pour tous ceux qui sont juste à la recherche de la difficulté, c’est plus facile d’éliminer le facteur peur, je n’ai jamais juste recherché cela, pour moi c’est facile.
J’ai pris ma première chute, je me souviens bien, dans ma troisième année de grimpe où j’ai grimpé sur des dalles avec de la mousse dessus. Je me suis pris une zipette, j’ai raclé dix mètres sur une dalle, mon corps était en sang.
Je me suis pris des vols de ouf, et aujourd’hui, je peux être très réaliste :
" Si je tombe ici, qu’est-ce qui va m’arriver ? Vu que comme je les ai presque tous pris, je peux très bien dire : Bon, ben là, c’est bon, voilà, tu te prends une chute".
La différence de la grimpe par rapport aux autres sports
Je pense aussi beaucoup que des gens ont peur de la chute parce que la grimpe est devenu un sport de fitness. Ils font de la grimpe en salle, puis essaye d’éliminer chaque petit élément qui fait que ça pourrait être dangereux. C’est très bien si on veut faire un peu du fitness, avoir de beaux bras, se sentir fort, faire des tractions d’un bras, mais ça n’aide pas du tout à ne pas avoir peur. Je ne suis pas fan des gens qui ont peur aujourd’hui parce qu'ils n'ont pas appris à chuter. Aujourd’hui, on essaye de ne plus faire dangereux et d'éviter la chute.
Dans ce cas, on n’est jamais confronté à cette petite peur, à cette petite excitation, à ces petits trucs qui font que la grimpe a une différence avec faire du foot, faire du golf ou quoi que ce soit.